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Ce que l’on sait du regain de tension à la frontière entre le Kosovo et la Serbie

Une “ambiance bouillante” selon les mots du président serbe Aleksandar Vucic. Les tensions entre la Serbie et le Kosovo se sont intensifiées dimanche 31 juillet, à la frontière entre les deux pays. La police du Kosovo a déclaré avoir été abattue, que des barricades ont été érigées sur les routes menant à la Serbie et que la circulation a été bloquée à deux points de passage frontaliers dans le nord du Kosovo. Ces affrontements surviennent des mois après des semaines d’intenses manifestations pour contester la politique frontalière du gouvernement du Kosovo. Comment expliquer cette récente escalade ? Franceinfo résume ce que l’on sait de la situation.

Situation “tendue” dans les villes du nord du Kosovo

“La situation sécuritaire dans les municipalités du nord du Kosovo est tendue”, a expliqué la mission de l’Otan au Kosovo (Kfor) dans un communiqué publié dimanche soir. La police du Kosovo a déclaré dimanche avoir essuyé des tirs dans le nord du pays, où des barricades avaient été érigées sur les routes menant à la Serbie pour protester contre la politique frontalière du gouvernement. La police a déclaré que les coups de feu n’avaient fait aucun blessé.

Les deux points de passage ont été fermés à la circulation. Dimanche soir, des centaines de Serbes du Kosovo – la population vivant au Kosovo qui ne reconnaît pas l’autorité du gouvernement du Kosovo – ont entassé des camions, des camions-citernes et d’autres poids lourds sur les routes menant au poste frontière de Jarine dans la ville de Leposavich et Brnjak, deux passages frontaliers au nord du pays. Une foule s’est alors installée autour des barricades avec l’intention affichée d’y passer la nuit. Les sirènes ont pu être entendues pendant plus de trois heures dans la ville septentrionale de Mitrovica, selon Reuters.

Regain de tension autour des nouvelles règles d’entrée

Au cœur de cette tension se trouvent de nouvelles règles d’entrée au Kosovo, qui devaient entrer en vigueur lundi, et stipulent que toute personne entrant dans le pays avec une carte d’identité serbe doit être munie d’un document temporaire pendant son séjour. A ce sujet, le Premier ministre Albin Kurti a précisé qu’il s’agit d’une mesure de réciprocité pour la décision de la Serbie d’exiger la même chose des Kosovars entrant sur son territoire.

Le gouvernement du Kosovo a également donné aux Serbes du Kosovo deux mois pour changer les plaques d’immatriculation serbes de leurs véhicules en celles de la République du Kosovo.

Les règles ont été repoussées à l’initiative de Washington

Ce soir-là, le gouvernement du Kosovo a finalement décidé de reporter d’un mois l’entrée en vigueur de ces nouvelles règles à la frontière avec la Serbie. Ils seront finalement mis en place à partir du 1er septembre.

Saluons la décision du Kosovo de reporter les mesures jusqu’au 1er septembre. Attendez-vous à ce que tous les obstacles soient éliminés immédiatement. Les questions en suspens doivent être résolues par le biais d’un dialogue facilité par l’UE et axé sur une normalisation globale des relations entre le Kosovo et la Serbie, qui est essentielle pour leurs parcours d’intégration à l’UE

– Josep Borrell Fonteles (@JosepBorrellF) 31 juillet 2022

Ce report a été annoncé après une rencontre avec l’ambassadeur des États-Unis au Kosovo, Jeffrey Honevier. La décision a été saluée par le chef de la politique étrangère de l’UE, Josep Borrell, sur Twitter, appelant à “la suppression immédiate de tous les obstacles”.

Politique frontalière contestée depuis plusieurs mois

La récente escalade des tensions concerne la politique frontalière du gouvernement du Kosovo, déjà contestée quelques mois plus tôt. En septembre 2021, le nord du Kosovo a été le théâtre de vives tensions et de manifestations quotidiennes lorsque le gouvernement de Pristina – la capitale du pays – a décidé pour la première fois d’interdire les plaques d’immatriculation serbes sur son territoire.

Les autorités kosovares ont alors déployé une force de police spéciale pour faire appliquer la loi en question, mettant le feu à la poussière dans la région. La circulation a notamment été bloquée aux deux points de passage frontaliers, tandis que de nombreux Serbes ont bloqué les routes d’accès au Kosovo et incendié plusieurs bâtiments, dont un poste de douane. Face à ces tensions, l’Otan a réagi en renforçant sa présence dans la région, a expliqué France 24.

La Serbie n’a jamais reconnu l’indépendance du Kosovo depuis sa proclamation unilatérale en 2008. De même, les Serbes du Kosovo restent fidèles à Belgrade, dont ils dépendent financièrement.

Le président serbe Aleksandar Vucic a déclaré dimanche dans un discours à la nation que la situation au Kosovo n’avait “jamais été aussi compliquée” pour la Serbie et les Serbes qui y vivent. “L’atmosphère est en ébullition”, a-t-il poursuivi, ajoutant que “la Serbie gagnera” si les Serbes sont attaqués. De son côté, Albin Kurti a accusé le président serbe de causer des “problèmes”.

L’OTAN est prête à intervenir dans la région

Face à cette escalade, la mission de l’Otan, chargée d’assurer la stabilité dans la région depuis 1999, s’est dite prête à intervenir si nécessaire dans un communiqué diffusé dimanche soir. L’alliance a rappelé sa forte présence sur le terrain et précisé qu’elle était en contact avec des représentants des autorités kosovares et du ministère serbe de la Défense.

pic.twitter.com/LK1MB2cSoJ

— @OTAN – KFOR (@NATO_KFOR) 31 juillet 2022

Elle a également précisé qu’elle continuait néanmoins à “soutenir pleinement le processus de normalisation entre Pristina et Belgrade” et a appelé “toutes les parties à poursuivre les négociations”. En 2011, les deux pays ont entamé un dialogue pour tenter de lever leurs obstacles en vue d’une éventuelle future adhésion de la Serbie à l’Union européenne, mais aucune avancée majeure n’a été constatée depuis.