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Affrontement entre le ministre Roberge et un groupe d’experts en éducation

La crédibilité des programmes de formation des enseignants du Québec est mise à l’épreuve : une bataille oppose le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge et un panel d’experts qui dénoncent l’intervention politique visant à former les enseignants à toute vitesse pour pallier les pénuries de personnel dans les écoles.

Le ministre Roberge a approuvé au cours des derniers mois quatre programmes courts de formation de futurs enseignants sans attendre l’avis d’une commission d’experts – ou même contre l’avis défavorable de cette commission, dans l’un de ces cas. M. Roberge a motivé ces décisions par la nécessité d’agir pour éviter que des classes se retrouvent sans enseignants.

Ainsi, le ministre a mis fin en juin dernier au mandat du président de la Commission d’agrément des programmes de formation à l’enseignement (CAPFE), Marc-André Ethier, professeur à la Faculté d’éducation de l’Université de Montréal.

Cette prise de bec entre le ministre et un panel d’experts a suscité un vif débat au sein de la communauté enseignante, qui craignait que les futurs enseignants ne soient “sous-formés”. Ainsi, un membre éminent du CAPFE, le professeur Jean Bernaches de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), a décidé de ne pas renouveler son mandat à la commission à compter du 22 août.

Selon quoi L’obligation d’autres membres envisagent de partir s’ils ne reçoivent pas une explication convaincante du ministre Roberge. La commission a suspendu ses travaux en juin en raison de la situation tendue avec le ministre de l’Éducation.

“On est un peu abasourdis par toute cette histoire”, résume Lillian Bingelli, vice-présidente du CAPFE. Dans une lettre envoyée le 4 août à la ministre Roberge, elle dénonce « une liste déjà trop longue de décisions qui minent la crédibilité du CAPFE, qui nuisent à son travail et qui retardent les projets universitaires en matière de développement et d’amélioration de la formation des enseignants ».

Mme Binggeli a affirmé que la commission « accomplit son travail de manière rigoureuse, consciencieuse, impartiale et dans le seul souci de s’assurer que tous les programmes accrédités sont d’une qualité essentielle à la promotion de la profession enseignante ».

Pour ces raisons, le CAPFE a rendu en février 2021 un avis défavorable à la création d’une maîtrise qualifiée en éducation préscolaire et élémentaire à l’Université de Montréal. Le programme a été jugé valide, mais le CAPFE a identifié des lacunes qui devaient être corrigées.

Correction de programme

Cependant, le ministre Roberge a autorisé le programme de 60 crédits — l’équivalent de la moitié d’un baccalauréat de quatre ans en éducation — invoquant la pénurie d’enseignants.

Nous manquons d’enseignants ici ! Nous ne vivons pas dans le monde théorique. Dans le monde réel, nous avons besoin d’enseignants qualifiés dans nos salles de classe, et je m’attends à ce que nos universités les qualifient. Je fais confiance à notre réseau universitaire.

Il a également demandé à l’UdeM d’ajuster le programme pour répondre aux préoccupations du CAPFE. « On s’est dit : eh bien, reconnaissons-la comme une formation qualifiante, en donnant à l’université l’obligation de faire les ajustements nécessaires », a soutenu le ministre Roberge en entrevue avec L’obligation Fin juin.

« Nous manquons d’enseignants là-bas ! Nous ne vivons pas dans le monde théorique. Dans le monde réel, nous avons besoin d’enseignants qualifiés dans nos salles de classe, et je m’attends à ce que nos universités les qualifient. Je fais confiance à notre réseau universitaire. Nous voulons des personnes qui ont au moins un baccalauréat et qui s’inscrivent dans l’enseignement supérieur. Pas grave : on parle d’un master en pédagogie. La majorité des enseignants passeront encore par le baccalauréat en quatre ans, mais en multipliant les voies d’accès sans réduire les exigences, il me semble qu’en période de pénurie c’est quelque chose de bienvenu”, a-t-il ajouté.

De même, le ministre de l’Éducation a approuvé plus tôt cette année l’instauration de maîtrises qualifiantes en enseignement à la TELUQ et à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), sans même attendre le CAPFE.

“Tant que ce que nous faisons n’est pas considéré, si notre regard critique et analytique n’est pas nécessaire, nous ferons autre chose.” C’est très démotivant pour les gens qui investissent sur la base du volontariat”, confie-t-il Oui je devrais Professeur Jean Bernaches, sorti du CAPFE.

La confiance en question

Les doyens des facultés d’éducation s’inquiètent également de la tension entourant le CAPFE qui, selon eux, “sape la confiance dans le processus” d’accréditation des programmes de formation à l’enseignement. “C’est légal [d’ignorer les recommandations du CAPFE]mais c’est la première fois qu’un ministre le fait depuis la création du CAPFE en 1992 », a déclaré Jean Bélanger, président de l’Association des doyens, doyens et directeurs, directeurs de la formation et de la recherche en éducation du Québec (ADEREQ).

“Nous sommes profondément préoccupés par la situation actuelle, car le processus d’agrément est une base importante pour assurer la qualité des programmes actuels et futurs, ainsi que leur confiance auprès de la communauté et de la population”, a-t-il écrit dans une lettre du 5 juillet adressée au ministre. Roberge. Les doyens appellent à une rencontre avec le ministre pour sortir de l’impasse.

Jean Bélanger juge le travail indépendant du CAPFE « nécessaire », même si les doyens des facultés d’éducation trouvent parfois « fastidieux » d’apporter les corrections demandées par le groupe d’experts.

La vice-présidente du CAPFE, Lillian Bingelli, demande que Marc-André Ethier soit réintégré à la présidence de la commission en raison de la “qualité de son travail” et de son désir de continuer. Elle sollicite également deux avis juridiques du ministre de l’Éducation, notamment sur la durée du mandat des membres.

“Le processus de renouvellement de la présidence du CAPFE est en cours”, a déclaré Audrey Noiseau, attachée de presse du ministre de l’Education.

M. Roberge a dit ne pas pouvoir renouveler le mandat de M. Ethier, arrivé à la CAPFE en 2018, mais les experts du comité ont trouvé l’exemple d’un ancien membre, André Dolbec, qui a servi sept ans à la CAPFE, dont six ans à titre de président (deux trois -termes d’un an).

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