L’homme qui a semé la terreur dans les rues de Montréal dans les années 1990 et qui demeure une figure emblématique du crime organisé au Québec, l’ancien des Hells Angels Maurice « Mama » Boucher, est décédé dimanche à l’âge de 69 ans. Il a été incarcéré à l’unité spéciale de détention de la prison de Sainte-Anne-des-Plaines, la seule unité à sécurité super maximale au pays.
Boucher a été condamné à la prison à vie pour avoir ordonné le meurtre de deux gardiens de prison, Pierre Rondeau et Diane Lavigne, en 1997. Il a purgé 22 ans sans libération conditionnelle avant 25 ans. Le détenu a été hospitalisé en soins palliatifs ces dernières semaines après avoir longtemps refusé toute forme de traitement. Il a finalement été hospitalisé pour un cancer avancé de la gorge et est décédé dans le service médical de la prison.
La cheville ouvrière du crime organisé
Maurice Boucher est né le 21 juin 1953 à Causapscal, dans le Bas-Saint-Laurent, mais sa famille s’est rapidement installée à Montréal. Il a commencé sa carrière criminelle au début des années 1970, commettant notamment un vol à main armée qui lui a valu 40 mois de prison. En 1984, il était de retour derrière les barreaux après avoir agressé sexuellement une adolescente sous la menace d’une arme. D’abord membre des SS, un groupe de motards montréalais, il a rejoint les rangs des Hells Angels en 1987. Il a connu une ascension fulgurante pour devenir, selon plusieurs, le motard le plus puissant au Canada.
En 1995, il a fondé un nouveau chapitre des Hells Angels appelé les Nomades. Cette même année, la mort de Daniel Desrochers, 11 ans, tué par l’explosion de la voiture d’un trafiquant dans le quartier Hochelaga-Maisoneuve, provoque un tollé général. C’est la plus jeune victime de la guerre contre les trafiquants indépendants, fomentée par Boucher, qui voulait prendre le contrôle du marché.
Deux ans plus tard, le règne de terreur de Boucher atteint son apogée lorsqu’il ordonne le meurtre de deux gardiens de prison, Pierre Rondeau et Diane Lavigne, vraisemblablement choisis au hasard pour semer la pagaille dans le système judiciaire et carcéral.
Ministre de la Sécurité publique du Québec en 1997 et 1998, Pierre Bélanger garde un souvenir douloureux de cette époque. «Nous étions au milieu d’une guerre de motos. J’ai eu un gardien de prison qui a été tué à quelques rues de chez moi”, explique-t-il en entrevue, faisant référence à Pierre Rondeau, abattu en plein jour à Pointe-aux-Trembles.
Le meurtre de Rondo en septembre 1997, ainsi que celui de Lavin en août, ont été ordonnés par Maurice Boucher. “On était sous le choc”, se souvient Pierre Bélanger. Le lendemain du meurtre de Rondeau, une grève spontanée a été déclenchée par les agents correctionnels des 18 centres de détention de la province pour exiger plus de sécurité au travail. “Nous avons alors pris la décision de réarmer les gardiens de prison et de leur donner des gilets pare-balles”, a déclaré M. Bélanger.
Celui qui était ministre à l’époque était aussi personnellement visé par les motards puisqu’il était sur leur liste noire. “J’ai eu trois gardes du corps pendant quelques semaines, ça vous donne une idée du climat surréaliste qui régnait. »
M. Bélanger rappelle l’étendue du pouvoir de Boucher à l’époque : [Les meurtres] étaient la décision personnelle de Boucher, il a personnellement dirigé ces attaques. Personne n’a jamais lancé d’attaques aussi féroces contre le gouvernement. »
Les nombreuses infractions de Boucher ont encouragé le gouvernement fédéral à adopter sa première loi anti-gang en 1997 et à l’améliorer en 2002.
Atténuation de l’influence
Selon une source policière proche du crime organisé qui s’est exprimée sous couvert d’anonymat, la mort de Boucher “marque la fin d’une époque” mais reste symbolique. “Il n’a plus eu de contrôle sur les activités des Hells Angels depuis longtemps”, explique-t-il.
Initialement acquitté en 1997, il est retourné en prison en 2000 lorsque la Cour d’appel a annulé la condamnation. Il a finalement été condamné à la prison à vie en 2002. Ni son incarcération ni son expulsion des Hells Angels en 2014 n’ont suffi à freiner son implication dans des activités illégales. Il a plaidé coupable à une accusation de complot pour avoir tenté de tuer le chef de file de la mafia Reynald Desjardins en 2018. Accusée pour la même raison, sa fille Alexandra Mongeau a depuis été acquittée.
Autrefois un nom bien connu au Québec, son influence a grandement diminué tandis que celle des motards a augmenté. « Lorsque Boucher dirigeait les Hells Angels, ils n’avaient pas le pouvoir qu’ils ont maintenant. Aujourd’hui, ils contrôlent la quasi-totalité du trafic de cocaïne”, explique notre source.
Le modus operandi a également évolué. “C’était très cruel à l’époque. Les gens ont changé de côté sur le trottoir lorsqu’ils ont vu un membre en bon état, se souvient-il. Aujourd’hui, ils sont plus énervés et sophistiqués dans leur façon de faire les choses. Lors de rassemblements, on voit parfois des gens prendre des selfies avec eux. Certains les voient un peu comme des rebelles, alors qu’ils étaient autrefois des criminels. »
Décédé en prison, l’ex-motard a laissé derrière lui un héritage de violence et de multiples meurtres. “Je pense que personne ne devrait pleurer la mort de cet homme”, a déclaré notre source.
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