France

La justice anglaise extrêmement “stricte sur la présomption d’innocence”, analysent des avocats

Quel sort attend la justice britannique pour Benjamin Mendy ? Le procès contre l’international français débute ce mercredi à Chester, au Royaume-Uni. Le défenseur de Manchester City devra répondre devant les juges des faits de huit viols, tentatives de viols et agressions sexuelles en Angleterre. Des allégations qu’il a toujours démenties. Pour suivre ce processus et en prédire l’issue, il va falloir que nous, Français, oubliions nos connaissances en droit pénal (si vous en aviez), car de l’autre côté de la Manche on ne rend pas la justice comme en France.

À commencer par la façon dont la loi décrit le viol. En France, selon le Code pénal, le viol est qualifié de “tout acte de pénétration sexuelle de toute nature ou tout acte bucco-génital” commis sur une personne par “violence, contrainte, menace ou surprise”. Au Royaume-Uni, la loi stipule qu’il y a viol lorsqu’un individu (A) « pénètre délibérément dans le vagin, l’anus ou la bouche d’un individu (B) avec son pénis sans que B ait consenti à une telle pénétration. et A ne pense pas raisonnablement que B y consent ». Le texte précise que “les mesures prises par A pour vérifier que B a donné son consentement” seront prises en compte. La notion de consentement peut donc être au cœur des arguments de la défense.

La présomption d’innocence avant tout

La deuxième différence majeure réside dans l’application du principe de la présomption d’innocence. “La justice anglaise est beaucoup plus stricte dans son attitude que la justice française”, confie Georges Parastatis, avocat au barreau de Paris, à 20 Minutes. Et pour ceux dont le domaine d’intervention couvre le droit pénal international, si cette présomption est également bien justifiée, c’est en raison des différences remarquables entre les deux pays dans les procédures comme dans les habitudes.

« En France, une enquête pénale est d’abord menée par un juge d’instruction qui consigne tout par écrit. Le procès pénal oral tente alors de confirmer ou d’infirmer au préalable cette enquête écrite. Alors qu’en Angleterre tout est oral : le travail de l’enquête, l’audition des témoins, celle des accusés et même le procès…”, explique l’avocat pénaliste. Lors des procès, les policiers eux-mêmes viennent transcrire les procès-verbaux des réunions, et les différentes parties présentent leurs versions. Il est difficile d’imaginer dans notre pays un célèbre roi de l’industrie du papier. Conséquence directe : “Les juges français ont du mal à lâcher prise sur ce qui a pu se dire par le passé, il y a même des années”, note Georges Parastatis.

« Les plaignants ne sont pas au cœur du procès »

Un autre élément contribuant à l’application de la présomption d’innocence est le traitement des victimes présumées. “Il n’y a pas de partie civile dans la procédure pénale, explique l’avocate Jessica Finnell, experte en droit pénal national et international. Les plaignants sont entendus comme témoins et ne sont donc pas représentés par un avocat”. Seul le ministère public fait face à la défense en tant que partie. Il faut comprendre que “les demandeurs ne sont pas au coeur du procès, alors qu’en France, et encore plus après MeToo, ils ont une place prépondérante dans l’audience”, renchérit Alois Blin, avocat au barreau de Paris.

En France, lorsque des personnes portent plainte pour des faits similaires contre une même personne, “le parquet en fait un plaidoyer de culpabilité en disant que s’il y en a plusieurs, ce n’est pas un hasard”, explique Georges Parastatis. Au Royaume-Uni, le strict respect de la présomption d’innocence signifie qu’il ne s’agit pas d’un argument et “le magistrat n’orientera pas les débats dans cette direction”. Enfin, “le jury n’a pas accès au casier judiciaire de l’accusé lorsqu’il lui est demandé de se prononcer sur sa culpabilité”, assure Jessica Finnell. Autant d’éléments qui, selon l’avocat, permettent à la justice britannique d’être “très respectueuse du droit de la défense et de la présomption d’innocence”.

Le montant de la peine est une question distincte

Outre le déroulement du procès, la peine de Benjamin Mendy pourrait également être très différente de celle qu’il risquait en France. D’abord parce que les peines pour viol « vont de 4 ans à la prison à vie, selon les circonstances », note Jessica Finnell. Si cette peine maximale est rarement appliquée, Georges Parastatis rappelle qu’en Grande-Bretagne les peines sont cumulatives. Avec huit chefs de viol, le joueur pourrait mettre fin à ses jours en prison, “alors qu’en France la peine maximale pour viol est de 20 ans, quel que soit le nombre de victimes”, a expliqué l’avocat.

En ce qui concerne la hauteur des phrases, le système anglais est beaucoup plus structuré et compartimenté. Premier jury quant à la culpabilité de l’accusé. “S’il plaide coupable de tout ou partie des chefs d’accusation, il y a une deuxième étape procédurale, cette fois composée de juges professionnels qui déterminent la peine sur la base de lignes directrices en fonction des circonstances et du comportement de l’auteur. , explique Alois Blin. En France, les condamnations restent arbitraires, surtout lorsqu’elles sont prononcées par des jurys non professionnels ».

Et si les victimes veulent demander réparation, « elles devront s’adresser au juge civil » dans une audience distincte, ajoute Jessica Zimmerey. En France, la culpabilité, la peine et l’indemnisation accordée à la victime sont prononcées en même temps.

Étoile ou pas étoile, pareil

En Angleterre, où les tabloïds prédominent et se régalent de ce genre d’affaire, on pourrait penser que la célébrité de Benjamin Mendy ne serait pas un atout. Mais pour Georges Parastatis, cela ne devrait jouer ni en sa faveur ni contre lui. “Là, un sans-abri sera jugé de la même manière que lui.” Pourtant, Alois Blin note que si le fait d’être célèbre ne doit pas, en théorie, jouer un rôle de persuasion, de part et d’autre, “ce n’est certainement pas un avantage”.

Ce dernier point pourrait toutefois fragiliser la défense de Benjamin Mendy si le procès tournait vers sa culpabilité. Jugés en France, on essaierait, à coups d’experts et d’analyses, de savoir pourquoi l’accusé a agi comme il l’a fait, et la justice le punirait plus ou moins sévèrement selon la fonction. “Au Royaume-Uni, nous sommes simplement innocents ou coupables, et dans ce dernier cas nous sommes beaucoup moins portés à analyser les subtilités psychologiques d’un acte”, conclut Georges Parastatis.