France

A chacun “son” René Lévesque

Enfin, la très embarrassante polémique qui a précédé le début d’année de Lévesque semble s’estomper. Après avoir été délaissé par la Fondation René-Lévesque, l’actuel chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon (PSPP), a assisté à la cérémonie lundi soir.

Lucien Bouchard, président d’honneur des festivités, s’est même laissé aller à un rare moment de remords. Avec humilité, élégance et humour, l’ancien premier ministre péquiste a avoué son erreur en faisant des propos déshonorants à son ancien parti, donnant l’impression qu’il était heureux de sa disparition éventuelle.

Sont également présents le chef libéral Dominique Anglad, le chef de Québec solidaire Gabriel Nado-Dubois, le président du Québec Pierre Carl Pelado et, le cas échéant, le premier ministre François Lego.

Mais la politique n’est jamais loin. Ainsi, à la lumière de leurs positions respectives sur la question nationale, chacun des dirigeants actuels en a profité pour donner sa propre lecture de l’énorme contribution de René Lévesque à la société québécoise.

Ainsi, le PSPP a rappelé que l’indépendance était la bataille finale de M. Lévesque. M. Lego a insisté sur la “fierté” qu’il a su insuffler. Mme Anglad a vanté son « authenticité » et M. Nado-Dubois, rappelant que René Lévesque « ne nous dresse jamais les uns contre les autres », a tiré un point sur le Premier ministre.

Les décennies de Lévesque

Il en va de même pour nous tous qui avons eu l’incroyable opportunité de vivre les décennies de Lévesque – passionnantes, pleines d’espoirs et de rêves au-delà de l’horizon.

En fait, chacun a « son » René Lévesque – déjà en soi la marque d’un homme plus grand que nature, dont les nombreuses réalisations visent à faire de tout le peuple québécois une nation moderne, forte et tournée vers l’avenir. “A partir d’aujourd’hui, demain est à nous”, que nous avons chanté…

Même ses échecs, dont celui de Yes en 1980, ouvrent d’autres possibilités. La réalité est que ce soutien à 40% à la souveraineté a marqué un développement spectaculaire de l’idée d’indépendance.

On oublie vite que ce premier référendum a eu lieu seulement 20 ans après la fin de la Grande Noirceur de Duplessis. Dans la vie des nations, 20 ans équivaut à agiter une aile de papillon.

Pour une nation si brutalement opprimée avant la Révolution silencieuse, y compris par le clergé et ses élites ultra-conservatrices, un tel progrès en si peu de temps était franchement magistral.

A tel point que seulement 15 ans plus tard, avec le brillant et très déterminé Jacques Pariso, “Oui” passera même très près de la victoire.

Citoyens du Québec et du monde

René Lévesque. À son tour, un journaliste de premier plan a été envoyé dans les camps de concentration nazis, où toutes les horreurs du monde l’attendaient. Artisan de la nationalisation de l’énergie hydroélectrique sous le libéral Jean Lesage.

Fondateur du Parti du Québec. Premier ministre aux réformes nombreuses, audacieuses et progressistes, dont la Charte de la langue française de son ministre Camille Lorin – véritable acte fondateur du Québec, qui veut enfin devenir une terre d’accueil de la langue française.

“Mon” René Lévesque est tout cela, mais il n’était pas seul dans ses pensées à grande échelle. Il faisait partie d’une cohorte impressionnante de Québécois, souvent éduqués à l’étranger ou voyageant beaucoup, mais revenant toujours au Québec pour redonner à sa société.

Séparatistes, humanistes et universalistes, Lévesque, Pariso, Lauren, Lazur, Burgo, D’Aleman, Godin, Bedar et bien d’autres voulaient être citoyens de leur pays et du monde. Les deux pôles en étaient inséparables.

Bernard Landry nous rappelait souvent que “le mot international a le mot national”…