La police a arrêté une femme qui protestait contre la mobilisation partielle annoncée par Vladimir Poutine. A Moscou, le 21 septembre 2022. ALEXANDER NEMENOV / AFP
Il s’agit d’une conversation ordinaire d’habitants d’une petite ville de la région de Moscou – plusieurs dizaines de personnes, principalement des femmes, qui ont l’habitude de discuter dans les messages WhatsApp. Nous discutons généralement de tout et de rien, de l’état des potagers, de la nuisance des chiens errants, des confitures que nous voulons échanger, des prix des services publics.
Surtout, pas de politique : une affaire de mœurs en Russie, où le sujet se cantonne au mieux aux cuisines et où le débat public est un terrain perçu comme non seulement dangereux mais dégoûtant, en proie à la corruption et à la violence.
Lire aussi : Article réservé à nos abonnés La fuite en avant de Vladimir Poutine : mobilisation de 300 000 réservistes et chantage nucléaire
Quelques minutes après le discours de Vladimir Poutine à la nation mercredi 21 septembre, cette règle élémentaire de prudence et de civilité a été oubliée. Tout d’abord, un simple lien vers un site d’information est mis en ligne : « Vladimir Poutine a signé un décret de mobilisation partielle pour l’Ukraine. Une femme sort la première. Avec pour seule arme une ironie teintée d’amertume : « Comment se passe la mobilisation ? Tant qu’il n’y a pas de guerre ! Ou est-ce comme la pandémie, un jour oui, un jour non ? Et nous payons tous les jours… »
Les vannes sont ouvertes, un flot d’émotions et d’angoisses se déverse soudain :
« Vous ne lisez pas les nouvelles ? Tout était prévu hier. Le refus de se mobiliser est désormais une infraction pénale.
– Je préfère toujours rester en prison, au moins tu as une chance de survivre.
“D’autant plus qu’ils viennent de vider les prisons pour envoyer les prisonniers au combat…”
“Arrêtez de répandre la panique”
On dit que les Russes sont mal informés ; mais l’utilisation des détenus, soigneusement dissimulée, n’est qu’un secret de polichinelle. Ils disent qu’ils sont apathiques ; jusqu’à un certain point où ils ne sont pas directement affectés ou même menacés. C’est tout le risque politique derrière la mobilisation décrétée de Vladimir Poutine, même « partielle ».
Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Russie : mobilisation « partielle », un pari militaire loin d’être gagné
« Vous savez, je ne suis pas d’accord. Pourquoi nos hommes devraient-ils aller défendre les maisons et les terres de ceux qui les ont abandonnés ? Des maris et des fils, des enfants qui n’ont encore rien vu de la vie, mourront parce que les politiciens en ont décidé ainsi.
– Se défendre contre qui ? Quelqu’un nous a-t-il attaqués ? Quelqu’un nous menace ? Laissez-moi rire.
– Riez, mais c’est aussi notre terre, l’Ukraine ! Si nous étions plus faibles il y a huit ans, nous aurions déjà détruit tous ces ravageurs.
– Tout cela durera pour toujours. Avec ces gens qui nous gouvernent, ceux qu’on n’a pas le droit de critiquer…
Il vous reste 69,82% de cet article à lire. Ce qui suit est réservé aux abonnés.
Add Comment