Le jour où… En 2002, les jeunes entrent en politique au soir de la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour
Archive de “Le Monde” du 3 mai 2002
Il y a vingt ans, le choc de l’extrême droite au second tour a éveillé la conscience politique des jeunes. A quelques jours du second tour entre Jean-Marie Le Pen et le président sortant Jacques Chirac, la jeunesse française a manifesté en nombre dans toute la France.
Hommes et femmes de 17 à 25 ans se mobilisent pour la première fois, et pas toujours avec la bénédiction de leurs familles. Dans son édition du jeudi 2 mai 2002, Le Monde donne la parole à ces jeunes, qui pour certains découvrent subitement les paris électoraux et les hostilités du 21 avril.
Pour Marie, 22 ans, maître d’histoire à Lyon II, les résultats du premier tour ont été un choc politique, mais aussi psychologique et familial. “Avant, on ne parlait pas ouvertement de politique. Tout était une question d’insinuations », a déclaré la jeune femme, d’origine bourgeoise, conservatrice, catholique et proche du Front national.
« Au fur et à mesure que la campagne avançait, les discussions devenaient plus difficiles. Lors d’un dîner en famille, ma tante a commencé à poursuivre les musulmans. Elle a continué à prédire que la France s’islamiserait et que nos relations seraient tendues. J’ai réalisé qu’ils étaient vraiment racistes. J’ai réparti mes visites”, a-t-elle confié à nos journalistes Luke Broner et Sophie Landrin.
Si le joueur de 23 ans “n’a jamais ressenti le besoin” de s’engager, “le premier tour a été un grand coup de semonce”. Pour l’étudiant classiciste de la Sorbonne à Paris, « la jeunesse s’était endormie, reposant sur [ses]des parents habitués à voter comme si [elle]il croyait que les valeurs de la démocratie ne devaient plus être défendues. »
C’est pourquoi la jeune femme pense être une militante syndicale, même si elle pense que “le problème, c’est qu’ils ne représentent que certains intérêts”. “Après le premier tour, qui m’a fait honte de mon pays, je veux montrer que nous n’accepterons pas l’intolérance”, a-t-elle déclaré.
Antoine, 17 ans, élève de CE2, a lui aussi manifesté pour la première fois. “C’est trop grave, si quelque chose comme la présence de Le Pen ne nous fait pas bouger, alors que devons-nous faire ?” il se demande. “J’irai certainement m’inscrire à SOS-Racisme lundi”, a promis le jeune Montreux.
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