La scène s’est propagée bien après l’annonce des résultats du second tour de l’élection présidentielle. 19h58 est, dimanche 24 avril : les deux écrans de télévision sont allumés, le volume est augmenté, il ne reste plus qu’à patienter. Dans quelques secondes, les 200 personnes réunies dans la salle Debeyre à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) pour regarder la nuit électorale sauront : qui, d’Emmanuel Macron ou de Marine Le Pen, présidera la France pour les cinq prochaines années ? Une trentaine de journalistes sont sur place, prêts à capter la réaction des électeurs devant eux. “Je suis face à la foule, les télés sont derrière moi”, a déclaré Ewan Martin, journaliste à La Voix du Nord. J’entends que le compte à rebours a commencé, j’entends “cinq, quatre, trois”… Alors je commence à enregistrer une vidéo avec mon téléphone.”
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Lorsque la silhouette d’Emmanuel Macron est apparue, “il y a une énorme réaction”, poursuit le journaliste, basé en 2017 dans la cité minière, souvent considérée comme une vitrine du Rassemblement national. Juste devant moi, deux électrices, une mère et sa fille, éclatent de colère, la fille fait un doigt d’honneur au président de la république, la mère pleut des insultes. Une scène où franceinfo est également présent.
“Je me sentais nerveux. Mais je ne m’attendais pas à ce que leur réaction soit si forte.”
Ewan Martin, journaliste à La Voix du Nord
à franceinfo
Ewan Martin a publié une déclaration sur son compte Twitter qui a duré “une trentaine de secondes”. “C’est vulgaire ce qui vient de se passer, mais en même temps ça reflète la réalité de ce qui s’est passé à Hénin-Beaumont dimanche soir”, a-t-il dit. Dans la salle de ce complexe sportif, la tension chute rapidement. Il est 20h10 et la mère de famille, à l’origine de certaines insultes, avoue à franceinfo avoir eu des propos sur le chef de l’Etat qu’elle ne prononce “jamais d’habitude”. “C’était disproportionné, certes, mais par rapport à son quinquennat (…), c’était vraiment à mon grand déplaisir (…). J’ai crié de désespoir, de colère parce que j’étais dégoûté, que ça recommence Nous espérions que cette fois serait la bonne que Marine passerait.
Pendant ce temps, la vidéo continue d’être tournée, partagée, re-partagée. D’abord 100 fois, puis 500 fois, 1000 fois… Mardi à midi il a déjà été regardé plus de 6,8 millions de fois. Sur les réseaux sociaux, les internautes se défoulent. “Ça avait tout pour plaire, ça commence par Ewan Martin. Mais surtout les électeurs contre Le Pen, qui se sont réjouis de la déception de ces électeurs et des électeurs du Rassemblement national en général. »
Selon nos informations, la jeune femme qui a montré son majeur se présente lundi matin à la rédaction de La Voix du Nord. “Elle était en difficulté avant ce déferlement de haine, de ridicule”, nous dit-on. Ewan Martin confirme : “Ce sont des gens qui ont été frappés par l’ampleur, au point qu’ils veulent qu’on retire la vidéo. Ils ont commencé à se faire insulter sur leurs comptes Facebook et réseaux sociaux, les gens les appelaient sur leurs téléphones.”
Dans La Voix du Nord, l’extrait est discuté lors d’une conférence de rédaction. “Contribuer au harcèlement en ligne est un problème pour moi, s’interroge le journaliste. Ils ne méritent pas un tel déchaînement.” Une solution a été trouvée : la mère et la fille sont désormais anonymes, et le journaliste Ewan Martin a temporairement modifié son compte Twitter, qui héberge la vidéo, pour la rendre privée.
Si la vidéo est très populaire, c’est parce qu’elle montre une toute autre ambiance. Un peu plus en retrait sur la droite, deux adolescents semblent saluer la réélection d’Emmanuel Macron. On les voit “checker” (toucher leurs poings), tout le monde souriant. “On a voulu montrer qu’il n’y a pas que des tatillons à Henin”, ont déclaré les deux lycéens dans la rubrique La Voix du Nord. Lié à franceinfo, Nathan, 16 ans, a confirmé : « Politiquement, on est plus proche des Insumites. Alors quand on a vu que l’extrême droite n’arrivait pas au pouvoir, oui, on était contents. Nous n’étions pas là pour rire du malheur des électeurs RN qui nous entouraient.
“Je n’approuve pas leur geste, mais j’en comprends les raisons. Il y a de l’amertume dans le bassin minier, un profond sentiment d’abandon. Ils avaient l’espoir d’un changement.
Nathan, 16 ans
à franceinfo
Le geste, le majeur, les insultes… “Eh bien, ce n’est pas une bonne réaction,” continua Nathan. Pourtant, les deux électeurs ne méritent pas tous ces commentaires, souvent basés sur des clichés en plus. Ce mépris de classe est insupportable. Le soir, nous avons pu discuter avec des électeurs RN, leur dire qui nous sommes et tout s’est très bien passé.” “Vu les circonstances, Hugo et Nathan ont décidé de rester à la maison en juin, lors des élections législatives. Quant à la mère et sa fille, ils espèrent maintenant que “tout cela passera”.
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