via Associated Press Le ministre Macron a aidé Uber à entrer sur le marché français, mécontentement de la gauche (photo du 7 juin 2022)
JUSTICE – Pacte “secret” contre “toutes nos règles”, “pillage du pays” : les élus de gauche ont fermement condamné ce dimanche 10 juillet les liens qui unissaient Emmanuel Macron et la société Uber, à la suite de révélations dans la presse.
Dans le cadre des “Uber Files”, une enquête basée sur des milliers de documents internes d’Uber transmis par une source anonyme au quotidien britannique The Guardian et transmis au Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) et à 42 médias partenaires, Le Monde a pris une intérêt pour les liens entre la société américaine et Emmanuel Macron lorsqu’il était ministre de l’Économie (2014-2016).
S’appuyant sur divers témoignages et documents, dont de nombreux échanges de SMS, Le Monde conclut à l’existence d’un « deal » secret entre Uber et Emmanuel Macron à Bercy. Le quotidien fait état de réunions au cabinet du ministre, de nombreux échanges (rencontres, appels ou SMS) entre les équipes d’Uber France et Emmanuel Macron ou ses conseillers, citant notamment des comptes rendus de réunions rédigés par le lobbyiste Mark McGann.
Il pointe certaines pratiques destinées à aider Uber à consolider sa position en France, comme la proposition que l’entreprise présente des amendements “clé en main” aux députés. Interrogée par l’AFP, la société Uber France a confirmé la tenue de rencontres avec Emmanuel Macron : des rencontres qui “sont sous ses attributions de ministre de l’Economie et des Technologies numériques, tutelle de la filière VTC”.
Uber France revoit également la suspension d’Uber Pop, un service fonctionnant entre février 2014 et juillet 2015 qui permettait aux utilisateurs de se connecter avec des véhicules conduits par des particuliers plutôt que par des licenciés, des taxis ou des VTC. Cette suspension “n’est en aucun cas suivie de dispositions plus favorables” comme le laisse entendre l’idée de “deal”, a souligné Uber France.
“Vol du pays”
L’Élysée a souligné à l’AFP que Macron, en tant que ministre de l’économie, était “naturellement tourné vers les échanges avec de nombreuses entreprises impliquées dans la profonde mutation des services intervenue ces dernières années, qui doit être facilitée par le déverrouillage de certains verrous administratifs ou réglementaires”. .
Mais la cheffe des députés LFI, Mathilde Panot, a condamné sur Twitter le “pillage du pays” par Emmanuel Macron, qui selon elle était à la fois “conseiller et ministre de François Hollande et lobbyiste d’une multinationale américaine visant à déréglementer le droit du travail”. dans le plan à long terme.
🚨 Macron ou le pillage du pays.
Conseiller et ministre de François Hollande et lobbyiste d’une multinationale américaine visant à la déréglementation permanente du droit du travail.
Et c’est même ignorer les décisions de justice. #UberFileshttps://t.co/82Eo3HYiH3
— Mathilde Panot (@MathildePanot) 10 juillet 2022
Le numéro un du PCF Fabien Roussel a livré “des révélations répréhensibles sur le rôle actif joué par Emmanuel Macron, alors ministre, pour faciliter le développement d’Uber en France”, “contre toutes nos règles, toutes nos réalisations sociales et contre les défenseurs des droits”.
“Uber mérite une petite commission d’enquête” au parlement, selon le député communiste Pierre Dharréville. Macron “a secrètement passé un accord avec le géant américain Uber pour pousser dans le sens de la déréglementation” et “devra s’expliquer”, selon le vice-président de LFI Clemens Goethe.
“Tapis rouge”
En revanche, Jordan Bardella, président du RN, a lui aussi jugé que “le parcours d’Emmanuel Macron a une consistance, un fil rouge : servir des intérêts privés, souvent étrangers, avant les intérêts nationaux”.
C’était de notoriété publique, les #UberFiles le prouvent une fois de plus. Malgré le constant « en même temps », le parcours d’Emmanuel Macron a une cohérence, un fil rouge : servir des intérêts privés, souvent étrangers, avant les intérêts nationaux.https://t.co/DdmOPGACo6
– Jordan Bardella (@J_Bardella) 10 juillet 2022
Interrogé par l’AFP, l’ancien député PS Thomas Thevenu, qui a prêté son nom à la loi d’octobre 2014 délimitant plus précisément les droits et obligations respectifs des taxis et des véhicules de transport avec chauffeur (VTC), estime qu’Emmanuel Macron “reste l’interlocuteur privilégié d’Uber”.
Il l’a rencontré sur le sujet au printemps 2014, alors qu’il était secrétaire général adjoint de l’Elysée. “Il a toujours voulu dérouler le tapis rouge chez Uber”, a-t-il déclaré.
L’ancienne députée et éphémère secrétaire d’Etat s’est également interrogée sur le rôle d’Elizabeth Bourne, qui “connaît parfaitement ces sujets”. Le chef du gouvernement a été ministre des transports à l’époque de la loi d’orientation des mobilités, puis ministre du travail lorsque le dialogue social a été encouragé dans le secteur des VTC – « sans accorder le statut de salarié aux chauffeurs Uber », précise Thevenu.
“Pourquoi le gouvernement a-t-il défendu l’an dernier la création d’un ‘tiers statut’ sous couvert d’organiser la représentation des travailleurs de la plateforme ?”, s’est interrogé sur Twitter Boris Valo, président des députés socialistes.
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