Au magasin Camaïeu d’Orly (Val de Marne), le 1er octobre 2022. JULIET GARNIER
Entre deux recettes, Roxana Carneiro-Deneza sort un mouchoir et essuie ses larmes. Depuis jeudi 29 septembre, au lendemain de l’annonce de la liquidation de Camaillo, la gérante du magasin d’Orly (Val de Marne) reçoit fleurs et chocolats que lui apportent des clients. “Je ne pleure pas pour mon patron. C’est vous, madame”, confie-t-elle samedi 1er octobre en remerciant une de ses fidèles clientes, à quelques heures de la fermeture définitive de la boutique où elle travaille depuis neuf ans.
Les paquets cadeaux s’entassent derrière la caisse enregistreuse. La quantité de prescription augmente. Dans ce magasin, situé dans la galerie de l’hypermarché E. Leclerc à Orly, à proximité des quartiers populaires des Aviateurs et de la Sablière, les clients venaient en masse acheter des vêtements vendus à 50% de remise. Le directeur de l’hypermarché a envoyé sa sécurité pour canaliser la cinquantaine de personnes qui attendent sans cesse d’entrer. « Là, tu vois, du coup ce n’est vraiment plus une crise ! note la vendeuse du magasin, Elodie, qui n’a pas souhaité que son nom de famille apparaisse dans cet article.
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Ils sont nombreux à « saluer les vendeuses »
Beaucoup de clients sont venus parce que “Kamayo est mort ce soir”. L’attrait des prix bas, des cintres gratuits et le désir d’obtenir une carte-cadeau ou un crédit les poussent à acheter. Pour acheter beaucoup. Quitte à choisir des vêtements d’été, des t-shirts colorés, des sandales ou des robes vertes et à regretter “qu’il y ait [ait] non − 50 % sur les bijoux ».
Beaucoup sont aussi là “pour saluer les vendeurs” et faire preuve de “solidarité” alors que “la vie est dure”. Parce qu’elle a “appris aux infos que le montant de l’ordonnance était pour les salariés”, Elisabeth Pommier, une retraitée de 66 ans, est venue “se promener”. Et elle “achète sans besoin” parce que “ça va être pour leur cagnotte”, explique-t-elle, incapable de croire que “ça se ferme si vite”.
L’enseigne, fondée en 1984, a été déclarée en faillite début août, deux ans après son rachat par la Financière immobilière bordelaise (FIB), une société immobilière détenue par l’homme d’affaires Michel Ohayon, la 104e foncière de France, selon le magazine Challenges. Mercredi 28 septembre, le tribunal de commerce de Tourcoing l’a prononcée en liquidation après avoir rejeté le plan de continuation présenté par M. Ohayon.
L’administrateur judiciaire de l’enseigne de Roubaix a décidé d’affecter le montant du chiffre d’affaires réalisé dans le magasin du jeudi 2 au samedi 1er octobre au financement des prestations de 2.600 salariés. Près de 25 millions d’euros ont été récoltés en ventes selon nos informations. En trois jours, certains magasins ont réalisé l’équivalent d’un mois d’activité. “C’est fou”, avoue Roxanne Carneiro-Deneza.
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