L’Institut national de recherche démographique Ined a mené une étude de longue durée (de 2013 à 2019) pour tenter de déterminer dans quelle mesure les conditions de travail des femmes peu qualifiées se sont dégradées. Cela montre que cette partie de la population est la seule où les conditions de travail se dégradent avec le temps.
C’est le cas de Sylvie Chevalier, élue CGT et salariée de Monoprix depuis 37 ans. Elle a inclus tous les articles, des caisses enregistreuses à la boulangerie en passant par les étagères. Elle note que les horaires sont devenus plus difficiles au cours de la dernière décennie : “Cela s’est beaucoup aggravé, d’autant plus qu’ils ne remplacent plus les malades. ils remplacent les personnes qui prennent leur retraite plus longtemps. C’est pourquoi on nous demande de faire de plus en plus avec de moins en moins d’employés. ” La plupart de ses collègues dans le magasin sont des femmes, qui sont souvent obligées de travailler à temps partiel.
L’enquête Ined montre, chiffres à l’appui, que les progrès sur les échéanciers ne sont pas partagés par tous. Les femmes les moins qualifiées sont en effet plus contraintes de travailler à temps partiel ou en horaires atypiques, soit une augmentation de 11% entre 2013 et 2019. La tendance n’est pas la même pour les femmes cadres, puisque sur la même période leurs temps partiels diminuent de 23%. %.
Pourcentage de salariés en horaires atypiques par catégorie socioprofessionnelle, sexe et année. (INSTITUT NATIONAL D’ETUDES DEMOGRAPHIQUES)
Chez les hommes, les cadres sont aussi mieux traités que les ouvriers non qualifiés, mais les chiffres sont moins contrastés : moins 14 % de temps de travail pénible pour les cadres, alors que la part stagne chez les ouvriers non qualifiés. Quand on parle d’horaires de travail atypiques, on entend le travail tôt le matin, à partir de 5h du matin ou tard le soir après 20h ou même la nuit. La vie quotidienne et familiale se complique. “On ne voit plus nos maris et nos enfants”, a déclaré Sylvie Chevalier. J’étais une mère célibataire, ce qui ajoute à la difficulté, car quand on travaille tard ou quand on travaille le week-end, voire le samedi, c’est compliqué. Il est obligé de payer quelqu’un pour s’occuper des enfants et de travailler pour rien. Ce que nous gagnons, c’est de payer la personne qui s’occupera de nos enfants. »
L’Ined a également pris en compte le travail obligatoire le week-end. A noter qu’en 2019 la France était en moyenne pour l’Europe avec 36% de salariés travaillant sur ce type d’horaire. Selon l’INED, cette tendance s’explique par le fait que les femmes non qualifiées sont nombreuses dans l’artisanat et la grande distribution comme vendeuses, employées de rayon ou personnel d’entretien.
C’est surtout le travail dominical qui a explosé durant cette décennie avec les effets de la loi de 2009 qui a assoupli les exceptions au repos dominical. Intéressant financièrement, car payé le double. Pourtant, le travail du dimanche est perçu par Sylvie comme une obligation : « Les salaires sont au Smic. C’est pour ça que les gens y vont et ce n’est pour rien d’autre. Vous n’avez pas seulement à payer le double le mercredi et tout le monde voudra travailler le mercredi. Il ne s’agit pas de faire du bénévolat, il s’agit simplement d’ajouter de l’huile aux épinards.» Parfois avec de faux effets. Parfois, Sylvie a perdu plus de son allocation logement que le supplément d’argent qu’elle avait gagné le dimanche.
Le système volontaire est loin d’être la règle, car les établissements qui ont le droit permanent de travailler le dimanche peuvent exiger du travail ce jour-là, notamment les supermarchés. Face à cet allongement des horaires et des dérogations à la pause dominicale, après la loi de 2009, il y a des négociations. Quand syndicats et direction s’entendent, explique Thierry Babo, élu CFDT chez Carrefour : “Aujourd’hui on a des accords qui peuvent garantir aux salariés, pour le dimanche matin par exemple, une augmentation de 200% avec une indemnité pour deux jours par semaine il y a des accords qui nous parvenons à conclure que parviennent également à protéger les employés. Mais la répartition des ventes dans les magasins des groupes aux gestionnaires individuels rend plus difficile, dit-il, la négociation d’horaires équilibrés.
Le commerce n’est pas le seul secteur touché, explique l’étude de l’Ined. Les services personnels utilisent également souvent des horaires à temps partiel et emploient également une forte proportion de femmes dans des emplois peu qualifiés. Ils sont également plus exposés à des journées de travail interrompues avec des périodes de repos d’au moins trois heures et des horaires connus à la dernière minute, un jour à l’avance ou moins.
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