Lundi 2 mai, une femme de 70 ans s’est noyée à Erky (Côtes-d’Armor) après être tombée dans un canal creusé dans le cadre du chantier du futur parc éolien de Saint-Brick. La victime marchait apparemment sur le bord de la plage et avait de l’eau jusqu’aux genoux lorsqu’elle est soudainement tombée dans une fosse de plus de quatre mètres de profondeur, creusée pour relier le parc au sol. L’intervention des témoins ne l’a pas sauvée. Suite à cette noyade, le procureur a rapidement annoncé que des investigations seraient menées pour vérifier que la sécurité du site et de son balisage était suffisante sur la plage de Caroual. Le parquet de Saint-Brieuc a ouvert une enquête sur l’homicide involontaire.
La fosse dans laquelle est tombé le promeneur a été réalisée dans le cadre des travaux de débarquement du projet de raccordement du parc éolien marin. Deux canaux adjacents de 60 mètres de large et 250 mètres de long ont été creusés. Si l’un des canaux était partiellement comblé, l’autre devait l’être “après l’intervention des plongeurs pour ancrer les câbles en les lestant”, a précisé le procureur Nicholas Heitz.
S’il est trop tôt pour connaître les responsabilités de chacun, ce drame vient s’ajouter aux tâches déjà lourdes du parc éolien, lui aussi fortement critiqué.
Une pollution accidentelle gênante
Dans une région qui a été frappée à plusieurs reprises par des marées noires, la pollution marine rappelle de douloureux souvenirs. En juin 2021, une nappe de pétrole de 16 km de long et 3 km de large s’est propagée
La plage de Caroual, à Erki, a été le théâtre d’un drame le 2 mai 2022, lorsqu’une femme s’est noyée sur le chantier de construction du parc éolien de Saint-Brieuc. -Mathieu Patie / SIPA
à venir en mer près de St. Brick. Le directeur? “Problème technique” à bord de la plate-forme de forage Aeolus dans la zone. Appartenant à la compagnie néerlandaise Van Oord, le navire a annoncé aux autorités une “fuite d’huile de 100 litres”, qui a été rapidement contenue. Iberdrola, l’entreprise espagnole chargée de la construction, a été convoquée par le ministre de la Transition énergétique. “Nous veillons à ce qu’Iberdrola prenne toutes les mesures pour nettoyer la pollution et veille à ce que les travaux se poursuivent dans de parfaites conditions”, a déclaré Barbara Pompili.
Des soupçons de favoritisme ?
A l’automne, quelques mois après la décision, la commission des pêches de Côte d’Armor saisit le parquet national (PNF) pour “couverture de favoritisme” dans l’attribution du marché public du parc des Ailes Marines en 2012. Alors que le vent s’oppose projet d’arrivée de 62 éoliennes, les pêcheurs contestent le choix d’Ailes Marines, filiale d’Iberdrola mise en place par le gouvernement français. Dès lors, leurs avocats comptent sur le choix fait par la Commission de régulation de l’énergie d’externaliser le projet pour rivaliser avec Eolien Maritime France.
Cependant, le gouvernement a sélectionné le concurrent espagnol sur la base de critères qui lui étaient plus favorables. Publier? Ces critères ne figurent pas dans le cahier des charges, précisent les avocats. Confisqué, le Conseil d’Etat a constaté des irrégularités. L’enquête est toujours en cours.
Des plaintes qui se multiplient
Très contrariés par le projet, qui verra 62 éoliennes à 205 mètres de hauteur près de Saint Briuc, les pêcheurs de moules ont contesté le programme de surveillance du site, notamment en termes d’impacts sur l’environnement, l’eau et la biodiversité. Le Conseil d’Etat a rejeté leur pourvoi en cassation il y a deux semaines. L’ONG Sea Sheperd a également saisi la justice française “pour contester les dérogations pour destruction d’espèces protégées accordées aux Ailes Marines”.
D’une capacité de 496 mégawatts avec 62 éoliennes de plus de 200 mètres de haut et de 30 à 42 mètres sous l’eau, le parc devrait produire 1 820 gigawatts par an, ce qui, selon son organisateur, équivaut à la consommation électrique annuelle de 835 000 habitants. Sa mise en service est annoncée pour fin 2023.
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