“Nous sommes dans la phase d’imposer un embargo sur le pétrole russe et nous constatons des tensions”, a déclaré Dauphin, professeur d’économie à l’Université de Paris et directeur du Centre de géopolitique de l’énergie. et Matières premières Patrice Joffron, dimanche 26 juin sur franceinfo. Il est revenu sur l’appel à réduire la consommation d’énergie des dirigeants des trois principaux fournisseurs français, TotalEnergies, Engie et EDF, précisant que “ce qui est en jeu maintenant, c’est l’anticipation de la difficulté à laquelle nous pourrions être confrontés l’hiver prochain”.
franceinfo : A priori, on est tenté de dire qu’il n’est pas dans l’intérêt des fournisseurs d’énergie d’appeler les Français à moins consommer. Le contexte est-il vraiment particulier ?
Patrice Joffron : Oui, nous sommes dans une phase de guerre économique, qui est sans doute appelée à se poursuivre et qui a pour épicentre l’énergie. De plus, les enjeux spécifiques liés à la présence du parc nucléaire et les problèmes d’hydroélectricité font que, quelle que soit l’énergie, on se tourne vers le gaz, l’électricité et le pétrole. Nous sommes dans la phase d’imposer un embargo sur le pétrole russe et nous voyons monter des tensions. Cette tension est masquée par des boucliers tarifaires, qui seront maintenus tout au long de l’année, mais qui conduiront en réalité à une augmentation mécanique de la dette publique de plusieurs dizaines de milliards d’euros.
L’objectif le plus immédiat pour ces trois fournisseurs d’énergie est-il de ne pas se retrouver dans une situation où ils ne peuvent pas répondre à la demande des Français ?
Ce qui se joue en ce moment, c’est une anticipation des difficultés que nous pourrions rencontrer l’hiver prochain, en fonction de divers paramètres. Le gaz russe sera-t-il coupé ou pas d’ici là ? Il y a de vraies raisons d’avoir peur de cela aujourd’hui, bien plus qu’il y a quelques semaines. Et puis évidemment cet horizon dépendra de la rigueur de l’hiver. Et en fonction de ces différents paramètres, on peut se retrouver avec une insuffisance de gaz.
“La France n’est pas la plus mal placée, son portefeuille d’importations est très diversifié. Nous sommes en réalité très dépendants du gaz russe, mais nos voisins en dépendent beaucoup. Et évidemment, nous devrons faire preuve de solidarité.”
Patrice Jeffron, professeur d’économie
à franceinfo
Car on ne peut pas imaginer que la France serait indemne si le gaz était coupé en Allemagne et que l’industrie allemande stagnait. Pareil pour l’Italie.
Peut-il vraiment y avoir une réelle différence, pour changer un peu nos comportements en matière d’énergie et de carburant ?
Par ailleurs, il faut garder à l’esprit que nous sommes sur un continent qui s’est engagé à réduire de 55 % ses émissions de gaz à effet de serre en 2030. Et la France est partie prenante de ce collectif ambitieux. Donc, au final, cette guerre ne fait qu’accélérer la nécessité de réduire la consommation d’énergie en général et la consommation d’énergies fossiles en particulier. Nous avons vu la puissance des efforts de sobriété lors du premier choc pétrolier, et plus près de nous dans le temps nous avons vu que la continuité de l’activité économique à Fukushima était assurée grâce à des efforts drastiques et extrêmement efficaces pour réduire la demande, notamment de la population.
Add Comment