France

La planète est chaude : morts et chaleur étouffante sur le chemin de Compostelle

LEDIGOS, Espagne | L’extrême canicule qui étouffe l’Espagne étouffe aussi, parfois à mort, les pèlerins traversant le chemin de Compostelle.

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“Je le fais pour la sixième fois, mais je pense que ce sera la dernière parce que cette année ça a été vraiment douloureux”, a déclaré Marie-Eve Lessard, une pèlerine québécoise de 43 ans rencontrée à Ledigos, en Espagne.

“La chaleur est vraiment désagréable, certains accès sont bloqués à cause des incendies. »

Maintenant, il est difficile de marcher pendant la journée. Quelques accidents se produisent en cours de route, dit Mme Lessard.

Depuis le début de l’été, au moins deux personnes sont mortes sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle à cause des fortes chaleurs.

Le 7 juillet, un professeur néerlandais de 47 ans est décédé, a rapporté un journal néerlandais.

En juin, lors de la première vague de chaleur accablante, les températures ont également tué un pèlerin allemand de 69 ans, rapporte le média ibérique El Bierzo.

“Beaucoup de gens décident aussi d’arrêter. Il y a des jours où c’est particulièrement difficile”, ajoute celui qui marche en moyenne une vingtaine de kilomètres par jour.

Adapter

Pour se protéger des coups de chaleur et réussir sa marche de plus de 800 kilomètres, Mme Lessard n’a d’autre choix que de s’adapter.

« Il faut partir très tôt le matin car il fait 16°C. Donc vers 5h30 du matin, on est avec le phare et on commence à vraiment sentir la chaleur vers 10h00 du matin, 10h30 du matin. Passée cette heure ça devient difficile et on a hâte d’arrêter », raconte la traductrice montréalaise.

A l’association Amis du Chemin Saint-Jacques, située dans le village de Saint-Jean-Pied-de-Port, en France, des bénévoles tentent de préparer au mieux les 150 voyageurs qui démarrent leur trajet quotidien depuis la ville en ce moment.

“Quand les gens sortent d’ici, on leur dit de boire beaucoup d’eau, de bien s’approvisionner, de mettre un chapeau et de partir tôt le matin pour avoir des températures plus fraîches”, explique Henri Brichano, membre de l’association.

Beaucoup de marcheurs

Chaque année, près de 200 000 personnes du monde entier effectuent ce pèlerinage catholique historique dont le but est de rejoindre le tombeau de saint Jacques le Majeur, qui se situe en Galice dans la ville de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Chose certaine, Marie-Yves Lessard a bien vu les changements climatiques depuis qu’elle a fait son premier pèlerinage.

« Entre 2007 et aujourd’hui, on voit vraiment la différence ! La chaleur n’était vraiment pas si intense », note-t-elle.

Bière, pomme et crème pour les pieds

LEDIGOS, Espagne | Il faisait encore 33°C en début de soirée lorsque le représentant du Journal s’est élancé pour une heure sur une petite partie du célèbre chemin de pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, à Ledigos, dans la région de Palencia en Espagne.

Le soleil était encore très chaud. Pendant une heure, il n’y eut guère d’ombre que celle de quelques arbres au bord de la route.

Le sol semblait aussi brûler les pieds.

“Le plus dur, c’est parfois quand on manque d’eau et qu’on ne la trouve pas en chemin. Ça m’est arrivé et j’ai dû marcher 17 kilomètres sans eau”, explique Marie-Anne Jean, une Française de 48 ans rencontrée à Ledigos hier après-midi alors qu’elle venait d’arriver.

Repos

Après quelques heures de marche, les pèlerins se rendent directement aux albergues (auberges) pour se reposer et surtout boire de la bière et manger avant d’aller se doucher et faire la sieste.

Photo de Clara Loiseau

Une peinture murale honorant les pèlerins de Ledigos, en Espagne, peinte sur l’une des “alberges” (auberge) qui les accueille.

«Avec la chaleur et la fatigue, rien de mieux qu’une sieste pour reprendre des forces, car la nuit aussi est souvent chaude et on ne dort pas forcément bien dans les chambres», s’amuse Marie-Yves Lessard, une Québécoise de 43 ans qui a pris pour parcourir 800 km.

Photo de Clara Loiseau

Marie Yves Lessard

“Mais parfois, vous voulez dormir profondément sans que personne ne ronfle à côté de vous”, ajoute Mme Jin en riant.

Souvent dans ces lieux, les promeneurs rencontrent ou trouvent des compagnons qui font le même trajet qu’eux.

“Il y a vraiment beaucoup d’Italiens, d’Allemands, de Canadiens et même de Coréens”, a déclaré Mme Jin, qui est infirmière dans le sud de la France.

Et dans les auberges, les pèlerins ont souvent droit à quelques petits cadeaux de la part des propriétaires : des tapas, de la bière, une pomme ou encore… de la crème pour les pieds.

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