Un rapport sur l’éducation nationale fait état d’un chiffre alarmant mais pas surprenant : le nombre de jeunes analphabètes dans le pays n’a pas changé depuis des années.
Ils ont 16 ans, ils sont français, mais il est difficile de lire un texte de plusieurs lignes dans son intégralité. En France, le nombre de jeunes en situation d’illettrisme est important : environ 35 000, soit 5 % de cette tranche d’âge. Un bilan alarmant publié dans un récent rapport de l’Inspection générale de l’éducation nationale, organisme dépendant du ministère de l’Éducation, a également constaté qu’environ un jeune sur dix aurait “de sérieuses difficultés en lecture”.
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L’étude pointe un manque de prise en charge de cette situation et un manque “d’actions concrètes” pour lutter contre l’illettrisme. Au primaire, comme au collège, les “signaux” fournis par les enseignants et les éducateurs seront “ignorés” et “ratés à la formation de base”.
Alertes ignorées
Des données alarmantes, mais “constantes depuis la fin des années 80”, estime Claude Lelieur, historien de l’éducation. “Parce que l’illettrisme est évalué en France, les chiffres sont les mêmes : 80% des lecteurs sont satisfaits, 15% ont des difficultés et 5% sont complètement hors limites”, a-t-il précisé. “La stabilité est à la fois inquiétante et rassurante : nous n’avançons pas, mais nous ne nous dirigeons pas vers un trou noir”, a-t-il poursuivi.
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En fait, dans un précédent rapport de 2015, les inégalités de niveaux de lecture entre les régions étaient à peu près similaires à celles présentées cette année. Avec 17,9 % de jeunes en difficulté de lecture à l’Ena, 11 en Seine-Saint-Denis, 4,6 à Paris, 28 % en Guadeloupe, 46,6 % en Guyane et 71,1 % à Mayotte, l’écart ne diminue pas. au fil des ans et des réformes de l’éducation nationale.
“Pas moins de 5%”
“Ces différences constantes sur un même territoire prouvent une chose : l’analphabétisme n’est pas seulement dû aux méthodes d’enseignement, qui fonctionnent très bien dans certaines régions et moins dans d’autres”, a déclaré Claude Lelieur. Selon l’historien, pour réduire ces “5% non décroissants”, il faut comprendre que l’analphabétisme est aussi un fait d'”origine sociale, de culture, d’attitude face à l’écriture et de liberté d’expression”.
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Pourtant, Alain Bentolilla, linguiste et spécialiste de l’illettrisme, y voit “en quelque sorte un échec de l’éducation nationale”. D’abord, parce que le ministère “continue de croire qu’il suffit de trouver le remède miracle et de changer la méthode de résolution du problème”. Ensuite, par négligence quant à l’importance du passage de la maternelle à l’école primaire. “Lorsque vous ne parlez pas la langue, il est beaucoup plus difficile d’apprendre à lire ou à écrire”, se plaint-il.
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En revanche, le spécialiste dénonce le manque de formation des enseignants aux méthodes d’enseignement de la lecture et de l’écriture. “Depuis près de 50 ans, nos professeurs sont formés par des universitaires qui ne savent pas ce que c’est que d’enseigner à une jeune classe”, a déclaré Alain Bentolilla. Le rapport partage également une conclusion selon laquelle l’analphabétisme est lié à la formation des enseignants et à une certaine “négligence et ignorance” de leur part.
Face à ce bilan régulier, le spécialiste tient à alerter : “Être analphabète aujourd’hui, c’est être crédule et vulnérable. C’est l’incapacité d’exercer votre capacité à penser, à poser des questions. “C’est un vrai défi”, a-t-il conclu. Aujourd’hui, plus que jamais, être analphabète signifie être condamné à l’obéissance. »
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