Ils n’étaient pas très bavards. A la tête du tribunal correctionnel de Rennes, trois jeunes hommes d’une vingtaine d’années ont été jugés pour avoir provoqué un incendie à Saint-Aubin d’Aubigné (Ille-et-Vilaine) le 21 juillet. Un petit incident qui n’a emporté que quelques centaines de mètres carrés d’herbe dans les champs et de pommiers dans un verger appartenant à la municipalité. Mais dans un contexte brûlant, où des milliers d’hectares ont déjà brûlé en Gironde et à Mont d’Arre, ce brûlage volontaire pose question. Si la France espérait obtenir une explication de la bouche des incendiaires, il faudrait qu’elle rebrousse chemin. Parce que nous n’avons pas appris grand-chose dans la salle d’audience 105.
Les trois enfants sont assis dans un champ surplombant un lac à Saint-Aubin-d’Aubigné. 21h passent et les trois jeunes hommes fument quelques cigarettes, un joint aussi, en regardant le coucher de soleil. Certains balancent leurs culs dans l’herbe sèche. “J’ai vu de la fumée, je l’ai vite éteinte avec la main”, assure le plus jeune et le moins bavard des trois. Le “vrai” feu s’allumait lorsqu’un des trois enfants jouait avec le briquet. “C’était comme un anti-stress. J’ai allumé quelques brindilles et j’ai vu que ça prenait. Je l’ai laissé brûler un peu avant de marcher dessus. Quand je suis parti, il n’y avait aucune trace de fumée ou d’étincelles”, raconte le jeune homme, qui explique avoir éteint le feu avec un tonique qu’il transportait dans son sac à mélanger avec du gin.
Un homme provoque un incendie en brûlant du papier toilette en Bretagne https://t.co/lLTJoBSL3S
– 20 Minutes (@20Minutes) 26 juillet 2022
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Face aux réponses évasives des trois prévenus, le président s’énerve. “Je n’étais pas là, c’est à vous de me le dire.” Les répondants sont peu bavards et encore plus imprécis dans leurs propos. Cependant, des témoins affirment les avoir vus allumer deux feux à deux endroits différents dans ce champ, et croient même avoir entendu des rires avant de voir les trois jeunes s’enfuir. “Je n’ai vu la présence du feu qu’en sortant et j’ai rencontré un témoin qui m’a montré la fumée”, a répondu l’homme jouant avec le briquet. “Mais des témoins vous ont vu.” Et pourquoi n’avez-vous pas appelé les pompiers ? L’un n’avait plus de batterie, l’autre n’avait plus de crédit. « C’était une bêtise à faire, surtout vu les conditions météo », avoue l’un d’eux. Tous seront récupérés sur place par les gendarmes.
“Ça aurait pu être dramatique”
Dans le contexte de sécheresse extrême que traverse la France, cet “acte stupide” interroge. D’autant que l’un d’eux filmera la scène avec son téléphone. “Les pommiers brûlés sont à sept mètres de la forêt. Heureusement, il n’y avait pas de vent, ça aurait pu être dramatique”, explique le maire de Saint-Aubin, qui a porté plainte au civil. “Il y a une part limitée. On n’est pas dans la même situation qu’en Gironde ou à Mont d’Are”, rappelle le juge, qui invite les prévenus “à renoncer à leurs déclarations”. Ils ne le feront vraiment pas, et donneront des explications « laborieuses », comme les décrit le procureur. Ce dernier s’appuya sur les dépositions des témoins pour demander l’inscription du jugement. “Quand on allume des brindilles, on est incendiaire, quelles qu’en soient les conséquences”, assure le magistrat, qui vient à bout du jeune homme qui “jouait” avec le briquet. « Je ne peux que penser au contexte. Nous sommes jeudi 21 juillet, nous venons d’avoir une canicule et nous ne trouvons rien de mieux à faire que de jeter des mégots dans un champ déjà brûlé par le soleil.
Les trois enfants ont un petit casier judiciaire, notamment pour usage de drogue et conduite sans permis. Le plus jeune, 20 ans, a déjà passé plusieurs mois en prison pour conduite sans permis et sous l’emprise de stupéfiants. Tous ont eu une enfance mouvementée en raison d’une situation parentale compliquée. Deux sont amis. Le troisième est une de leurs connaissances qu’ils rencontrent par hasard ce soir-là. Le tribunal a confirmé la “complicité” des trois prévenus et a condamné le jeune homme au briquet à 5 mois de prison avec sursis et 70 heures de travaux d’intérêt général. Quant aux deux autres prévenus, ils ont été condamnés aux mêmes 70 heures de TIG, à purger dans les dix-huit mois.
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