France

Quatre questions sur la nouvelle instance demandée par Emmanuel Macron

Emmanuel Macron a annoncé sa création dans un entretien à la presse régionale début juin, en pleine campagne pour les législatives : le Conseil national de relance (CNR) s’ouvre, jeudi 8 septembre, à Marcussy, dans l’Essonne. Le chef de l’Etat débutera au Centre national de rugby vers 9h30, avant les interventions du gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Gallo, du premier président de la Cour des comptes Pierre Moscovici et de la présidente du Conseil supérieur pour le climat, Corinne. Le Carré.

A l’initiative de cette “nouvelle méthode” et de la manœuvre pour tenter de convaincre les derniers indécis, le président de la République a précisé que la rencontre s’inscrivait dans la “première série de plusieurs jours” qui devait suivre les “réunions régulières”. Dans l’après-midi, Elizabeth Bourne animera une réunion pour déterminer les projets et leur mise en œuvre. “La volonté est d’aller vite”, a déclaré Elisei, espérant un “démarrage très rapide” sur les premiers projets thématiques pour qu’ils se matérialisent “en 2023”.

“Gadget macroniste” pour Bruno Retailo, leader des sénateurs Les Républicains, “saison 2 de bla bla” pour Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise, LFI), “truc” impliquant Hervé Marsillier, sénateur de l’Union des démocrates et des indépendants ( UDI) des Hauts-de-Seine, s’interroge sur l’utilité… Pas encore installée, l’initiative a été critiquée et boudée par une partie des acteurs qui y étaient conviés, à commencer par les partis d’opposition et quelques syndicats. Voici quatre questions sur ce que l’on sait de ce tout nouveau CNR.

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Que recouvre le terme selon l’exécutif ?

Depuis début juin, Emmanuel Macron a tracé les contours de ce que devrait être le CNR sans entrer dans les détails. L’idée sous-jacente est de réunir des représentants des forces politiques, économiques, sociales et associatives du pays, ainsi que des citoyens tirés au sort. Ces échanges doivent permettre d’envisager des réformes majeures sur des sujets que M. Macron considère comme accomplis pendant la campagne présidentielle : plein emploi et industrialisation, scolarisation, santé, « bien vieillir » et transition écologique.

Par ailleurs, ce CNR se veut, comme l’expliquait à l’époque le porte-parole du gouvernement Olivier Vérand, une “nouvelle méthode” plus qu’une nouvelle “structure”. « Il ne s’agit pas de recréer une structure à la ESEC [Conseil économique social et environnemental]mais de trouver une nouvelle méthode pour relever les défis posés par cette nouvelle ère”, affirme l’Elysée.

Le nom choisi, et plus encore son acronyme, se veut, selon les mots d’Emmanuel Macron, un « clin d’œil » hautement symbolique et adopté par le Conseil national de la Résistance. Ce dernier, qui a coordonné les différents mouvements de la résistance intérieure française pendant la Seconde Guerre mondiale, occupe une place essentielle dans l’histoire du pays.

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“Nous vivons une telle époque. Nous sommes dans une ère historique qui nécessite un profond changement de modèle, et puis la guerre est là”, a déclaré le chef de l’Etat dans son entretien à la presse régionale, évoquant la guerre menée par Moscou en Ukraine. Une comparaison dangereuse et un “risque de perte de sens”, prévient Loïc Blondiaux, politologue et professeur de science politique à l’université Paris-Sorbonne. Ce n’est pas la première fois qu’Emmanuel Macron invoque des références historiques : après des mois de manifestations de « gilets jaunes », il a lancé le grand débat national et ouvert des « cahiers de doléances ».

Quelle est la finalité annoncée ?

Ce nouvel espace de discussion est une tentative du chef de l’Etat d’introduire plus “d’horizontalité” dans la prise de décision pour ce second mandat, le premier étant largement critiqué pour sa “verticalité” et son absence de dialogue. Les Français sont “fatigués des réformes qui viennent d’en haut”, évaluait le président de la république en juin, vendant une “révolution culturelle”. [qui] elle part du terrain et associe tous les acteurs ».

Olivier Veran a expliqué en juillet que l’instance permettrait de “partager des diagnostics et fixer un certain nombre de problèmes ou d’objectifs” dans les territoires et au niveau national et d’aborder “l’aspect local et territorial du déclin des réformes”, a-t-il développé au micro de France Inter.

Qui participera au Conseil national de relance ?

Le parti présidentiel et le MoDem, partenaire de La République en marche (LRM) depuis sa création, prendront part au meeting de jeudi. Le leader centriste François Bayrou a même été nommé secrétaire général du CNR et devrait présider les débats.

Une cinquantaine d’autres convives ont accepté de participer, mais ont parfois des réserves. Le parti d’Edouard Philippe Horizonti sera représenté jeudi, mais pas par l’ancien Premier ministre. Officiellement en déplacement au Québec, “Edouard Philippe ne croit absolument pas au CNR”, a reconnu un proche à franceinfo.

Les confédérations syndicales CFDT et CFTC, ainsi que les organisations patronales Medef et CPME, ont déclaré participer au CNR, mais n’étaient pas entièrement convaincues de son utilité. Le président du CESE, Thierry Baudet, a annoncé qu’il s’y rendrait pour que l’organisme prenne “sa part au redressement qui [le CESE] appelle depuis longtemps”, mais “sans gesticulations, mais sans naïveté”, a-t-il déclaré au Figaro.

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Les principales associations d’élus locaux, l’Association des maires de France (AMF), l’Assemblée des départements français (ADF) et les régions de France ont dans un premier temps décidé de ne pas y participer. Reçus par Emmanuel Macron lundi soir, ils ont finalement changé d’avis, estimant que « le président [avait] promis un dialogue régulier et direct ».

Mais peut-être plus encore que les participants, tous ceux qui ont choisi de ne pas assister à la réunion du CNR ont été entendus. Les partis d’opposition – de l’Assemblée nationale (AN) à LFI en passant par les socialistes et les écologistes – ont tous refusé l’invitation du chef de l’Etat. Gérard Larchet, président LR du Sénat et troisième figure de l’Etat, selon le protocole de la Ve République, a également refusé de se rendre à Marcussy. “Je pense que cet organe ne peut pas réaliser le renouveau de la démocratie que vous visez”, a déclaré M. Larche dans une lettre au chef de l’Etat.

Pourquoi l’initiative est-elle discutée ?

Dans l’opposition, dans l’opinion publique et même dans la majorité présidentielle, le Conseil national de redressement peine à convaincre. D’abord, le politologue Loïc Blondiaux le souligne, car l’idée a émergé comme un “coup politique” du président en pleine campagne électorale pour répondre à ceux qui critiquent “une forme de pouvoir trop verticale et peu transparente”.

Une arrière-pensée politique “extrêmement claire”, qui est d’ailleurs très mal servie par les précédentes tentatives de démocratie participative du chef de l’Etat. Après le grand débat national, qui n’a eu “pas de réel impact” et la convention citoyenne sur le climat, dont les conclusions n’ont été que partiellement adoptées, cette nouvelle tentative “ressemble à un pétard mouillé”, a analysé le politologue, spécialiste de la démocratie participative : “Cette promesse de concertation et de respect de la société n’est plus fiable. »

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De plus, cette initiative intervient dans un nouveau contexte institutionnel, après que les élections législatives aient entraîné la perte de la majorité absolue de LRM à l’Assemblée nationale. Depuis, le Parlement “a retrouvé une forme de centralité dans le débat politique et peut émerger comme un lieu où l’expression d’oppositions et de contre-propositions redevient possible”, selon Loïc Blondiaux. “Le rééquilibrage institutionnel réduit l’intérêt et l’apparente utilité” du CNR, qui apparaît alors, poursuit le politologue, comme une volonté de contourner le parlement.

Une crainte partagée par plusieurs élus de l’opposition, ainsi que le président du Sénat, pour qui “les mécanismes de démocratie participative peuvent contribuer à éclairer la représentation nationale, mais ils ne peuvent en aucun cas s’y substituer”. Surtout que la raison…