Après des années de spéculation, la percée canadienne du Québec dans le secteur du sans-fil pourrait se concrétiser. Le conglomérat québécois a accepté de débourser 2,85 milliards de dollars pour racheter Freedom Mobile, ce qui lui permettra de devenir le quatrième joueur de l’industrie au pays, aux côtés de Bell, Rogers et Telus.
Mis à jour hier à 23h37
Julien Arseno dans la presse
Cette transaction est à la base du rachat de Shaw Communications par Rodgers, un mariage évalué à 26 milliards. Pour persuader les régulateurs d’approuver la fusion, Rodgers a accepté d’abandonner le réseau de téléphonie mobile de Shaw.
“Il s’agit d’un moment clé pour le marché canadien de la téléphonie sans fil”, a déclaré le président et chef de la direction de Québecor, Pierre Carl Pelado, vendredi soir après l’annonce de l’entente.
Photo par Martin Tremblay, PRESSE
Pierre Carl Pelado, PDG de Québecor
Après 15 ans de succès dans le marché québécois des réseaux sans fil, nous avons démontré notre expérience, notre capacité à innover et notre solidité financière.
Pierre Carl Pelado, PDG de Québecor
Le conglomérat n’était pas le seul prétendant à vouloir Freedom Mobile, le quatrième joueur du créneau de la téléphonie mobile avec 1,7 million de clients en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique. Au Québec, Vidéotron, principale filiale de Quebecor, comptait 1,6 million de lignes actives au 31 mars.
Plus d’une fois dans le passé, le Québec a offert l’opportunité de s’étendre au-delà du Québec dans la téléphonie mobile. Cette fois peut être la bonne.
Ce n’est pas encore prêt
Il reste encore quelques étapes à franchir avant de voir le Québec s’étendre au reste du pays. L’accord annoncé avec Rodgers doit recevoir l’approbation réglementaire. Selon les termes de l’entente, Quebecor fera l’acquisition de tous les clients, infrastructures, licences et magasins de l’entreprise de Mobile Mobile.
“Notre entente avec Quebecor pour vendre Freedom est une étape cruciale vers la réalisation de notre projet de fusion avec Shaw”, a déclaré Tony Staferi, président et chef de la direction de Rogers.
Pas plus tard que la semaine dernière, Drew McReynolds de RBC Marchés des Capitaux a déclaré dans une note envoyée à ses clients que Québecor était un concurrent sérieux pour mettre la main sur Freedom Mobile.
Nous avons écrit à plusieurs reprises que Quebecor est un partenaire logique qui peut aider à débloquer la fusion entre Rodgers et Shaw d’un point de vue réglementaire.
Drew McReynolds, analyste chez RBC Capital Markets
Reste à savoir comment le conglomérat québécois entend financer la transaction. Fin mars, l’entreprise disposait de 1,65 milliard, elle devra trouver des liquidités supplémentaires afin d’avoir les fonds nécessaires à ses ambitions.
PHOTO SARA MONJO-BIRKET, archives de La Presse
Vidéotron poursuit Rodgers en 2021 pour 850 millions.
L’entente intervient malgré les relations tendues entre Québec et Rodgers. La filiale de Vidéotron a intenté une poursuite de 850 millions de dollars contre l’entreprise de Toronto, affirmant que Rodgers avait “artificiellement causé une impasse” dans une entente entre les deux entreprises pour établir un réseau sans fil commun à Québec et à Ottawa.
A toujours peur
La présence de Rodgers et Shaw au Québec est limitée. Dans le reste du pays en revanche, le mariage entre les deux géants des télécommunications inquiète.
Vendredi, le Bureau de la concurrence a intensifié son opposition à la consolidation dans de nouvelles déclarations au Tribunal de la concurrence. Dans des documents publiés après la fermeture des marchés, l’agence fédérale a déclaré que l’accord nuirait aux consommateurs en raison de prix plus élevés, d’une qualité de service inférieure et d’une innovation perdue.
L’organisation prétend également que la vente proposée de Freedom Mobile à Shaw Communications ne sera pas une solution efficace, car elle ne remplacera pas la concurrence croissante que Shaw Mobile offre en Alberta et en Colombie-Britannique, et fera de Freedom Mobile « un concurrent plus faible après cette ”qu’il ne le serait sans l’accord.
“Les bénéfices seront également versés à des investisseurs non canadiens”, a indiqué le bureau. Ces effets sont néfastes et doivent être mis en balance avec toute augmentation de l’efficacité. »
Une audience de cinq semaines doit commencer le 7 novembre sur l’accord Rodgers-Shaw, suivie de plaidoiries écrites et orales.
À la Bourse de Toronto vendredi, les actions de catégorie B de Québec ont clôturé à 27,66 $, une hausse de 14 cents ou 0,5 %. Les actions de Rodgers ont terminé la séance à 59,01 $, soit une augmentation de 1,08 $ ou 1,9 %.
En savoir plus
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4,55 milliards de revenus générés par le Québec en 2021. Il a augmenté de 5,5 % en un an.
Source : Québec
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