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2022, le pire été pandémique au Québec

Beaucoup plus de décès, plus d’hospitalisations, mais surtout une forte transmission communautaire : 2022 est le pire été pandémique que le Québec ait jamais connu. En pleine septième vague, la province fait maintenant face à une nouvelle réalité : de nouvelles options perturbent de plus en plus la « logique saisonnière » à laquelle la COVID-19 nous a habitués.

Posté à 18h30

Henri Ouellet-Vezina La Presse

Presse Pierre-André Normandin

“Plus le virus change, plus il nous surprend. Elle inverse de plus en plus le phénomène des cycles saisonniers que nous avons vu auparavant, un peu comme la grippe. C’est quelque chose qu’on commençait à voir avec les variantes précédentes, mais qui est de plus en plus prononcé», explique Dre Sophie Zhang, médecin de famille au CHSLD Bruchési.

La pandémie se fait beaucoup plus sentir dans les hôpitaux du Québec cet été. Ils ont actuellement 1 887 patients infectés à traiter. C’est nettement plus que les deux dernières années, même en tenant compte du fait que seulement un tiers des hospitalisations (soit 640) étaient dues au COVID-19. Pour la même période en 2020, il y avait 285 patients infectés, et en 2021 – 81.

En termes de mortalité, le Québec rapporte en moyenne 11 décès par jour. A cette époque en 2020, il y en avait moins de 3 par jour. De plus, la comparaison avec l’été 2021 est encore plus frappante. Entre le 15 juin et le 31 août, Québec a condamné un total de 54 morts. Cet été, le Québec en a déjà signalé 243 depuis la mi-juin.

Le virus “n’a pas fini de changer”

Le Dr Zhang rappelle que le virus « contrecarre » de plus en plus l’efficacité immunitaire des vaccins, rendant le potentiel d’infection encore plus grand, d’autant plus que la campagne de vaccination pour la dose de rappel s’achève au Québec. “C’est un effet surprenant. Nous sommes allés en quelques vagues, nous sommes allés un peu [mieux] préparé. “Personne ne s’attendait soudainement à ce qu’il y ait autant de cas cet été”, ajoute-t-elle.

Comme lors des vagues précédentes, les jeunes propagent le coronavirus tandis que les plus âgés en paient le prix. Les deux tiers des personnes infectées ont actuellement moins de 60 ans. Ils s’en sortent plutôt bien, avec peu de complications. À l’inverse, les personnes âgées de 80 ans et plus sont largement responsables du nombre élevé de cas de COVID-19 cet été. Alors qu’ils ne représentent que 13 % des cas, ils représentent plus d’un tiers des hospitalisations et les deux tiers des décès.

“Le problème pour moi, c’est que nous agissons en quelque sorte comme si nous étions vraiment dans une phase endémique, et ce n’est pas le cas. On ne peut toujours pas contrôler le virus, on ne peut pas le prévoir, ce n’est pas cyclique comme la grippe par exemple. C’est ce qui nous surprend tous en ce moment », explique le virologue et professeur au Département des sciences biologiques de l’UQAM Benoît Barbeau, pour qui l’évasion croissante des vaccins, c’est probablement aussi « beaucoup ».

A ses yeux, la population “a déjà décidé que la pandémie est endémique et qu’on passe à autre chose”, ce qu’il dit comprendre après plus d’un an de restrictions sanitaires. “Sauf que la réalité est que nous ne serons pas endémiques tant que nous ne pourrons pas prédire la propagation de ce virus.” »

Nous sommes dans l’état d’esprit que nous vivons avec le COVID-19, mais cela nous surprend toujours énormément.

Benoit Barbeau, virologue

“On voit qu’après la variante BA.5 notamment, le virus a vraiment amélioré sa capacité de transmission”, ajoute-t-il. Et on peut s’attendre à ce que cela se poursuive au cours des prochains mois. Il n’a pas fini de changer. »

Les absences “font mal”

Si les décès et les hospitalisations restent sous contrôle dans le réseau de la santé, c’est surtout la forte transmission dans la communauté et le manque prononcé de personnel qui “font mal” actuellement, évalue le président de l’Association des médecins spécialistes de l’urgence de Québec Dr Gilbert Boucher. Vendredi, 7 138 travailleurs étaient absents du réseau de la santé en raison de la pandémie.

“Le plus gros problème que nous ayons en ce moment est vraiment de surcharger le système”, note-t-il. En ajoutant deux ou trois collègues qui disparaissent à chaque quart de travail à cause du COVID, cela donne des journées sur des étages où il n’y a quasiment pas d’accueil. »

Le Dr Boucher confirme que depuis le début de la journée dans plusieurs établissements, “les urgences sont déjà à moitié pleines avec des patients en attente d’hospitalisations” pour la COVID-19, mais surtout pour la majorité pour d’autres raisons. « Traiter 10 000 patients avec la moitié des lits gérables est très complexe. En trois mois, le pourcentage de patients qui partent sans voir un médecin est d’environ 15 %. Historiquement, on est plutôt à 10 % », poursuit-il.

La situation en bref

Les 11 décès recensés vendredi portent à 11 la moyenne quotidienne, calculée sur sept jours. La tendance est en hausse de 10 % en une semaine. Le Québec a également signalé une augmentation de 27 hospitalisations vendredi. Les 1 887 personnes actuellement hospitalisées représentent une augmentation de 22 % en une semaine. En réanimation, les 42 patients représentent une tendance stable sur une semaine. 1 910 nouveaux cas signalés vendredi ont porté la moyenne quotidienne à 1 736. Ainsi, la tendance est à la hausse de 26 % en une semaine. Enfin, la campagne de vaccination continue de progresser. Le Québec administre en moyenne 10 500 doses par jour, principalement des quatrièmes doses. À ce jour, 83,6 % des Québécois ont reçu deux doses, mais seulement 52,7 % trois et 15,4 % quatre.

Pierre-André Normandin, La Presse