Rencontre attendue pour certains, première rencontre inattendue pour d’autres, le vendredi soir à la Salle Wilfrid-Pelletier avec MC Solaar était en tout cas une occasion rare et bien remplie.
Posté à 17h00
Presse Charles-Eric Blaise-Poulenc
Il n’a fallu que quelques pas au pionnier du rap français, qui a eu un tapis rouge instrumental tendu par un orchestre à cordes de Montréal sous une standing ovation.
Costume et chapeau, Claude M’Barali, de son vrai nom, est entré par la porte d’entrée avec Qui sème le vent Récoltant le tempo, titre éponyme de son premier album, à la fois claque et leçon, distribué sur la scène rap française en au début des années 1990. De nombreux spectateurs se sont levés pour répondre au MC : “Qui sème le vent, récolte ?” “Temps!” »
“Au nom du père, du fils et de Claude, MC Solaar vous invite à des soirées rap. »
Le vétéran est revenu offrir une “soirée rap” à Montréal après près d’un quart de siècle de solitude, d’interruptions professionnelles et de différends contractuels – aujourd’hui réglés – avec la maison de disques Polydor. Les derniers billets qu’il avait vendus en métropole pour les Francos, plus précisément en Métropole, ont été tamponnés le 22 juin 1998.
“La fin justifie les moyens”, explique le MC natif de Dakar à propos de ce titre tiré de Prose combat (1994), deuxième album érudit bourré d’allitérations, de références jazz et scientifiques, ainsi que d’allégories populaires.
Solaar en tirera aussi les séquelles déjà cultes, Obsolète – tout le monde se tient -, la concubine de l’hémoglobine ou encore New Western. “Parfois, la vie ressemble à une balle effacée / Dans le système moderne, l’individu se noie / Pour rester conscient, il a bu du cognac / Maintenant, on fait signe, télé, merde et bébé”, le rappeur poète manquera à deux kilomètres des célébrations en F1 .
Le flux est intact : musical, précis, fluide, incarné.
Photo de Denny Germain, Coopération spéciale
MC Solaire
Étonnamment, parmi le public : de nombreux jeunes filent sur les tables à langer québécoises lorsque le rappeur accouche de ses plus grands tubes. Plusieurs chantent avec leurs aînés, participant sans doute au spectacle. Cela se remarque surtout lorsque résonnent les premières notes des tubes de Qui sème le vent… : Victime de la mode – le public n’a pas besoin de se demander : « c’est son nom de code ! », – Armand est mort, Caroline… Et que dire de Bouge de là, qui suscite une réaction particulièrement mouvementée et soulève des centaines d’iPhone en mode vidéo dans les airs.
Selon les classiques, les sièges de la salle Wilfrid-Pelletier ont subi très peu d’usure vendredi soir. Les plus motivés se sont même retrouvés sur les allées de part et d’autre de la scène.
“Montréal, comment vas-tu?” “Je suis très content d’être à Montréal”: peu bavard, sobre et chaleureux, l’as des clubs a choisi d’être généreux dans sa musique d’abord. Il offrira près de deux heures de fête, décomposées en plus de 20 chansons.
Avec ses trois premiers albums fraîchement sortis dans son sac, le compositeur ne voulait pas s’asseoir sur sa réputation et miser sur la nostalgie. Au lieu de cela, il a choisi de réviser son répertoire de concert avec le groupe de jazz New Big Band Project, dirigé par le compositeur Isam Crime. De quoi souligner les expérimentations musicales foisonnantes – peaufinées par le duo BoomBass/Zdar et DJ Jimmy Jay – qui ont alimenté les premiers albums de Solaar.
Photo de Denny Germain, Coopération spéciale
Mc Solaar était accompagné de vents, de cordes et de chœurs vendredi.
Jazz, funk, hip-hop old school, chanson française… MC, accompagné de ses 3 “C” – vent, cordes, choristes (excellents et énergiques) – enchaîne les genres tantôt avec crachat, main dans la poche, tantôt avec passion, fait à la main en coupant le rythme. Il flotte sur scène, s’amuse avec sa trentaine de chanteurs et musiciens, hoche la tête joyeusement.
Lorsque MC Solaar a souligné que “nous approchons de la fin”, la foule a spontanément sifflé. Des accusations d’amour, bien sûr. En fait, il reste six chansons dont quatre ont été offertes en rappel, dont la récente Sonotone (Géopoétique, 2017) et le dernier Temps mort, extrait de Prose combat. « Pause, je dois me reposer, il est temps de me reposer ! »
Après le concert de vendredi, nombreux seront ceux qui espèrent que cette fois les vacances du guerrier loin de Montréal ne dureront pas un quart de siècle.
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