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La spectaculaire inélégance de Stephen Harper

Lundi, Stephen Harper a fièrement quitté son Olympe d’ancien premier ministre, à jamais en réserve de la République. Sur Twitter, il a publié une vidéo approuvant son successeur Pierre Poilievre dans la campagne à la direction du Parti conservateur du Canada (PCC).

Ce faisant, il a volontairement torpillé la campagne déjà chancelante de Jean Charest. Comme le coup de Jarnak à l’ancien premier ministre du Québec, il est difficile de devenir plus méchant.

Il faut dire que M. Harper n’a jamais travaillé la dentelle. On savait aussi qu’il favorisait Poilievre, son protégé de la même Alberta, d’extrême droite. Son résultat, cependant, est d’une inélégance impressionnante.

Pour Jean Charest, c’est un coup de grâce. Il s’est donc limité à dire que Stephen Harper faisait un choix « personnel ». La réalité est que M. Charest sait très bien que ce choix est politique et idéologique.

Tout comme il sait que pour une partie importante des troupes conservatrices, cette bulle papale de M. Harper, l’ancien fondateur du PCC – une fusion entre l’Alliance canadienne et le Parti progressiste-conservateur – devient automatiquement la parole d’évangile.

pitbull hyper partisan

Apparemment en forme, l’aile dominante de Harper est également à la recherche d’un pit-bull hyper partisan de style Poilievre qui, selon elle, pourrait renverser le premier ministre politiquement libéral Justin Trudeau.

Pierre Poilievre, moqueur de Trump, remplace facilement les débats d’idées par des insultes contre ses adversaires. À commencer par Jean Charest, son principal rival à la direction.

Pour M. Poilievre et ses partisans – dont les camionneurs du soi-disant « convoi de la liberté » – le péché mortel de Jean Charest est qu’il a été le chef des anciens « progressistes » conservateurs et chef des libéraux du Québec.

Jean Charest pencherait ainsi trop vers la « gauche » de l’échiquier idéologique. Comme quoi drôle ne tue pas.

Dans sa vidéo, Stephen Harper fait l’éloge de son ancien ministre Pierre Poiliev. Il l’a décrit comme « le critique libéral le plus éloquent et le plus efficace de Justin Trudeau dans notre parti ». Ses « valeurs conservatrices », insiste-t-il en clin d’œil implicite à Jean Charest, sont « solides ».

Schisme imminent

“C’est pourquoi”, a déclaré M. Harper [Poilievre] a reçu un fort soutien au sein du groupe et parmi les membres actuels du parti. […] C’est ainsi que nous gagnerons les prochaines élections fédérales.

Mais à moins que Pierre Poilever, après sa victoire prévisible à la direction, ne devienne un chaton ronronnant et un nouveau centriste converti, ce qui attendra d’abord le PCC, c’est une scission.

Tôt ou tard, il chassera du PCC les miettes restantes de l’aile progressiste-conservatrice, laissant tout le terrain à la droite dure de Harper, version Poilievre.

Comme Back to the Future Canadian Alliance, mais encore plus radicalisé.

Si cela se produit, les libéraux peuvent dormir tranquilles. Car rien ne serait plus éloigné des réflexes politiques d’une grande majorité de Canadiens que l’agressivité et le populisme à la Trump de Pierre Poilliever.

L’élection de Pierre Poilievre à la tête du PCC confirmerait toutefois que le Canada n’est pas non plus à l’abri de la montée inquiétante de l’extrême droite à travers l’Ouest.