France

Pourquoi le film Arlette vaut le détour

Le film de Mariloupe Wolf Arlette est taillé sur mesure pour la polémique. Maripier Morin, encore sous le choc de ses inconduites sexuelles passées avec Safia Nolin, tient le rôle principal.

Elle incarne Arlette Saint-Amour, une journaliste de mode catapultée en politique par le Premier ministre, qui, afin de « rajeunir » l’image usée de son gouvernement, la nomme ministre « vedette » de la Culture.

Il s’en servira aussi comme arme de séduction politique de masse pour neutraliser son tout-puissant ministre des Finances, perroquet narcissique du monde des affaires dont l’ambition est de succéder prochainement au Premier ministre.

Le choix de Maripier Morin en choquera plus d’un car la victime lui doit de la sympathie. Cependant, je voulais voir le film principalement à cause de son sujet et de son objectif. J’étais curieux à ce sujet en tant qu’analyste politique et aussi dans une autre vie en tant qu’ancien conseiller du premier ministre.

Filmé à l’Assemblée nationale et scénarisé par Marie Wien, ancienne attachée de presse de l’ex-ministre de la culture Lisa Frula, Arlette, j’en suis convaincu, vaut assurément le détour.

Sans la sophistication cruelle de Denis Arcane dans Le Confort et l’indifférence ou la rêverie audacieuse de Luc Dion dans Bunker, le cirque, Arlette n’en est pas moins une fable politique d’une complexité exigeante.

L’image du pouvoir

Il traite du pouvoir de l’image en politique et donc de l’image du pouvoir. L’inégalité de la place des femmes, malgré de réelles avancées. Des luttes de pouvoir interpersonnelles politiques mais souvent amères.

Il défend l’importance cruciale de la culture et de ses artisans, pourtant le rapport éternellement pauvre des budgets de l’Etat. Il pointe ouvertement le néolibéralisme comme responsable du long carnage dans nos réseaux d’éducation et de santé.

Pour quiconque a travaillé au sommet de la pyramide politique au Québec, on reconnaît aussi quelques traits de caractère classiques de certains chefs de cabinet, attachés de presse, sous-ministres, journalistes, etc.

Il montre même les rémunérations qui, bien au-dessus de leurs salaires, qui sont inférieurs à ceux de n’importe quel chef de l’exécutif, modèrent pourtant la “vie folle” des ministres et du premier ministre. Y compris leur accès aux meilleurs vins, aux meilleurs restaurants, aux meilleurs hôtels, etc.

Rédemption et espoir

Paradoxalement, Arlette est aussi une histoire de rédemption et d’espoir. L’espoir dans la politique et les gens qui, quand cela arrive, le choisissent comme agent de changement positif. En cela, la morale de la fable d’Arlette se décline en trois temps.

Premièrement, il y a des batailles qui valent la peine d’être menées même à la “cour de Versailles” – une métaphore d’Arlette pour le pouvoir suprême détenu par chaque premier ministre dans notre système parlementaire.

Deuxièmement, il arrive que les “stars” recrutées semblent tout à fait capables de le faire, mais à condition d’avoir le soutien du Premier ministre. Troisièmement, l’image en politique, comme dans la vie, est souvent trompeuse.

Bref, comme le disait si bien feu Jacques Parizeau : « La politique comme profession, avec ses relations interpersonnelles complexes, est atroce. J’avais l’habitude de dire que c’était un “océan d’orteils”. Mais si vous voulez changer les choses, c’est inévitable, il faut faire de la politique. »