France

A peine réélu, Laurent Berger souffre d’un mépris pour les retraites

Un amendement de la direction visant à allonger éventuellement l’âge de la retraite a été rejeté lors d’un vote des délégués réunis au Congrès.

Seul candidat à son héritage, Laurent Berger a été réélu ce jeudi à la tête de la CFDT, premier syndicat de France. Cependant, sa direction a été ignorée ce jeudi lors du 50e congrès de l’organisation sur la question sensible des retraites, et a été contrainte d’approuver sa résolution commune par vote interne.

Les délégués réunis à Lyon ont adopté un amendement confirmant que “l’allongement de l’espérance de vie ne [pouvait] justifier une augmentation de l’âge moyen de liquidation », prenant ainsi le contrepied de la formulation initiale.

Initialement, cela indiquait qu’une espérance de vie plus longue [pouvait] justifier une augmentation de l’âge moyen de liquidation ».

Largement accepté, avec 67,5% des voix, l’amendement a été déposé par le Syndicat Interco de la Somme, mais d’autres syndicats ont présenté des amendements similaires.

“Nous ne voulons pas qu’il y ait dans notre future résolution confédérale une phrase qui affaiblisse le sens du reste du texte et qui risque même d’alimenter une réforme injuste, surtout en ce moment”, a déclaré à la plateforme le porte-parole du syndicat Arno Espel.

“Extension suffisante”

La CFDT s’est prononcée très clairement contre le report de l’âge légal de la retraite à 65 ans, comme le souhaitait Emmanuel Macron, mais a longtemps défendu le lien entre allongement de l’espérance de vie et augmentation des durées de cotisation.

Le projet de résolution “ne dit rien de plus… mais rien de moins que ce que la CFDT dit depuis au moins 20 ans, du moins après le congrès de Tours de 2010”, a expliqué mercredi à la tribune le secrétaire général. CFDT, Laurent Berger.

Arno Espel a rappelé que la loi Touraine de 2014 prévoit déjà un allongement progressif de la durée de cotisation, qui passera à 43 ans en 2034. Il a également souligné qu’« à partir de 2020, l’espérance de vie des femmes [avait] diminué de près de trois mois, chez les hommes de cinq mois.

(L’allongement de la durée de cotisation est déjà en cours, c’est suffisant. (…) Disons clairement que la CFDT ne peut pas envisager, accepter et encore moins accepter l’idée d’une nouvelle augmentation de la durée de cotisation et donc d’une pension moyenne âge », a-t-il insisté.

“méfiance”

Le secrétaire national chargé des retraites, Frédéric Sève, a défendu la position de la direction :

“Face à l’allongement de l’espérance de vie, la loi Touraine a programmé un allongement de la durée de cotisation, qui équilibre les comptes et permet de maintenir le pouvoir d’achat des actifs comme des retraités. (…) Nous l’acceptons toujours. , nous le notons donc dans la résolution. Mais nous n’acceptons rien de plus.”

S’adressant à la presse, Frédéric Sève a reconnu que ce vote montrait une forme de “méfiance” envers les “interlocuteurs” de la CFDT (l’exécutif), l'”exécutif confédéré” (la confédération) et le “sujet” des retraites.

S’il n’y a “pas d’autres signes” d’un manque de confiance dans la direction CFDT – tous les membres du service national qui ont été nommés ont été réélus à plus de 94% des suffrages – “je ne mets pas un couvercle là-dessus un”, a-t-il dit.

“La sensibilité au sujet de la retraite est forte (…) Il y a un pays +ne jetez plus+”, a-t-il dit. En revanche, le débat sur la loi Touraine n’a pas repris, s’est-il félicité.