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“La situation se complique” au Mali, “les jihadistes avancent vers la capitale”, selon un expert

“La situation devient de plus en plus difficile militairement” au Mali, avec des jihadistes “avançant vers la capitale” Bamako, a déclaré Michel Ghali, géopoliticien et spécialiste de l’Afrique subsaharienne, à franceinfo lundi 15 août, alors que l’Elysée annonçait la départ du pays des derniers soldats français de la force Barkhane.

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franceinfo : Pourquoi ce retrait des troupes françaises annoncé il y a quelques mois ? La France considère-t-elle les mouvements islamistes comme vaincus ?

Michel Galli : Pas du tout, mais il y a un nouveau front : le gouvernement militaire malien, issu d’un coup d’Etat, de plus en plus anti-français et même anti-occidental. Ce gouvernement a réussi à sortir le pouvoir Barkhane du Mali.

Emmanuel Macron n’avait pas le choix ?

En quelque sorte. Le président français a choisi de privilégier le Niger pour le redéploiement des forces de Barkhane sous de nouvelles formes. Et puisque cette force Barkhane est présente dans cinq pays, il a aussi choisi de réduire les effectifs, de négocier de nouvelles formes de coopération ou d’implantations militaires avec des pays côtiers comme la Côte d’Ivoire, le Togo et le Bénin. Mais ce n’est pas gagné car l’opinion anti-française monte dans toute l’Afrique de l’Ouest et en particulier au Sahel.

Quelles ont été les erreurs de la France durant ces neuf années d’opération Barkhane ?

Les maladresses sont nombreuses, d’abord avec un certain orgueil des dirigeants français. Ils avaient une volonté de contrôler le calendrier politique, comme lorsque le président François Hollande avait imposé la date de l’élection présidentielle, et une volonté de marginaliser les armées nationales, ce qui est difficilement tolérable dans n’importe quel pays. C’est la leçon apprise par le président Emmanuel Macron. Cependant, la situation dégénère entre l’opinion publique et les dirigeants français.

La situation a-t-elle beaucoup changé au cours des neuf années écoulées depuis le début de l’opération Barkhane ?

C’est une question compliquée. Les forces maliennes se professionnalisent jusqu’à être totalement inexistantes fin 2012. Mais les jihadistes avancent : à cette époque, ils tiennent principalement le nord du Mali avec des séparatistes ou des indépendantistes touaregs. Ils sont désormais implantés dans le centre du Mali, notamment avec le groupe Katiba Macina. Et ils avancent vers la capitale. Donc, militairement, la situation devient de plus en plus difficile.

Diriez-vous que le Mali pourrait redevenir un bastion terroriste dans les prochaines semaines ?

En effet. Les groupes djihadistes visent, comme fin 2012, ce qui a provoqué la première intervention française des Serval : la prise de la capitale. Il y a eu des attaques près de Bamako. Et ils attaquent partout, au Mali, mais aussi au Burkina Faso, où la situation est encore plus difficile.