Une majorité se dégagera du premier tour des élections législatives de dimanche 12 juin. Ceci, très clairement, pour les non-votants. Pour la deuxième fois dans l’histoire de la Ve République, le nombre d’abstentions y dépasse la moitié de l’électorat : 52,48 % pour ce nouveau record, établi après 51,30 % en 2017.
Plusieurs causes de ce désastre démocratique sont depuis longtemps identifiées. Il suffit de retracer l’effondrement de la courbe de participation depuis l’instauration du quinquennat il y a vingt ans pour s’assurer qu’avec cette réforme, la présidence de notre régime pèse encore plus lourd, ce qui dévitalise les scrutins parlementaires. Récemment, la crise de la représentation a encore accru la confusion sur la figure du député, dont la place intermédiaire entre ancrage local et rôle national semble de moins en moins compréhensible.
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A l’étude de ces facteurs de long terme, les politologues pourront ajouter celui du phénomène très particulier qui vient de se produire dans les semaines qui ont suivi la réélection d’Emmanuel Macron. Le président et les dirigeants de son camp ont choisi de s’abstenir… d’argumenter, de clarifier, de débattre, bref de jouer un rôle central en tant qu’organisateurs de cette campagne électorale. Peut-être par excès de confiance : jusqu’ici, l’élection législative n’a donné qu’une prime aux vainqueurs de l’élection présidentielle et rien aux perdants. Sans doute, une faible participation n’est d’ailleurs pas forcément une mauvaise nouvelle pour une formation politique qui peut compter sur des électeurs meilleurs, mieux qualifiés, plus âgés, toutes catégories plus disposées à se déplacer pour voter.
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Cette tactique s’est retournée contre ses partisans, vaincus au soir du premier tour par la démobilisation de leur camp. C’est un échec incontestable pour Emmanuel Macron, dont le résultat est inférieur à sa réélection et dont la base électorale est actuellement plus étroite que celle de tous ses prédécesseurs. Il s’agit d’une victoire provisoire pour la coalition qui s’est formée autour de Jean-Luc Mélenchon, qui a réussi à créer la dynamique inverse : attirer l’élan pour ces législatives dès son élimination dès le premier tour de l’élection présidentielle. L’union des partis de gauche autour de lui n’a pas obtenu de score supérieur à la somme de leurs voix en 2017. Mais leur unité a brisé le verrou des votes majoritaires, ouvrant la porte à près de 400 seconds tours dimanche prochain.
Une clarification est nécessaire
En l’état des prévisions de vote, il est très peu probable que l’issue de ces duels offre à M. Mélenchon le poste de Premier ministre de la coexistence, qu’il revendique depuis huit semaines. Sa coalition, censée être une force d’opposition puissante, menace néanmoins de limiter la taille de la majorité présidentielle. Tout se passe comme si l’avantage procuré par la position centrale du « en même temps » commençait à être miné par la résurgence inattendue du clivage droite-gauche. Attaqué à gauche, le parti présidentiel pourrait être fortement dépendant de sa droite. Au sein de sa coalition Ensemble !, si une courte majorité absolue place les formations d’Edouard Philippe et de François Bayrou en position de force. Même par rapport au groupe que formeront les députés de la République populaire de Chine, en train de sauver nombre de leurs sièges, si la majorité n’est que relative.
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Cependant, ces mouvements clandestins n’ont pas réussi à percer le troisième bloc présidentiel. Avec un record d’abstentions, c’est l’autre source d’inquiétude dans cette élection : le Rassemblement national de Marin Le Pen progresse sensiblement par rapport à son résultat de 2017. . Et la présence de 208 candidats au second tour appelle à la clarté, ce qui fait malheureusement défaut au parti présidentiel dimanche soir, laissant entendre qu’il ne donnera pas d’instructions nationales pour voter contre le RN, contrairement à la position tenue par certains de ses adhérents. Lundi matin, il semblait évoluer, sans clairement appeler à un front républicain.
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Entre partis républicains, la mobilisation contre l’extrême droite ne peut être utilisée selon les circonstances. Le parti de M. Macron ne peut pas demander qu’il soit empêché de gagner ou de rester au pouvoir et ensuite de ne pas s’appliquer cet impératif, sauf à renier son identité et les valeurs qu’il prétend être les siennes. Dans le paysage changeant de ce ou deux tours, cette clarification et ce refus sans équivoque de tout cynisme électoral s’imposent d’emblée.
Résultats, participation, analyse… tout comprendre aux législatives de 2022
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Le monde
Jérôme Fenolio (réalisateur de Le Monde)
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