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ce qui change pour les consommateurs

L’huile de tournesol manque dans les rayons des supermarchés, et les consommateurs se sont rués sur les précieuses bouteilles. A Paris, le 5 avril 2022 THOMAS COEX / AFP

Des changements sont attendus dans les rayons des supermarchés. L’Etat a autorisé les producteurs de margarine, chips et sauces toutes faites à se substituer à l’huile de tournesol dès mardi 26 avril, et pour une durée maximale de six mois, sans modification de leur emballage. Une décision motivée par les difficultés à livrer ce produit. D’où viennent ces difficultés ? Quels aliments sont concernés par les changements de recette ? Par quoi remplacer l’huile de tournesol ? Le monde fait le point.

Pourquoi y a-t-il des difficultés d’approvisionnement ?

C’est l’une des nombreuses conséquences de la guerre en Ukraine : le pays, qui représente 50 % du commerce mondial de l’huile de tournesol, ne peut plus exporter depuis le début de l’invasion russe le 24 février. Les ports ukrainiens sont bloqués et, selon Kiev, les transports routiers et ferroviaires de l’ouest ne livrent qu’un demi-million de tonnes de marchandises par mois, soit dix fois moins qu’avant le conflit.

De son côté, la Russie, qui exporte 28% de l’huile de tournesol mondiale, vient d’instaurer des quotas pour écouler le produit à l’étranger. Et début avril, Moscou a augmenté ses taxes à l’exportation de 20 %.

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Résultats : L’huile de supermarché manque dans les rayons des supermarchés, les consommateurs se ruent sur les bouteilles précieuses et les prix augmentent (l’huile de tournesol coûte désormais presque autant que l’huile d’olive).

L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a annoncé le 8 avril que son indice des prix des huiles végétales avait bondi “de 23,2%, tiré par la hausse des prix du tournesol”. L’huile de tournesol étant une matière première largement utilisée par les producteurs alimentaires, les prix des denrées alimentaires augmentent aussi mécaniquement.

Y a-t-il un risque de pénurie d’huile de tournesol ?

Dans les supermarchés français, les rayons vides sont dus à l’effet de fuite et de surcharge en huile de tournesol. Consommateurs et restaurateurs ont eu tendance à faire des achats de précaution ces dernières semaines, par crainte de l’inflation, d’une part, et de la rareté, d’autre part. Cette peur auto-réalisatrice provoque en fait une attaque.

Des dizaines de messages sur Twitter montraient des présentoirs volés, et certains ont tenté de traiter le problème à la légère en proposant, par exemple, d’échanger une “bouteille d’huile de tournesol de 5 litres contre [console] Changer d’Oled.

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Pour autant, il n’y a pas de risque de pénurie à court terme, assurait Michel-Edouard Leclerc, président du comité stratégique des Centres E. Leclerc, sur BFM-TV le 3 avril, s’interrogeant sur le comportement des consommateurs : “Pour l’huile de tournesol, nos stocks sont jusqu’en juin. Les consommateurs commencent à s’accumuler, ce sont eux qui font que les rayons ne se remplissent pas. “Les gens s’approvisionnent et cela peut vider les étagères en ce moment, mais il y aura à nouveau des marchandises. Pas forcément toutes les marques, mais il y aura des produits, pas de panique”, a insisté le 5 avril Dominique Schelcher, patron de Système U, sur Radio Classique.

Cependant, la pénurie peut se faire sentir après l’été. Fin mars, le ministre ukrainien de l’Agriculture, Nikolay Solski, estimait que l’invasion russe risquait de réduire de moitié la prochaine récolte de céréales. Les Ukrainiens « sèmeront là où c’est possible », mais seuls « 50 % à 75 % du territoire » pourront être exploités, a souligné Nikola Solski, qui a également précisé que de nombreux agriculteurs ont « rejoint l’armée ou la défense territoriale ». pénuries. Il faudra également pouvoir faire sortir les marchandises d’un pays détaché des routes commerciales. L’incertitude peut encore augmenter la tentation d’acheter une protection.

Quels produits sont concernés par les changements de recette ?

Pour faire face à cette situation, les producteurs alimentaires pourront changer d’huile de tournesol pendant six mois maximum sans changer leur emballage. Les industriels ont interpellé il y a quelques semaines le ministère de l’Economie pour alerter sur les tensions d’approvisionnement et demander l’autorisation de modifier leurs recettes.

Frites, chips, sauces, biscuits, petits pots pour bébé, margarines, plats cuisinés, produits panés, pâtes, conserves… L’huile de tournesol est un ingrédient utilisé dans de nombreux aliments. Le tournesol est également présent sous forme de lécithine, un complément (par exemple dans les chocolats). Selon Bercy, plusieurs centaines voire un millier de références peuvent faire l’objet de ces demandes de dérogations.

Par quoi remplacer l’huile de tournesol ?

Il existe de nombreuses huiles comestibles sur papier qui peuvent être utilisées comme substituts de l’huile de tournesol. Celles de colza, de soja ou de palmier par exemple. Mais la demande est telle que les industriels doivent désormais faire face à la forte hausse des prix. En ce qui concerne l’huile de palme, se pose également la question de son empreinte écologique. L’utilisation de l’huile d’olive, beaucoup plus chère, semble être une option extrêmement limitée. Quant aux huiles de sésame, de noix, de noisette, d’arachide ou de coco, elles sont également chères (leur production est moins importante).

Qu’est-ce qui va changer pour les consommateurs ?

Les industriels ont six mois à compter du 26 avril pour modifier les emballages des produits dont la recette a changé. Selon Bercy, c’est le temps qu’il faut pour imprimer de nouveaux emballages. Dans un délai de deux mois, les fabricants devront indiquer sur l’emballage que la recette a été modifiée (par exemple avec un autocollant). Toutefois, ils ne seront pas tenus de préciser la nature de ce changement.

Cependant, si les fabricants ajoutent un produit allergène, cela doit être signalé immédiatement. “Les cas d’ajout d’allergènes concernent à ce jour uniquement le soja (via l’introduction de la lécithine de soja) et l’arachide (via l’introduction de l’huile d’arachide)”, précise le ministère de la Santé. économie. Il en va de même si l’emballage comporte des allégations environnementales qui ne sont plus vraies, comme « 100 % bio », « sans OGM » ou « sans huile de palme ».

Toutes les modifications de recettes annulées seront répertoriées sur le site de la Direction générale de la répression des fraudes (DGSPB), service du ministère de l’Économie. Ce service sera également chargé de contrôler le respect des règles fixées par le gouvernement dans les mois à venir.

Qu’en pensent les associations de consommateurs ?

Face aux demandes de dérogations des producteurs alimentaires, l’association de consommateurs Foodwatch a signalé le risque que la crise puisse servir d’alibi à une reformulation discrète. Elle a donc insisté sur la nécessité d’une “transparence totale”. Elle a réagi mardi, saluant “l’effort de transparence des autorités”.

Cependant, l’association Foodwatch a mis en garde contre “des maux de tête pour accéder à l’information des consommateurs”, de préférence par des autocollants sur les emballages ou à l’aide d’un QR code dans les magasins qui renvoient au site de la DGCCRF (ce qui exclut les utilisateurs qui n’ont pas de smartphone). Foodwatch affirme dans une pétition que les fabricants des produits concernés « facilitent au maximum l’accès à l’information en rayon et directement sur les produits concernés ».

De son côté, l’Association française de prévention des allergies s’est félicitée de l’attention portée à l’information sur les produits allergisants, estimant qu'”il est essentiel de préserver la sécurité des consommateurs”.

Marie Slavicek (avec AFP)