“Vous êtes une rescapée” des élections législatives, qui ont débuté le 7 juillet, Mathilde Panot à Elizabeth Bourne, dont le père a survécu au camp d’Auschwitz. Neuf jours plus tard, la députée La France insoumise du Val-de-Marne a suscité une nouvelle indignation face aux célébrations du détour à Val d’Hive, affirmant sur Twitter qu’Emmanuel Macron “honore Pétain”.
Face à l’indignation d’une partie de la classe politique, même au sein de la gauche unie après les élections législatives, le président du groupe La France insoumise à l’Assemblée nationale s’est limité à “clarifier” ses propos très critiqués. De quoi faire d’elle, en deux sorties très médiatisées, l’une des parlementaires les plus marquantes de ce début de mandat.
C’est le style de Mathilde Panot, 33 ans, patronne des députés LFI depuis octobre dernier. “Elle a le don de trouver les mots qui percutent”, résume Antoine Lehmann, un de ses amis élu député en juin. “A La France insoumise, on appelle ces ‘mots coquilles’ : quand on les prononce, les mots explosent et obligent à réfléchir.” Si au début de ce quinquennat, les mots du trentenaire “martèlent” en demi-cycle, elles germent patiemment depuis maintenant quinze ans, et ses premiers engagements associatifs.
Cette bourgeoise orléanaise aime d’abord se décrire comme une « militante ». Il y a d’abord eu des actions au sein d’ATD-Quart monde, qui lutte contre la pauvreté. Puis à l’Unef, entrée à Sciences Po en 2008. Sur le campus de Nancy, elle a recréé une section locale du syndicat étudiant proche du Parti socialiste. “Là on a rédigé le brouillon des hostilités qu’on a pu mener plus tard”, raconte Hadrien Kluet, aujourd’hui député LFI. Mathilde Panot a ouvert la porte de la politique locale en 2011, avant la première campagne de Jean-Luc Mélenchon. “Ça n’a pas été trop dur de la convaincre : elle cherchait un lieu militant pour utiliser ce qu’elle avait fait avant et protéger l’accès aux soins et à la culture”, poursuit son amie.
Sous le patronage de François Delapierre, le bras droit de Jean-Luc Mélenchon, décédé en 2015, l’étudiant a créé des notes dans le domaine de l’argumentation. “J’ai remarqué qu’on avait affaire à quelqu’un de vivant, de dynamique, qui comprenait les enjeux politiques avec une culture d’action”, se souvient Arnaud Le Gall, membre en 2009 du Parti de gauche, nom d’origine du mouvement de la gauche radicale. Pour la députée, “elle a un réflexe salvateur en politique : elle est obsédée par la prise de parole”.
Parallèlement à son engagement au sein de VoisinMalin, une association qui anime un réseau de citoyennes dans les quartiers populaires, elle poursuit son engagement au sein du Parti de gauche, devenu en 2014 le Mouvement pour la VIe République. Et très vite devenue la Fabrique d’ancrage de la Fille.
“Dans notre mouvement, Mathilde Panot est à la manœuvre depuis 2015.”
Alexis Corbier, député LFI
chez franceinfo
Basée à Ivry (Val-de-Marne), elle occupe depuis l’hiver 2016 le poste de “coordinatrice des groupes de soutien”. Les “Caravanes des droits”, une de ses idées, se déploient l’été prochain. « C’est Mathilde qui a construit le mouvement La France insoumise. Cette femme y passait des heures. J’ai une entière confiance humaine en elle, elle m’a appris des choses”, confiait d’elle Jean-Luc Mélenchon en juin 2017.
Le voici à la base de la deuxième campagne de l’ancien socialiste, dont il est l’un des protégés comme Manuel Bompard ou Adrien Quatenen. Comme ces autres jeunes rejetons de la “Génération Mélenchon”, Mathilde Panot s’était laissée convaincre à l’hiver 2017 de se présenter aux élections législatives dans le Val-de-Marne. “Au début, elle n’était pas très prête, mais tous les amis d’Ivri l’ont poussée”, se souvient Hadrien Clue. Je lui ai dit : “Evidemment tu devrais y aller, il te faut des profils comme le tien sur Assembly !”
Le 18 juin 2017, elle devient l’une des 17 députés de La France insoumise et entre à l’Assemblée nationale à seulement 28 ans. Très vite, après Jean-Luc Mélenchon et les bruyants François Ruffin ou Adrien Quatin, le “militant” est devenu l’expert des questions environnementales au sein du petit groupe parlementaire. Pour se faire entendre, elle n’a pas hésité à se moquer de Nicolas Hulot, le poids lourd du gouvernement d’Edouard Philippe.
Et malgré la certitude que je vois un vice-président de LREM présider l’Assemblée et non les médias Eric Coquerel ou Alexis Corbière, c’est ce tueur nucléaire que La France insoumise propose pour un perchoir en septembre 2018. “Nous sommes reconnaissants à Mathilde” , il se justifie par ce moment-là Jean-Luc Mélenchon, qui se vante de ses “questions extraordinaires” adressées aux ministres à l’Assemblée nationale.
Depuis son élection, le député discret mais offensif du Val de Marne est en effet devenu un élément indispensable du petit bataillon de La France insoumise qui multiplie les coups d’éclat dans un hémicycle commandé par les macronistes.
L’ascension parlementaire du jeune trentenaire, devenu en juin 2019 vice-président du groupe LFI, se poursuit. Récompense, au détriment des autres « rebelles » ? “L’idée était que Jean-Luc Mélenchon ne serait qu’avec des mots forts, pas avec le quotidien. A un moment, ce n’est pas ce qui le motive le plus”, remplace Alexis Corbière. Au cœur de la machine parlementaire, Mathilde Panot continue de battre. “Elle appartient à une génération de députés, comme François Ruffin ou Adrien Quatenen, qui travaillent tout le temps”, souligne Damien Mode, ancien assistant parlementaire de François Ruffin, devenu député en juin.
“Elle dort peu et arrive à dormir une heure quand elle le peut.”
Hadrien Clue, député LFI
chez franceinfo
Pour s’imposer dans un groupe qui veut se faire entendre, Mathilde Panot a sa propre méthode. Quelques interviews, beaucoup de réseaux sociaux et de vidéos : le député d’Ile-de-France applique la feuille de route du mouvement pour mieux communiquer que n’importe quel “rebelle”. “Le bruit n’est pas négatif. C’était fait exprès. Les images aident à attraper les fantômes”, s’est-elle défendue auprès de la LCP en décembre 2020. Après avoir été qualifiée de “pêcheur” par un parlementaire LREM à l’Assemblée, en février 2021, elle s’est moquée de la remarque sexiste en allant à la rencontre d’un vrai poissonnier du Morbihan. “La journée entre les pêcheurs” à l’initiative du député est apparemment diffusée sur YouTube.
Une nouvelle étape se profile en octobre 2021, lorsque Jean-Luc Mélenchon lâche les rênes du groupe parlementaire pour se consacrer à 100 % à la campagne présidentielle. Mathilde Panot prend ses fonctions et devient, à 32 ans, la plus jeune présidente de groupe politique de l’histoire de l’Assemblée nationale. “Elle a les qualités pour cela : elle sait mener des actions utiles pour la population et a une formation raisonnée, avec une ligne marxiste-républicaine. Et son travail, c’est de gérer les problèmes », se félicite Adrien Kluet. “Jean-Luc Mélenchon avait une autorité naturelle sur le groupe, mais elle s’est imposée comme un porte-parole très structuré de notre collectif”, confirme Alexis Corbière.
« Structuré » : le mot apparaît aussi chez les partenaires de gauche avec lesquels LFI s’est associé au Nupes au printemps. “On sent que c’est quelqu’un qui a travaillé”, a soutenu Christophe Clergeau, qui mène les négociations sur le programme d’union électorale du Parti socialiste. Elle a une colonne vertébrale idéologique, une bonne connaissance des dossiers et une certaine capacité de travail”, avoue-t-il. Avec un bémol : « Il a une vision très parlementaire et très jacobine de l’action publique, avec l’État partout. En général, il lui manque ce respect de l’exécution des décisions.
Cela ne l’a pas empêchée d’être réélue dans le Val de Marne en juin avec 67 % des suffrages. Et de s’étendre, dans la foulée, à la présidence du groupe parlementaire de La France insoumise. Désormais, avec le passage du groupe LFI de 17 à 75 eurodéputés, Mathilde Panot a acquis un nouveau statut. Le roi des commandos, dirigé par Jean-Luc Mélenchon, est devenu “le général d’une armée militante”, a illustré le jeune député Louis Boyard.
Le “Général” a une mission pour ce quinquennat : faire du Nupes et de LFI notamment la première force d’opposition du camp d’Emmanuel Macron face aux parlementaires du Rassemblement national. Pour cela, elle a « imprimé un style » à ses troupes, selon Alexis Corbière. « Après avoir écouté tout le monde, elle a le rôle particulier, en dernier recours, de prendre une décision. Elle sait le faire, avec un excellent équilibre entre fermeté et empathie », se félicite Arnaud Le Gall. Lewis Boyard commet : « Elle ne vous ment pas et elle ne traverse pas quatre routes.
“Quand elle dit non, c’est non. Mais si nous pouvons la convaincre, elle changera d’avis. Elle n’a pas d’ego.”
Lewis Boyard, député LFI
chez franceinfo
“Pas d’ego”, selon ses partisans, mais “une image de sauvage, de harpie” auprès de ses adversaires, comme elle le confiait à Libération début août. “Mais tant mieux s’ils ont un peu peur de moi. Peut-être qu’ils rouleront sept fois leur langue dans leur bouche avant de nous insulter ou de nous diffamer. Et nous ne laisserons rien derrière nous”, ajoute-t-elle. Cela comprend notamment une « marche contre la vie chère » prévue début octobre pour rendre la vie difficile à Emmanuel Macron. “Parfois, vous devez marquer le conflit et parfois nous sommes intelligents et essayons de nous en prendre à eux. En général, Mathilde est plus sur les positions politiques qui créent des conflits”, appuie Antoine Lehmann.
Adjoint, Vice-Président du Groupe…
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