Plus de 13 millions de voix – soit 41,45% des suffrages – sont allées dimanche à Marin Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. Il s’agit bien sûr d’une performance inédite – et loin de là – pour l’extrême droite. Seulement 10 millions de personnes ont voté pour Le Pen en 2017 et 5,5 millions au second tour en 2002. “C’est un résultat très important, qui montre que l’extrême droite a grandi, qu’elle s’est consolidée et qu’il s’est passé quelque chose sous c’est un cinq”. -mandat qui laisse plus de place à Marine Le Pen », estime Gilles Ivaldi, politologue d’extrême droite au Cevipof. Marin Le Pen a également vu dans son résultat une “énorme victoire”. Tellement ?
“On peut dire que le RN a eu une gestion habile de la défaite dimanche soir”, estime Mathieu Gallard, directeur de la recherche chez Ipsos. “41,45% n’est pas un très bon résultat pour Marine Le Pen, alors que le contexte lui était favorable”, ajoute le sondage. Ce “contexte positif”, c’est avant tout la diabolisation de Marin Le Pen, accélérée par Eric Zemmour, qui lui sert d’écran au premier tour. Elle n’était plus l’extrémiste de service dans les médias et son image s’est considérablement améliorée depuis 2017.
Contexte positif mais ambivalent
« Positive Context », c’est aussi une campagne sur son thème de prédilection cette année : le pouvoir d’achat. Un sujet sur lequel Marine Le Pen est même finalement jugée crédible dans les sondages d’opinion. Et un sujet toujours difficile pour la diplômée : “Voir revenir cette matière, ça veut dire qu’en cinq ans la situation ne s’est pas forcément améliorée”, déclarait l’économiste Stéphanie Wheelers à la rentrée.
C’est Marin Le Pen qui a également fait face à un président sortant hors du pays, et dimanche, personne n’avait été réélu au suffrage universel direct. “Avec tout cela, elle n’aurait probablement pas pu gagner, mais le deuxième tour aurait pu être plus disputé”, a déclaré le juge Mathieu Gallard. Le résultat était finalement sans appel.
Gilles Ivaldi a lui aussi reconnu un contexte favorable à Marin Le Pen, mais a considéré que dans chacun de ces éléments du contexte il y avait des choses favorables à Emmanuel Macron. “Eric Zemor a certes joué le rôle d’un épouvantail plus extrémiste, mais a reconnu que l’extrême droite est en train de monter et de menacer. En termes de pouvoir d’achat, la situation est en partie liée à la guerre en Ukraine, ce qui profite clairement au président sortant. »
Le Front républicain existe bien plus longtemps qu’on ne l’imagine
Autre indicateur peu engageant pour Marin Le Pen : complètement raté entre deux manches. “Elle a essayé de continuer sur sa lancée positive du premier tour, mais a échoué. “Il manquait quelque chose de nouveau pour créer une nouvelle dynamique”, estime Gilles Ivaldi. Et puis les deux principales faiblesses du RN ont été à nouveau mises en lumière : d’abord, le fait qu’il s’agisse d’un parti d’extrême droite, “considéré par la plupart des Français comme autoritaire et raciste”, explique Mathieu Gallard. Et puis sur la question de la compétence : « Marine Le Pen n’est toujours pas perçue comme assez forte, notamment par l’électorat de droite. Même dans le débat, il a été dominé par Emmanuel Macron.
Cela ressort des chiffres : entre les sondages réalisés au soir du premier tour et le résultat du second tour, le candidat RN perd 5,5 points. Il n’en avait perdu que 3,5 en 2017. Enfin, même s’il s’est montré moins vaillant qu’en 2002, le front républicain est toujours bien vivant. Plus qu’on ne le pense en tout cas : l’écart de 17 points observé dimanche entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen est plus élevé que dans la plupart des sondages. Sur les 238 sondages Macron-Le Pen publiés au second tour de janvier 2019, seuls 15 montrent un écart plus important. Et tout cela lors du déclenchement de la guerre en Ukraine, où les intentions de vote en faveur d’Emmanuel Macron se sont multipliées.
“C’est la loi électorale à toute épreuve du FN : plus la perspective de son arrivée au pouvoir après le premier tour est concrète, plus la réaction est forte. [retour de bâton] est fort dans le second », expliquait début avril le sociologue d’Ipsos Mathieu Gallard. A l’époque, Marine Le Pen était sur le point de remporter le second tour. “Les régionales l’an dernier nous l’ont prouvé, quand en Provence-Alpes-Côte d’Azur, même contre l’ancien UMP, Thierry Mariani, qui incarne la diabolisation du RN, le Front républicain marche encore”, rappelle Gilles Ivaldi. Les derniers murs de forteresse sur le front républicain sont probablement les plus solides.
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