Suite à la victoire d’Emmanuel Macron, dimanche 24 avril, une musique insidieuse a circulé visant à remettre en cause la légitimité de son choix. Deux types d’arguments sont avancés : le président de la République sortant serait trop mal élu pour prétendre mettre en œuvre son projet en raison du taux élevé d’abstentions (28 %) et de bulletins blancs et nuls (6,2 %). De plus, les 58,4 % de son nom recueillis ne proviendront pas d’un vote des députés, mais seront le résultat d’un vote de blocage contre l’extrême droite.
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En 1969, personne ne remettait en cause la légitimité de Georges Pompidou, élu président de la république dans le cadre d’une abstention record (31,15 %). En 2002, personne ne contestait celle de Jacques Chirac, qui recueillait 82,21 % des suffrages face à Jean-Marie Le Pen. On s’interroge sur la nature de la politique que le leader de droite devra mener au sein du puissant Front républicain nouvellement formé, mais sa capacité à être président est pleinement reconnue.
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Le processus d’illégitimité n’est pas nouveau. François Hollande en a été victime lors de son élection en 2012, lorsque la maire (UMP) d’Aix-en-Provence, Mariz Joassin-Mazzini, l’a qualifié de “danger pour la république”, accusant les médias de “lyncher” son adversaire Nicolas Sarkozy. Depuis 2017, cependant, la contestation s’est intensifiée et a atteint les plus hauts niveaux de la république. En mars, le président du Sénat Gérard Larscher, mécontent qu’Emmanuel Macron ait tardé à rejoindre la campagne, a déclaré que cela soulevait “la question de la légitimité du vainqueur”. Venant du troisième personnage de l’État, l’attaque était choquante.
Décomposition politique
Cette fois, la contestation a été renouvelée par la gauche radicale, qui cherche à mobiliser des troupes pour les législatives de juin. Se revendiquant Premier ministre “élu” et dépeignant Emnamuel Macron comme président de la république, “le pire élu de la Ve République”, Jean-Luc Mélenchon poursuit sa tentative de faire sauter les institutions et son défi à un opposant depuis cinq ans qu’il a refusé le droit de poursuivre sa politique. “En France, il n’y a pas de fondement social à la politique de M. Macron. Il a un problème de légitimité politique issu des conditions du second tour, « a-t-il commencé au lendemain de la présidentielle de 2017. Deux semaines de méthodes injustes et choquantes.
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Le processus continu de décadence et de recomposition politique explique en partie la montée de ce radicalisme. La droite ne tolère pas d’être marginalisée dans le paysage politique national, et les extrêmes exploitent au maximum les protestations qui montent dans le pays, y compris contre les institutions. Mais leur jeu consistant à se présenter aux élections tout en défiant les règles est particulièrement pervers. En 2017, Jean-Luc Mélenchon est élu député des Bouches-du-Rhône avec seulement 20 % des inscrits. En 2021, Valérie Pecres a été reconduite seule présidente de la région Ile-de-France avec 14,8 % des inscrits. Tous ceux qui aiment ébranler la légitimité du vote, et donc même les fondements de la démocratie représentative, feraient mieux de réfléchir à la manière de réintéresser les électeurs. Sinon ils seront emportés comme les autres.
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