France

Estelle Yusuf, la voix de Mayotte, entre à l’Assemblée nationale

Estelle Yusuf en mars 2022. Wikipédia

Le 22 octobre 2019, à l’arrivée d’Emmanuel Macron à Mamuzu, préfecture de Mayotte, Estelle Yusuf, toute de blanc vêtue et drapée d’un drapeau tricolore, a tenté en vain de franchir les cordons de sécurité autour du président de la république. Jusqu’à ce qu’il soit embarqué, placé en garde à vue puis inculpé pour « inconduite » et « émeute », des plaintes qui se sont soldées par un non-lieu environ deux ans plus tard, en septembre 2021.

Le mardi 21 juin 2022, Zéna M’Déré, la leader du mouvement des Chatouilleuses dans les années 1970, s’habillait tout en noir et portait un foulard kichali rouge brodé de fleurs d’ylang-ylang jaunes. des femmes qui se sont battues pour que Mayotte ne soit pas rattachée aux Comores – que la présidente du Collectif citoyen de Mayotte, élue en tant que députée de la 1ère circonscription de Mayotte, est entrée à l’Assemblée nationale et a réussi à poser fièrement dans “l’Hémicycle”. Celui que les Mahoras appelaient “poutou mgowa” – rien à voir avec le candidat du NPA à la présidentielle – dans le shimaoré “Bird’s Pepper”, un petit piment qui pique très fort, devrait même être reçu, lundi 27 juin, à l’Elysée par le conseiller outre-mer du chef de l’Etat.

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Pour piquer, elle pique, cette ancienne journaliste de 43 ans, née d’un père mahorais, sous-officier dans la Marine nationale et d’une mère à Sofia, infirmière au CHU de Mayotte, diplômée en journalisme et relations internationales, entre autres chez LCI, TV5 Monde, France 24, Al-Jazeera, avant de devenir consultant international. Mais surtout, après le mouvement social du printemps 2018, elle devient conférencière d’honneur du Collectif citoyen de Mayotte. Et la nourriture préférée des autorités de l’État, qui ont peur de toute ingérence, s’est tendue avec “Ra hachiri” – “nous sommes réveillés”.

Un interlocuteur irremplaçable

Qui aurait cru que cet agitateur, doué d’un grand sens du reportage, qui maîtrise parfaitement l’usage des réseaux sociaux, mais ne s’appuie sur aucune formation politique, puisse entrer à l’Assemblée nationale ? Sa prise de position radicale sur l’immigration et la sécurité aux Comores, sa remise en cause outrancière de l’Etat pendant la crise du Covid-19 – “La peste de Mayotte est devenue un angle mort pour une république gesticulante”, écrit – alors elle – vue par la métropole, n’ont pas faire d’elle une partenaire fiable. L’exécutif a préféré s’appuyer sur des arrangements avec les élus locaux.

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