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TOUT COMPRENDRE – Pourquoi les cas d’hépatite aiguë retrouvés chez les enfants inquiètent-ils les scientifiques ?

Plus de 169 cas d’hépatite aiguë ont été détectés ces dernières semaines dans une dizaine de pays européens. Les experts s’interrogent sur cette inflammation du foie dont l’origine reste inconnue.

Le phénomène s’étend et est alarmant. Plus de 169 cas d’hépatite aiguë touchant des enfants ont été détectés dans dix pays européens depuis la mi-avril. La gravité des cas, dont certains nécessitent une transplantation hépatique, ainsi que l’origine encore inconnue de cette forme d’inflammation sévère, inquiètent les scientifiques et l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

• Que sait-on des cas détectés ?

L’alerte a été publiée le 15 avril dans une note de l’OMS indiquant que 74 cas d’hépatite d’origine inconnue avaient été détectés en Grande-Bretagne et en Irlande du Nord.

L’Organisation de la santé a déjà précisé que, compte tenu de “l’augmentation des cas signalés au cours du dernier mois et de l’augmentation des activités de détection des cas, davantage de cas sont susceptibles d’être détectés dans les mois à venir”.

Depuis, au moins 169 cas d’hépatite aiguë ont été détectés dans une dizaine de pays, la plupart au Royaume-Uni (114 cas), selon l’OMS. D’autres pays européens sont également concernés : Espagne (13 cas), Danemark (6), Irlande (moins de 5), Pays-Bas (4), Italie (4), Norvège (2), Roumanie (1), Belgique (1) . ). La France est également préoccupée par 2 cas, ainsi que par deux pays non européens : Israël (12 cas) et les Etats-Unis (au moins 9 cas).

Les personnes touchées sont âgées d’un mois à 16 ans, la majorité des enfants ayant moins de 10 ans et beaucoup moins de 5 ans.

• Comment la maladie se manifeste-t-elle ?

Selon l’OMS, les patients atteints de cette inflammation sévère du foie présentent généralement d’abord des symptômes gastro-intestinaux tels que douleurs abdominales, diarrhée, vomissements et jaunisse, avant de constater une augmentation particulière des taux d’enzymes hépatiques. La plupart n’avaient pas de fièvre.

De nombreux patients ont dû être hospitalisés et au total 17 patients ont dû bénéficier d’une greffe de foie, et un est décédé.

• Pourquoi cette hépatite est-elle alarmante ?

Le fait que cette hépatite prenne une forme inconnue et touche de nombreux jeunes enfants est la principale préoccupation des experts. Selon l’OMS, l’hépatite ne correspond pas à la description des hépatites A, B, C, D et E. Les virus qui causent normalement l’hépatite n’ont pas été trouvés chez les patients.

L’augmentation constante du nombre de cas détectés inquiète également les scientifiques. “Le nombre croissant d’enfants atteints d’hépatite soudaine est inhabituel et inquiétant”, a déclaré Zania Stamataki de l’Université de Birmingham.

La maladie reste également d’origine inconnue pour le moment, même si “les investigations se poursuivent” en ce sens, selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC).

• Quelles sont les causes possibles?

Parmi les voies étudiées, les experts se sont notamment penchés sur celles des adénovirus retrouvés à ce jour chez au moins 74 enfants, dont 18 cas d’adénovirus de type 41, qui circulent activement en Irlande et dans les Lowlands.

Ces virus, considérés comme assez courants et bien connus des scientifiques, se transmettent par voie féco-orale ou respiratoire et provoquent généralement des infections bénignes comme la bronchite, la conjonctivite ou la gastro-entérite.

Cependant, le rôle des adénovirus dans le développement de l’hépatite mystérieuse reste incertain, car l’adénovirus 41 n’est pas connu pour provoquer l’hépatite chez les enfants en bonne santé, selon l’OMS. Par conséquent, selon certains scientifiques britanniques, une nouvelle souche d’adénovirus pourrait être impliquée, comme d’autres infections et causes environnementales.

• Y a-t-il un lien avec Covid ?

Le lien entre l’hépatite et le Covid-19 fait partie des hypothèses examinées par les scientifiques, alors que le virus a été retrouvé chez 20 des enfants testés et que 19 autres enfants ont présenté une coinfection au Covid et à l’adénovirus.

Mais “si ces hépatites sont la conséquence du Covid, il serait surprenant de ne pas les propager plus largement, compte tenu de la forte circulation du Sars-Cov2”, a déclaré Graham Cook, spécialiste des maladies infectieuses à l’Imperial College de Londres, du Science Media. Centre. .

Après plus de deux ans de pandémies et de gestes barrières, la question de la “dette” immunitaire qui fragiliserait certains enfants est également soulevée par certains scientifiques, sans certitude. Un rôle possible des vaccins Covid, en revanche, a été exclu, la plupart des enfants n’étant pas vaccinés, selon l’OMS.

En prévision de plus de connaissances sur le sujet, l’OMS souligne que le lavage régulier des mains et le port d’un masque peuvent prévenir l’infection à adénovirus et d’autres infections courantes.

Juliette Desmonso avec l’AFP