Yves Veirier, quittant le secrétaire général de l’Union Ouvrière, devant les portraits de ses prédécesseurs, au siège à Paris, le 28 mai 2022. ELISA HABERER POUR LE MONDE
Il ne devrait pas y avoir de tension cette fois. A l’issue de son 25e Congrès, qui se déroule du lundi 30 mai au vendredi 3 juin à Rouen, la Force ouvrière (FO) va changer de cap : le secrétaire général sortant Yves Weirie va se rendre et sera – à l’exception du théâtre – remplacé par Frédéric Suyo, qui lui est proche. Inconnu du grand public, le fonctionnaire confédéré de 54 ans est quasiment certain de l’emporter, avec une nette avance, sur l’autre candidat, Christian Grolier, leader de la Fédération générale des fonctionnaires de FO. La passation de pouvoir sera sans doute plus sereine qu’avant, même s’il faut s’attendre à un débat animé entre les extrémistes d’une organisation où coexistent de nombreuses sensibilités, de la franc-maçonnerie à la gauche.
FO a parcouru un long chemin. En novembre 2018, M. Weirier prend les rênes après un vote très irrésolu, dans lequel il devance légèrement M. Grolier – déjà en course à l’époque – le troisième prétendant, Patrice Chloé, étant loin derrière. L’élection est intervenue en pleine crise suite à la publication du dossier d’un dirigeant syndical, qui a contraint Pascal Pavajo, alors secrétaire général, à démissionner moins de six mois après avoir été nommé numéro un. La confédération était minée par des querelles fratricides.
“Il maîtrise ses dossiers”
Trois ans et demi plus tard, l’air est redevenu plus respirable. M. Weier, qui s’était présenté fin 2018 avec le soutien des réformistes de sa confédération, a apaisé les tensions. “Il est arrivé à son poste dans des conditions qui n’étaient pas faciles et il a su tenir la poignée”, a déclaré Zainil Nizarali, président de la Fédération de l’équipement, de l’environnement, des transports et des services.
De nombreux militants ont également salué l’opposition du secrétaire général sortant au projet de système universel de retraite d’Emmanuel Macron lors de son premier quinquennat. “Il a été efficace et a parfaitement joué son rôle”, a déclaré Philippe Grasse, le patron de la fédération financière de FO. “Il respecte le mandat qui lui est confié et gère ses dossiers, y compris dans leurs dimensions techniques”, a ajouté Jocelyn Bosan, responsable de l’union départementale de de Sèvres.
Entre 2017 et 2021, la représentation de FO dans le secteur privé s’est très légèrement érodée, mais le syndicat a conservé sa troisième position après la CFDT et la CGT. Il a également été très actif lors des négociations en 2020 de deux accords nationaux interprofessionnels sur la formation à distance et la médecine du travail. Comme le résume un officier supérieur de l’état-major, M. Veyrier remet « conf » sur les rails, en prenant soin d’être ferme dans son discours et de maintenir la force de la proposition.
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M. Souillot rejoint cette logique dans le texte qu’il a envoyé en interne il y a un peu plus d’un mois pour officialiser sa candidature. Il peut compter sur les voix des réformistes, notamment de la puissante fédération FO-métaux dont il est issu, et d’une partie des trotskystes. Ce dernier a donné la préférence à M. Grolier en 2018. Aujourd’hui, le patron de la Fédération des fonctionnaires est décrit comme ayant le soutien des anarcho-syndicalistes, alors que pour M. Chloé ils se sont « frottés » trois ans et demi. Les résultats au sein de son organisation ne lui donnant qu’un quart des voix, il est possible que M. Grolier démissionne avant le vote prévu vendredi.
Bertrand Biswell
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