L’intervention d’hélicoptères bombardiers d’eau a permis aux pompiers d’intervenir dans des zones difficiles d’accès.
Photo de Quentin Saison
Sébastien Lepetit, sous-préfet, passe la nuit au coin du feu et n’en sort que tard dans la matinée. Il l’avoue, “ce n’est pas quelque chose qu’on a l’habitude de voir en Charente”. Pour cause, 300 sapeurs-pompiers ont été mobilisés depuis une dizaine de départements (Charente, Charente-Maritime, Gironde, Landes, Loire-Atlantique, Lot-et-Garonne, Vienne, Côte-d’Armor, Mayenne, Ile-et-Villenes et Haute ‑ Vienne). Sébastien Lepetti met aussi en avant ce mouvement de solidarité, notamment de la part des Girondins. “Libération de l’ascenseur” après les interventions de juillet dernier à Teste-de-Buch et Landiras. Sur le plan logistique, une soixantaine de camions citernes feux de forêt (CCF) étaient sur place. Ils étaient appuyés par un hélicoptère bombardier d’eau, un hélicoptère Dragon utilisé pour la reconnaissance et deux Canadairs.
Terrain difficile, pompiers épuisés
David Vergnaud est lieutenant-colonel dans les pompiers. Toutes les personnes présentes se sentent fatiguées aujourd’hui. Depuis plusieurs semaines, les incendies s’enchaînent dans le Sud Charente et se sont intensifiés en quelques jours. Laissant l’ombre d’un briquet. David Vergnaud confirme, les hommes sont épuisés. “Nous avons déjà un niveau de fatigue très élevé, ce feu supplémentaire l’aggrave. Il est 11 heures, le lieutenant-colonel part inspecter l’incendie en compagnie du sous-préfet et du colonel Bruno Hucher, grand chef des pompiers de Charente.
Le lieutenant-colonel David Vergnaud a dirigé les opérations
Photo de Quentin Saison
Maîtriser un incendie de 150 hectares, c’est traverser l’équivalent de 210 terrains de football en flammes à la recherche de fumerolles. Des dizaines d’engins et surtout une masse impressionnante d’hommes et de femmes sont éparpillés le long des routes parcourues par le lieutenant-colonel Vergno. “C’est long, c’est dur. Ces incendies sont très graves, la fatigue est brutale, avec tout ça derrière en termes de danger pour les pompiers. “, conclut le sous-préfet. Le colonel Hucher, de son côté, confirme que le travail est loin d’être terminé. « Il faudra une semaine pour réparer l’incendie. »
C’est l’heure de la pause pour ces pompiers landais.
Photo de Quentin Saison
Hormis la fatigue, le terrain ne facilite pas le travail des pompiers. Des rangées serrées de pins rendent le massif difficile à franchir. Une situation qui rend nécessaire l’appui aérien… et qui jette Gael Tetoan, maire de Boabreto, dans une rage brutale. L’élu regrette que l’Etat n’aide pas à la création de massifs forestiers, trop coûteux pour les petites communes, et les gérer avec des fonds publics s’avère être un véritable casse-tête administratif. Fureur partagée par de nombreux élus des communes environnantes, comme Marie-Hélène Gouffran, maire de Chillac, mise en cause il y a quelques jours après un incendie dans sa commune. Gaël Tetoin, qui a passé la nuit éveillé, est épuisé. “Quand j’ai vu la fumée au poste de commandement plus tôt, j’ai pleuré. »
“J’ai 87 ans, j’ai dû quitter ma maison à 1h du matin”
Boisbreteau, 130 habitants : l’incendie a forcément choqué. La salle des fêtes a été équipée en urgence pour accueillir une trentaine de personnes évacuées de leur domicile. Des matelas gonflables au sol, de quoi boire, recharger le téléphone… “Quand nous sommes partis, nous ne savions pas si nous reverrions la maison. Les flammes étaient juste derrière, à 300 mètres. Olivier et Virginie, évacués de Bors vers 1h du matin, ont emmené avec eux leurs trois enfants. Si la nuit a été longue, ils ont été touchés par l’accueil que leur ont réservé les habitants de Boisbreteau. « Nous avions 15/20 minutes pour faire notre travail, cela nous a pris trois jours. Pour les deux petits [2 et 4 ans] tout va bien Par contre le grand, il a 11 ans et comprend ce qui se passe. Et quand nous avons quitté la maison cette nuit-là, nous ne savions pas si nous reverrions la maison. »
Odette, 87 ans, espère rentrer bientôt chez elle.
Photo de Quentin Saison
Dans un autre registre, Odette Brusse attend épuisée devant la mairie. Elle a ramené son petit chien, laissant derrière elle ses poules et son chat. A 87 ans, l’évacuation en pleine nuit a été brutale. « J’ai des médicaments pour la thyroïde mais ils ne me laissent pas les prendre, je n’ai pas pu les prendre ce matin. Je me suis couché hier soir mais je n’ai pas pu dormir, je suis trop anxieux. Il y a aussi le chat, les poules… le congélateur aussi, dans mon village je crois qu’il n’y a plus d’électricité ! “Même d’un vieux souvenir, le drame est une tâche. “Un peu ensanglanté comme ça, on se croyait encore en sécurité…”
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