Le député LFI Nord Adrien Quatennens, aux journées d’été de la fête, à Valence, le 27 août. JULIEN MUGUET POUR “LE MONDE”
« Peut-on être député, donc voter des lois, quand on abuse de sa femme, même si ce n’est pas intermittent ? s’interroge Isabelle Kucke, bibliothécaire et “féministe dans l’âme” qui a voté pour Adrienne Kuatenen aux législatives dans le Nord. Pour ce quinquagénaire, c’est l’heure d’un « malaise profond ». Depuis que la députée La France insoumise (LFI) a reconnu les violences conjugales, l’inquiétude est partagée par de nombreux militants et électeurs, même si beaucoup peinent à en parler ouvertement. Il a fallu du temps pour négocier avec ces trois militants de LFI pour convenir d’un rendez-vous dans un café de Lille, mais à condition que leurs noms ne soient pas mentionnés. Nous sommes au cœur de la première circonscription du Nord, celle de Roger Salengro et Pierre Morroy, dans laquelle Adrien Kuatenen a été élu en 2017 avec quarante-six voix devant le macroniste Christophe Ittier. Un mandat plus tard, il y est réélu en avril 2022 avec 65,2 % des voix.
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« Nous ne voulons pas d’histoires. Le sujet est brûlant”, s’est exclamé l’un des militants “insoumis”, fonctionnaire dans une collectivité locale. S’il refuse de s’immiscer dans la vie privée de M. Quatennens, il avoue qu'”il nous a lui-même invités dans sa chambre, ou pas loin, avec ce communiqué où il a donné les détails de son divorce”. A côté de lui, une jeune femme approuve et regrette « l’image qu’elle renvoie. C’est comme si nous étions complices de quelque chose, malgré nous. Qu’allons-nous en faire maintenant ? Le troisième militant clôt le débat : “Tu es ridicule, on ne fait rien !” C’est au tribunal de décider s’il estime qu’il y a lieu à une simple gifle. “Pour lui, l’élu a vu” ce que beaucoup vivent lors d’un divorce. Baise-le, on ne le pendra pas pour ça ! Et on voit bien tous les vautours se jeter dessus, donc sur notre mouvement, et en profiter pour nous discréditer. C’est trop facile! »
“Pas le bon moment”
Parmi les habitués de ce café d’un quartier populaire, deux autres électeurs de LFI avaient entendu parler de l’affaire – “bien sûr” – mais ont déclaré qu’elle “avait été montée en épingle par les médias”. Ils veulent le démolir, c’est sûr », a déclaré Quentin Devine, un installateur de fibre optique. Il avoue que « c’est un mauvais moment » et découvre que « Quatennens aurait mieux fait de se taire. En quelques jours, les médias seraient passés à autre chose. » Son compagnon approuve. Il découvre que “n’importe qui peut se faire gifler, mais ce n’est pas comme battre sa femme tous les jours”. C’est exactement le genre d’argument qui fait sursauter Isabelle Kucke, la bibliothécaire. Elle a noté M. Quatennens, “un chapitre bien fait, avec un discours clair, mais là… je ne peux pas l’approuver, en disant que ce n’est pas grave.”
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