France

A la maternité Lilas mobilisation pour sauver l’institution féministe menacée d’extinction

Des manifestants enchaînés devant le ministère des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes à Paris, le 9 mars 2015, pour protester contre le projet de fermeture de la maternité des Lilas en Seine-Saint-Denis. ÉRIC FEFERBERG / AFP

C’est un lieu qui résume les années de lutte pour le droit des femmes à disposer de leur corps. La maternité de Lilas (Seine-Saint-Denis) est menacée de fermeture. L’organisation, emblématique de la lutte contre l’avortement, du respect de la physiologie de l’accouchement et des choix des femmes, connaît des difficultés financières depuis plus d’une décennie. Confrontée à un déficit de plusieurs millions d’euros et à des désaccords entre repreneurs potentiels et salariés sur la philosophie du lieu, l’Agence régionale de santé (ARS) d’Ile de France pourrait décider de ne pas renouveler son autorisation d’exercice.

Des équipes de soignants et de consommateurs se sont réunies vendredi 29 avril à 17 heures devant le ministère des Solidarités et de la Santé pour sauver ce symbole, et la décision de l’ADR doit être prise le 2 juin. Plusieurs scénarios sont à l’étude, allant de la fermeture complète à la fusion avec la Clinique Vauban de Livry-Gargan, rapporte France 3. 245 établissements sanitaires et médico-sociaux répartis sur l’ensemble du territoire français.

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“Nous appelons à une forte mobilisation pour sauver cette maternité, symbole des droits des femmes, mais aussi essentielle dans ce quartier qui compte le plus grand nombre de naissances en Seine-Saint-Denis”, a déclaré Corina Pale, psychologue à l’hôpital De Maternité des Lilas depuis vingt-sept ans, interrogée par France 3. “Les consommateurs et leurs aidants ne veulent ni remboursement ni relocalisation”, prévient un représentant du syndicat SUD.

“Accoucher librement”

Une pétition lancée par une ancienne femme en travail, signée par près de 35.000 personnes, “appelle l’ARS et le ministère de la Santé à prendre le dossier, renouveler les autorisations et sauver l’établissement”. Le texte résume d’abord les difficultés :

“Bâtiment inadapté, difficultés financières, pression de l’ARS pour atteindre les objectifs de rentabilité, abandon politique, difficultés internes aux équipes sont autant de défis auxquels ces dernières sont confrontées pour les patients. »

Pour Jeanne Baral, conservatrice de musée de 33 ans, au début de la pétition, la mobilisation de la maternité était “une question de santé publique, de féminisme et d’emploi local car 120 postes ont été créés”, a-t-elle déclaré à l’âge de 20 ans. Minutes. Dans la pétition, elle rappelle aussi la philosophie de ce lieu : « Accoucher ou non, et à volonté, éventuellement de manière physiologique et non médicale. »

A l’heure où les mouvements féministes dénoncent depuis plusieurs années les violences obstétricales et la surmédicalisation de l’accouchement, la maternité des Lilas défend le « libre choix », la possibilité d’un « accouchement gratuit » et un « accompagnement favorable », assuré principalement par des sages-femmes. Ces derniers sont la “raison d’être” de cet établissement, rappelait Corina Pale à Libération en mars.

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A l’unisson, ses partisans craignent que la seule identité de l’asbl ne soit induite en erreur en cas de rachat au profit d’objectifs de rentabilité. “Si la maternité est maîtrisée, les médecins seront libéraux et ne seront plus rémunérés”, estime Corina Pale, qui s’inquiète de ce nouveau modèle, dans lequel obstétriciens et gynécologues seront “rémunérés à la tâche”.

Berceau de nombreuses luttes pour une meilleure prise en charge des femmes, l’histoire de la maternité est émaillée de crises financières, alors que le nombre de naissances y est passé de 1540 en 2015 à 1278 en 2020, selon Libération.

Beaucoup de soutien

La petite maternité de niveau 1 (incapable de traiter les grossesses à risque) s’est pourtant bâtie une solide réputation depuis sa création. Fondée en 1964 par la comtesse de Charnier, la maternité des Lilas repose sur la méthode de l’accouchement sans douleur, théorisée par l’obstétricien Fernand Lamaz, fondateur de la clinique parisienne Les Bluets. Là, les femmes peuvent accoucher sans péridurale, dans une position qui leur convient, avec une variété de médicaments allant de la sophrologie à l’hypnose, en passant par le chant prénatal.

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Son histoire est aussi étroitement liée à la lutte contre la contraception et l’avortement volontaire (IVG). Si 1 200 naissances sont célébrées chaque année à la maternité des Lilas, l’institution pratique également près de 900 avortements. Plus récemment, la maternité s’est distinguée en assurant l’accompagnement de la première grossesse d’un homme transgenre reconnu par l’état civil. “J’ai toujours pensé que ce lieu devait avoir un statut particulier, c’est un véritable conservatoire de l’humanité”, confie Mademoiselle Chantal Birman, la sage-femme emblématique du documentaire “A la vie” d’Od Peppen, qui y travaille depuis quarante ans.

Ce positionnement a permis à la maternité de compter sur de nombreux soutiens, dont celui de Katherine Ringer, la chanteuse de Rita Mitsuko, qui a écrit une chanson sur la maternité en 2013, alors que le restaurant était déjà menacé de fermeture. Dès 2011, l’actrice Karin Viard racontait ses deux accouchements dans cette maternité. “Pour eux, la vérité est la vérité pour tout le monde”, a déclaré l’actrice dans une vidéo, évoquant un lieu où les soignants “n’appliquent pas de dogme”.

Cécile Bouansho