L’ancien président-directeur général de Renault-Nissan, Carlos Gon, le 8 janvier 2020 à Beyrouth. JOSEPH ID / AFP
La justice française a émis un mandat d’arrêt international contre Carlos Gon, ancien PDG de l’Alliance Renault-Nissan (RNBV), dans le cadre d’une enquête à Nanterre (Hauts-de-Seine), notamment pour abus de biens sociaux et d’argent blanchiment, a indiqué vendredi 22 avril le parquet de Nanterre, confirmant une information du Wall Street Journal.
L’homme d’affaires franco-libano-brésilien, qui devait être jugé à Tokyo pour malversations financières, vit à Beyrouth depuis son incroyable fuite du Japon fin 2019. A Nanterre, les enquêteurs s’intéressent à près de 15 millions d’euros de paiements suspects entre RNBV et le distributeur du constructeur automobile français à Oman Suhail Bahwan Automobiles (SBA).
Si le mandat d’arrêt est exécuté, Carlos Gon sera présenté directement à un juge d’instruction de Nanterre, qui l’informera de ses charges. L’ancien patron de Nissan et Renault est hors de portée de la justice japonaise car le Liban n’extrade pas ses citoyens.
“Ce terme est très surprenant.”
Le juge d’instruction de Nanterre, chargé de l’enquête, a délivré au total cinq mandats d’arrêt internationaux : ils visent Carlos Gon, “les actuels propriétaires ou anciens dirigeants de la société omanaise SBA”, a précisé le parquet.
« Il ne s’agit pas d’un mandat d’arrêt émis par la France, mais par le tribunal de Nanterre lors d’une enquête en cours, plus précisément du parquet de Nanterre », a déclaré l’un des avocats de Me Gon, Jean Tamalet, de King et Spalding :
“Ce mandat est très surprenant car le juge d’instruction et le procureur de Nanterre savent bien que Carlos Gon, qui a toujours coopéré avec la justice, fait l’objet d’une interdiction judiciaire de quitter le territoire libanais. »
Les magistrats de Nanterre se sont déjà rendus à Beyrouth à deux reprises au cours de leurs investigations. Deux témoins y ont été interrogés en février. En juin, ils ont procédé, avec des magistrats de Paris, à l’audition libre de M. Gon pendant cinq jours sur les enquêtes de Nanterre et de Paris.
Vendredi matin, nous n’avons pas pu joindre l’avocat de Renault, partie civile dans la procédure.
Incroyable fuite
Fin 2019, M. Gon a été libéré sous caution à Tokyo. Il s’est vu interdire de quitter le Japon en attendant son procès pour faute financière présumée alors qu’il dirigeait Nissan. M. Gon a toujours plaidé non coupable dans ce dossier.
Le 29 décembre 2019, après avoir voyagé incognito de Tokyo à Osaka en Shinkansen, le train à grande vitesse japonais, il s’est caché dans une grande boîte percée de petits trous discrets pour pouvoir respirer. M. Gon avait ainsi échappé aux contrôles de l’aéroport international du Kansai. À l’époque, le contrôle des bagages n’était pas obligatoire pour les passagers embarquant dans un jet privé.
Dans la foulée, il rejoint Beyrouth via Istanbul à bord d’avions privés loués pour l’occasion. En février 2020, trois personnes ont été condamnées à plus de quatre ans de prison chacune par un tribunal d’Istanbul, en Turquie, dans cette affaire : un employé d’une société turque de location d’avions, et deux pilotes.
La fuite de M. Gon n’a pas empêché l’ouverture en septembre 2020 d’un procès pénal à Tokyo pour des indemnités différées totalisant des dizaines de millions de dollars. Il a dû les toucher plus tard, mais cela n’a pas été mentionné dans les rapports du groupe boursier.
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Le monde avec l’AFP
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