France

Au Mali, la junte viole les accords de défense avec la France et l’Europe

Soldats français (au premier plan) lors de la cérémonie de passation de la base de Tombouctou de l’armée malienne en décembre 2021. ANI RIESEMBERG POUR LE « MONDE »

C’est une menace excitante depuis des mois. Le Mali a décidé lundi 2 mai de violer les accords de défense avec la France et ses partenaires européens. Il s’agit d’une nouvelle manifestation de la détérioration des relations entre les autorités maliennes, dominées par les militaires arrivés au pouvoir en août 2020, et les anciens alliés du pays dans la lutte contre les jihadistes.

Ainsi, Bamako renie les Accords sur le statut des forces (SOFA), qui établissent le cadre juridique de la présence dans le pays des forces françaises « Barchane » et des forces européennes « Takuba ».

Un porte-parole du gouvernement, le colonel Abdullaye Maiga, a ajouté à la télévision nationale que l’accord de coopération de défense de 2014 entre le Mali et la France avait également été violé. “Depuis un certain temps déjà, le gouvernement de la République du Mali regrette la profonde détérioration de la coopération militaire avec la France”, a-t-il expliqué.

Lire aussi Au Mali, les médias français RFI et France 24 s’arrêtent définitivement

L’officier cite notamment “l’attitude unilatérale” de la France lors de la suspension des opérations conjointes entre les forces françaises et maliennes en juin 2021, la communication de février 2022 “de nouveau sans consultation de la partie malienne”, le retrait des forces “Barhane” et Takuba, ainsi que ainsi que de “multiples violations” de l’espace aérien malien par des avions français, malgré la mise en place par les autorités d’une zone d’exclusion aérienne sur une grande partie du territoire.

“Compte tenu de ces graves manquements, ainsi que des atteintes apparentes à la souveraineté nationale du Mali, le gouvernement de la République du Mali a décidé de dénoncer l’accord de coopération de défense du 16 juillet 2014”, a-t-il déclaré.

Les autorités maliennes ont notifié aux autorités françaises la dénonciation lundi après-midi, et celle-ci prendra effet six mois après la notification, a-t-il précisé.

Télécharger “Barhane”, une opération complexe

En revanche, avec « effet immédiat », les autorités maliennes démentent le SOFA de mars 2013, qui énonçait l’engagement des forces françaises « Serval », puis « Barkhane », ainsi que le protocole additionnel de mars 2020, applicable à Les troupes européennes de Takuba, un groupe de forces spéciales européennes mis en place par la France, a-t-il dit.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Au Mali, le durcissement de la junte militaire : « Si vous n’êtes pas avec nous, vous êtes contre nous »

La dénonciation de SOFA aura-t-elle un impact sur le retrait en cours de Barhane, annoncé en février comme l’aboutissement de mois d’escalade des tensions ? Se pose alors la question que ce retrait, opération complexe et dangereuse, doit avoir lieu en quatre à six mois.

L’annonce des autorités maliennes a encore empoisonné les relations entre deux anciens alliés, qui ont combattu ensemble le fléau jihadiste du nord de ce pays pauvre enclavé. Il a depuis atteint le Niger et le Burkina Faso voisins et menace de se propager plus au sud jusqu’au golfe de Guinée. Il a tué des milliers de civils et de combattants au Mali et laissé le pays au bord du naufrage, selon les autorités.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Après le putsch au Mali Macron a réitéré sa volonté de “retirer” les militaires de Barkhane

Les relations entre Bamako et Paris se sont détériorées après le deuxième coup d’État, mené par des colonels maliens en mai 2021 contre un président et un Premier ministre autoproclamés, et le retrait de leur engagement de retour au pouvoir civil en février.

Présence de la société russe Wagner

Les tensions se sont aggravées à mesure que la junte se rapprochait de la Russie. La France et ses alliés ont accusé les autorités maliennes de fournir des services à la société privée russe controversée, Wagner. Le gouvernement conteste et parle de l’ancienne coopération entre l’État. Le Mali a expulsé l’ambassadeur de France en janvier.

A l’époque, le ministre malien des affaires étrangères, Abdullaye Diop, envisageait de dénoncer l’accord de coopération si nécessaire. Bamako a appelé à des amendements en décembre 2021, arguant que certaines dispositions étaient contraires à la souveraineté nationale. Les colonels regardaient fixement Barhane, qui continuait à opérer dans le ciel de leur pays.

La semaine dernière, la junte a accusé l’armée française d'”espionnage” et d'”activité subversive” après que l’état-major français a diffusé des vidéos d’un drone près de la base de Gossi (centre), reconstruite en avril par la France. Deux jours après la restitution, l’armée française a dû contrer ce qu’elle a qualifié d'”attaque d’information” et diffusé une vidéo de mercenaires russes enterrant des corps près de la base pour accuser la France de crimes de guerre.

Lire aussi : Mali : dans la guerre de l’information, l’armée française riposte et accuse le groupe Wagner

Le monde avec l’AFP