Thaddeus Pogacar, à son arrivée au sommet de la Super Planche des Belles Filles, devant Jonas Vingaard. DANIEL COLE/AP
Oubliez ce sourire de première communion, Thaddeus Pogacar est la cruauté créée par un homme. Lors de la 7ème étape du Tour de France, le coureur slovène a admiré le charme des Vosges avant de s’emparer d’une belle “planche” pour défoncer le crâne de ses adversaires. Même avec un casque, le Danois Jonas Vingaard risquait de se réveiller avec une belle bosse après avoir vu le maillot jaune le dépasser par la droite dans les vingt derniers mètres de la montée de la Super Planche des Belles-Filles (Haute-Saône), avec ce regard en biais qui comme pour dire : « Bonjour, je suis là. « Sur une pente tueuse et caillouteuse à 24 %, ça donne une idée de la lucidité du double vainqueur du titre.
Déjà vainqueur la veille à Longwy (Meurthe-et-Moselle), le joueur de 23 ans (UAE Emirates) n’est pas d’accord, surtout quand il a une “étape en tête depuis un moment” comme ce vendredi 8 juillet. Le directeur de tournée Christian Prudhomme n’a pas encore augmenté les primes de 2e et 3e comme son lointain prédécesseur Jacques Gaudet, lassé de la domination de l’Italien Fausto Coppi en 1952.
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Pour le bonheur et la santé mentale de l’adepte actuel, Jonas Vingegor refuse de déposer les armes. Le coureur néerlandais de l’équipe Jumbo-Visma n’a jamais enregistré plus de 35 secondes à la fin de cette étape. Et encore, prévient son coéquipier Christophe Laporte, “une petite montée comme ça, c’est ça que Pogacar aime vraiment, ce n’est pas le terrain préféré de Jonas”.
En conférence de presse, le maillot jaune a aussi affirmé dans trois réponses bien calibrées que “le Tour n’est pas encore terminé”, évoqué “des écarts pas si gros” et pointé “des adversaires très forts, comme on a quand même réussi à le voir”. La rhétorique est connue, mais le leader de la course ne succombe pas à la fausse modestie.
Thaddeus Pogacar ne donne pas ses jouets
Après tout, il n’a pas encore présenté son Grand Bornand 2021, une étape choc durant laquelle il a envoyé ses rivaux dans les cordes. Geraint Thomas (Ineos) refuse désormais de jeter l’éponge. “Pogacar a gagné aujourd’hui, mais au moins il ne nous a pas vus en vue pendant deux minutes”, a relativisé le Gallois, indestructible troisième du classement général, âgé de 36 ans.
D’autres ont perdu beaucoup de plumes. Le Russe Aleksandar Vlasov (Bora-Hansgrohe) chute ainsi de 1m 39s, relevé par Primozh Roglic, à 12 secondes de retard, deux jours après son chavirage provoqué par une botte de paille. La tête c’est mieux, mais pour le corps en revanche, le kiné Jumbo-Visma risque de facturer des heures supplémentaires. “Je suis très content de finir avec les meilleurs. Ma douleur est toujours là, comme si j’avais des coups de couteau dans le dos”, avoue l’autre Slovène.
Ce vendredi matin, certains ont peut-être imaginé les Emirats de Pogakar renouant avec la tradition de “lâcher” le maillot pour le remettre – et avec lui le contrôle de la compétition – à une autre formation. “Jeudi, ils ont dépensé beaucoup d’énergie pour essayer de faire revenir Van Aert [le Belge de l’équipe Jumbo-Visma avait mené une longue échappée] et ce serait la meilleure tactique pour Pogacar et du repos pour ses coéquipiers », a avancé le Français AG2R-Citroën Geoffrey Bouchard.
Mais la formation émiratie ne connaît pas le mode économie d’énergie. Pourtant, l’occasion était belle avec une échappée de durs à cuire qui est partie après 50 kilomètres de roulage les pieds au sol. Parmi les onze échappés, les Allemands Maximilian Schachmann et Lennard Kamna avaient un profil pas trop menaçant pour prendre le maillot jaune, faire travailler leur équipe Bora-Hansgrohe et le reprendre bien plus tard.
Mais non. Thaddeus Pogacar ne donne pas ses jouets. Ses hommes ont roulé pour tenir l’échappée à trois minutes. « Vegard-Coll [Laegen] et Mikkel Bjerg tire comme des bêtes, salue de ses mots George Bennett, le dernier du groupe Pogi. L’échappée était tellement forte qu’il fallait tirer comme ça. Je pensais que nous allions les rattraper à mi-chemin, mais ils ont fait un excellent travail. »
“Nous avons montré que nous étions forts”
Le Néo-Zélandais pense particulièrement à Lennard Kämna. Grand talent mais sensible, l’Allemand laisse entendre qu’il n’est pas qu’un cycliste à ranger le vélo quand le cerveau est plein, comme il le sera en 2021 lorsqu’il terminera sa saison en mai. Mais dans sa tête, ce grimpeur est un client. A 800 mètres de l’arrivée, certains confrères ont déjà mis à jour sa biographie de vainqueur d’étape, deux ans après son succès à Villard-de-Lans (Isère).
Il n’en reste pas moins que dans son format “Super” la planche coupe les pattes avec ses passages de plus de 20%. D’autant plus lorsqu’un nouveau maillot jaune est jeté derrière vous parce que vous avez tapé dans l’œil de sa fiancée, la cycliste Urska Zigart. Lennard Kämna “s’est garé” à 100 mètres de la ligne d’arrivée avant de finir en zigzag, victime de la pente, de l’appétit de Pogacar, mais aussi du travail acharné de ses sherpas, Brandon McNulty et Rafal Majka.
“Dans la promotion, nous avons montré que nous étions forts, personne ne dit que notre équipe n’est pas à la hauteur. Je suis si heureux”, déclare le second. A 32 ans, le Polonais (vainqueur du maillot à points de meilleur grimpeur en 2014 et 2016) a mis de côté ses ambitions personnelles et brille comme le lieutenant de ce gamin slovène, qui n’est jamais le dernier à bousculer ses habitudes de père. Aux EAU, le groupe vit bien et les bulles ont disparu. « Tous les garçons étaient là aujourd’hui. Maintenant, nous pouvons fêter la victoire : plus de champagne ! demande une mère amusée.
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Geraint Thomas, lui, attendra pour tremper ses lèvres dans une pinte de bière, son indulgence à l’intersaison. Le vainqueur de la Grande Boucle 2018 cherche la faiblesse de Thaddeus Pogacar dans son équipe. “Il se débrouille super bien mais vous savez que tout le monde trouve son équipe un peu vulnérable – ils vont bien, ne vous méprenez pas – mais il y a quelques grincements ici et là. Nous avons le numéro. Jumbo aussi. »
Jusqu’à preuve du contraire, Thaddeus Pogacar n’a jamais été trop sensible ni troublé par le pouvoir des chiffres. Le fait parler de ses jambes. Et jusqu’à présent, personne n’a trouvé le défilé.
Les Français ont bien “prévu”
Sur son terrain, Thibaut Pinot n’avait pas les jambes (32e) pour s’imposer du haut de son “Super Board”. Mais le grimpeur Groupama-FDJ a fait son travail d’équipe pour David Gaudu, 6e, à 19 secondes de Thaddeus Pogacar. “On est sur le qui-vive, à une vingtaine de secondes du podium”, se réjouit le Breton. J’avais de bons sentiments, pas forcément les meilleurs, mais les bons. »
Discret mais parfait dès le départ à Copenhague, Romain Barde a terminé 8e, à deux secondes de son compatriote. Au classement général, le pilote DSM pointe à la 6e place, à trois secondes de David Gaudu. Derrière l’intouchable Thaddeus Pogacar et le très fort Jonas Vingaard, la 3e marche du podium à Paris semble un objectif bien irréaliste pour les deux tricolores.
Alexandre Pedro (Ronschamps (Haute-Saône), envoyé spécial) et Aude Lasjaunias (Plancher-Les-Mines (Haute-Saône), envoyée spéciale)
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