Des proches d’Abdul Quayem Ahmadzai se rassemblent devant l’immeuble où le jeune Afghan a été tué quelques jours plus tôt, à Colmar, le 17 août 2022. FREDERICK FLORIN / AFP
Abdul Quayem Ahmadzai avait 27 ans et vivait à Mulhouse (Haut-Rhin). Il a travaillé pendant quatre mois chez PSA Peugeot. Ce jeune Afghan est arrivé en France en 2016 et a obtenu le statut de réfugié politique. Selon son cousin Yusuf, il a entamé les démarches pour faire venir sa femme et ses quatre enfants restés en Afghanistan. Enfin il y retournera, dans un linceul, pour y être enterré. Abdul Quayem Ahmadzai a été abattu dimanche 14 août vers midi à Colmar.
Trois jours plus tard, le mercredi 17 août, une dizaine de jeunes réfugiés afghans sont assis devant l’immeuble du 1 rue de Berlin, à l’endroit même où certains d’entre eux se trouvaient dimanche lorsqu’Abdul Quayem Ahmadzai a été mortellement frappé par une balle parce que. le groupe était sur le point de passer un bon moment. La glace. Yusuf a dû appeler la mère et la femme d’Abdul, qui vivent dans la province de Logar, près de Kaboul, pour leur annoncer la terrible nouvelle. Abdul est décédé dans la nuit du dimanche 14 au lundi 15 août à l’hôpital Pasteur de Colmar. Depuis lors, sa photo, entourée de fleurs et de bougies, est posée sur le sol à l’extérieur du bâtiment où il a été tué.
Comment a-t-on fait pour que ce drame se produise dans cet espace européen, un espace connu pour être sensible, bien qu’assez pacifique ? Nous avons d’abord parlé du rodéo. Un scénario écarté vingt-quatre heures plus tard, même si un jeune homme en scooter, selon des témoins, aurait fait rugir son engin à vide devant l’immeuble.
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Avec ses quelques tables dressées à l’extérieur, la boulangerie-épicerie située au pied de cet immeuble est un lieu de rencontre. Abdul, descendu pour boire un verre, était là avec deux amis au téléphone. Il demanderait au jeune homme d’arrêter de faire du bruit. Après cela, les histoires divergent. Il y a eu des insultes – des insultes sexistes, “fuck your mother”. Des violences ont suivi, balançant une chaise et une bouteille, des coups. Le cousin Yusuf a affirmé qu’un ami du scooteriste avait sorti une arme à feu mais l’autre lui avait dit “Pas là, il y a une caméra”. »
Abdul aurait appelé la police. “Il ne parle pas bien le français, alors il m’a donné le téléphone”, rapporte Yusuf. Je leur ai dit qu’un garçon avait un fusil, que c’était très, très dangereux, qu’il fallait qu’ils viennent vite. Ils m’ont dit : « Nous arrivons. Ils sont arrivés en trente minutes…”
“Un mélange de fierté et de colère”
Les jeunes sont partis, laissant le deux-roues. “Les Afghans ont alors détruit le scooter à coups de pied”, raconte un habitant de l’immeuble qui dit avoir observé la scène depuis sa fenêtre. « Coup de pied, dans le rétroviseur… » Yusuf minimisa. Un groupe revient – mené par le conducteur du scooter et son ami – puis s’arrête à une intersection à quelques dizaines de mètres. Des mots sont encore échangés. Un garçon sort une arme qu’il pointe en direction des réfugiés. “Les Afghans ont dit : ‘Allez, tirez, tirez !’ Parce qu’on n’imaginerait jamais que c’est un vrai revolver, avec de vraies balles, ici en France ! dit Yusuf. Il n’arrive toujours pas à croire que c’est alors qu’il a vu le tireur partir tranquillement, marchant alors qu’il savait que la police avait été prévenue.
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