Un contrôle de police, une jeune femme abattue par la police, et un débat qui s’échauffe dans l’arène politique. Le décès du passager d’un véhicule dont le conducteur est soupçonné d’avoir refusé d’obtempérer, samedi 4 juin en fin de matinée, dans le 18e arrondissement de Paris, a relancé la question de l’usage de la force par les policiers et gendarmes et déposé un nouveau laissez-passer auprès d’un arme entre Jean-Luc Mélenchon, le leader de La France insoumise, et ses opposants politiques.
>> Paris : ce que l’on sait de la mort d’un passager dans une voiture, tué par balles par la police, condamnant le refus d’obtempérer
Franceinfo revient en quatre actions sur ces vifs échanges politiques qui ont lieu avant le premier tour des législatives.
1 Mélenchon dénonce “la police qui tue”
Jean-Luc Mélenchon a réagi en deux temps. Quelques heures après les faits, alors que la passagère était entre la vie et la mort, la dirigeante de La France insoumise a posté le premier message sur Twitter, dénonçant “un nouvel abus de pouvoir inacceptable” de la part des forces de l’ordre. “La peine de mort pour refus de servir. Le préfet approuve ? Le ministre félicite ? A quand la honte ?” Il a protesté.
Le lendemain, dimanche 5 juin, l’ancien candidat à la présidentielle a qualifié le syndicat des policiers de l’Alliance de “groupe factuel” et écrit “meurtre policier”, une expression qui a déjà suscité la polémique à propos de Philip Putu.
La police tue et le groupe rebelle Alliance justifie la fusillade et la mort par un “refus d’obtempérer”. La honte c’est quand ?
— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) 5 juin 2022
L’invité de France Inter, Jean-Luc Mélenchon, a laissé entendre qu’il avait “haussé la voix” pour dénoncer “l’évolution de l’usage de la force policière, telle qu’elle est définie aujourd’hui par les autorités politiques qu’il commande”. “Si vous votez pour moi, je changerai la doctrine de l’usage de la police dans notre pays”, a promis celui qui espère devenir Premier ministre si l’alliance de gauche (Nupes) obtient la majorité au parlement après les attentats du 12 juin et 19e élections législatives.
@ JLMelenchon accepte “évidemment” ses propos sur la police, qui “tue” et l’alliance Alliance, le “groupe factuel” : “Je dis que ce n’est pas normal de tuer quelqu’un parce qu’il refuse d’obéir ; il y a la loi, les châtiments, les amendes, mais pas la peine de mort.” #le79Inter pic.twitter.com/C5pYh3kpPR
— France Inter (@franceinter) 7 juin 2022
Se défendant d’être un “anticopus”, Jean-Luc Mélenchon a une nouvelle fois pointé du doigt les “fausses conduites” de ce qu’il a qualifié certaines “organisations alliées politiques” de la police. “Quand la police a la seule réponse après l’affaire du Pont-Neuf [au cours de laquelle un policier est soupçonné d’avoir tué le conducteur et un passager d’une voiture qui aurait forcé un contrôle] manifester là où la justice est dénoncée est un comportement factionnel ! », a-t-il rugi.
2 Borne critique des « propos scandaleux »
Les propos de Jean-Luc Mélenchon ont suscité un déluge de critiques au moment où Nupes était identifié par la majorité présidentielle comme son principal adversaire aux législatives. “La police et les gendarmes méritent le respect. Ils font un travail courageux et dur et risquent leur vie à tout moment”, a déclaré lundi le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, dans un communiqué. “Leur insulte déshonore ceux qui veulent gouverner. Que les enquêtes soient menées sans être utilisées comme otages de la campagne électorale. »
Invitée de France Bleu, la Première ministre Elizabeth Bourne a été encore plus frontale. “Je trouve très choquant que Jean-Luc Mélenchon s’en prenne systématiquement à la police avec des propos complètement outrageants”, a déclaré le nouveau chef du gouvernement.
“Je trouve très choquant comment @JLMelenchon attaque systématiquement la police avec des propos complètement scandaleux”, a déclaré @Elisabeth_Borne au micro de @WendyBouchard à #MaFrance pic.twitter.com/ZlCDhYdCln
— France Bleu (@francebleu) 7 juin 2022
“Quatre morts en quatre mois. La mort d’une jeune femme de 21 ans d’une balle dans la tête : rien d’inquiétant pour Bourne. Pour elle, il n’y a que moi le problème », a aussitôt répliqué sur Twitter Jean-Luc Mélenchon, la qualifiant de « première ministre technocrate sans cœur, sans compassion humaine, sans principe républicain de pouvoir social ».
“Il va trop loin”, a protesté le ministre de la Justice Eric Dupont-Moretti, critiquant le “dérapage maîtrisé”. “C’est insupportable pour un haut responsable politique, surtout en cette période électorale”, a déclaré la Garde des Sceaux à BFMTV. Et à la question : “Est-ce que le Politburo de LFI administre la justice dans ce pays ?” que les membres du syndicat de la police de l’Alliance ont répété à plusieurs reprises que “le problème de la police, [c’était] Justice. ”
3Les poignées droite et extrême droite
Jean-Luc Mélenchon est “toujours du côté des voyous”, “jamais de la police”, a critiqué Marin Le Pen, l’ancien candidat du Rassemblement national à la présidentielle, sur l’antenne de franceinfo. Le député du Pas-de-Calais a plaidé pour une “présomption de légitime défense” pour les forces de l’ordre. “Quand on est responsable politique au niveau de Melenchon, dire ‘la police tue’ est une vraie honte”, a-t-elle déclaré.
“Le fait que M. Mélenchon dirige son entreprise à partir de critiques constantes de la police est un scandale”, a déclaré Xavier Bertrand au micro de RTL. Pour le président LR Hauts-de-France, le chef de file des Nupes “jamais de la vie” ne devrait pas devenir Premier ministre.
Invité de France 2, Bruno Retaillo, le patron des sénateurs républicains, a condamné les “propos intolérables” et présenté ses excuses à la police.
Les propos de @JLMelenchon sont insupportables. Il doit des excuses. Juste une réflexion : qui est responsable ? S’agit-il des seuls policiers ou du conducteur qui ont échappé au contrôle de la police et se sont précipités vers la police ? @France2tv #4V pic.twitter.com/Vd4Dem7jyi
— Bruno Retailleau (@BrunoRetailleau) 7 juin 2022
4La gauche hésite
Les positions de Jean-Luc Melanchon sont évaluées différemment à gauche. Bernard Cazeneuve, ancien ministre de l’Intérieur de François Hollande, connu comme un opposant à l’alliance de gauche, a déclaré sur Twitter que “l’insulte et le dénigrement [les policiers] par électoralisme et pur cynisme est irresponsable et indigne
La police nous garde. La police tombe chaque année pour protéger les Français. Ils méritent notre respect. Les insulter et les dénigrer avec électoralisme et pur cynisme est irresponsable et indigne.
— Bernard Cazeneuve (@BCazeneuve) 7 juin 2022
Au sein même de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale, certains ont choisi de prendre leurs distances avec le chef rebelle. Interrogé par franceinfo, le porte-parole socialiste Dieynaba Diop a affirmé que Jean-Luc Mélenchon avait utilisé un dictionnaire “trop fort”. “Bien sûr que j’ai des mots modérés”, a admis Renault Le Ber, candidat écologiste du Nupes dans la 5e circonscription des Français de l’étranger, à franceinfo. “Quand il y a un drame de ce genre, il faut toujours faire attention, on a tous les éléments de l’enquête pour trancher.”
Invitée des “4 vérités” de France 2, l’écologiste Sandrine Rousseau, candidate des Nupes dans le IXe arrondissement de Paris, a apporté un soutien appuyé à Jean-Luc Mélenchon. “En fait, la police tue et en fait ce n’est pas la première fois”, a déclaré l’ancien candidat à la primaire écologiste, qui a plaidé pour “le rétablissement des relations entre la population et la police”.
FRANCE 2
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