France

Au Pays basque, plusieurs actions de blocage protestent contre le sort de deux prisonniers

Des manifestants basques bloquent la RN10 pour protester contre le sort de deux prisonniers, samedi 23 juillet 2022, à Biarritz. GAIZKA IROZ / AFP

Des associations de soutien aux détenus basques en France Les Artisans de la paix et Bake Bidea-Le chemin de la paix ont appelé samedi 23 juillet au “blocus du Pays basque” pour exiger la libération de deux détenus basques. Bravant l’interdiction de manifester édictée par la préfecture, les organisations ont réussi à paralyser plusieurs voies de communication au Pays basque. Les treize points de blocus ont été levés dans l’après-midi. Vingt-six personnes ont été interpellées dans les Pyrénées-Atlantiques et dans les Landes, a indiqué la préfecture dans un communiqué.

La question est justement : le sort de Jon Kepa Parrott et Jakes Esnall. Tous deux sont emprisonnés en France depuis plus de trente-deux ans. Ils étaient membres de l’ETA (qui a mis fin à sa lutte armée le 20 octobre 2011). Condamnés pour avoir participé à des violences revendiquées par l’organisation indépendantiste, les deux prisonniers, âgés de plus de 71 ans, auraient pu être libérés début juin en vertu de la loi et de la jurisprudence. Mais jusque-là, le Parquet national antiterroriste a toujours fait appel des décisions favorables de première instance. Les opérations de samedi visaient à répondre “au blocage judiciaire et politique du processus de paix par l’Etat français (…) en bloquant géographiquement le Pays basque”.

Invasion de piste à l’aéroport de Biarritz

Pourtant, les actions de soutien aux deux détenus ont été interdites vendredi par le préfet des Pyrénées Atlantiques, qui a insisté sur la santé et la sécurité publiques, notamment le jour des grands départs. Cependant, l’appel a été accueilli. Samedi, les bosquets promis ont commencé avec des manifestants prenant d’assaut la piste de l’aéroport de Biarritz avec des fumigènes à l’appui. Six personnes ont été arrêtées pour “entrée non autorisée dans la zone aéroportuaire”. Dans la journée, plusieurs blocages sont organisés sur la route de Bayonne à Espelet, ainsi qu’à Saint-Jean-de-Luz, Biarritz et Moleon Lichard.

Plus de cinq cents personnes se sont portées volontaires lors de la préparation des rassemblements, et pendant plusieurs semaines les organisateurs ont pris soin de contacter les communes, hôtels, collectivités, entreprises ou offices de tourisme “pour une gestion collective avant ce samedi”. En raison des blocages annoncés, le réseau Txik Txak (bus, bus interurbains, tramways, navettes) de la communauté d’agglomération du Pays basque était à l’arrêt. Les employés de ces transports étaient également en grève sur les salaires et les conditions de travail.

Le trafic ferroviaire est perturbé

Au fil de la journée, les différents blocages ont été dispersés, sinon contenus, par la gendarmerie et la police, parfois en présence de camionnettes de la Garde civile espagnole et de la Police nationale. Cependant, les manifestants ont réussi à perturber le trafic ferroviaire sur la ligne Bordeaux-Bayonne. Et d’autres se trouvaient sur l’autoroute A63 (frontière bordelaise), ce qui créait des retards dans un trafic dense. “Le confinement n’a duré que dix minutes”, a indiqué la préfecture. Dix-sept personnes ont été arrêtées.

Rejoints par environ 1.700 sympathisants, les organisateurs de ces opérations font état d’une journée réussie : “Dans le dossier des prisonniers, le blocage est tel qu’il faut changer de braquet pour se faire entendre”, a déclaré au Monde Anaïs Funosa, responsable de Bake Bidea.

Le point commun de ces participants : le recours privilégié à une action de désobéissance civile et le rejet de toute violence. “Je n’ai jamais soutenu une cause basque violente”, explique Olivier Pico. Mais en tant qu’ancien avocat au barreau de Bayonne je suis très choqué par l’attitude de la justice. “Je ne comprends pas pourquoi les procureurs antiterroristes sont contre la libération conditionnelle”, a-t-il poursuivi. Est-ce une revanche politique ou jugent-ils mal la situation locale ? C’est beaucoup plus calme ici qu’en Corse et il n’est pas question de terrorisme islamique. Il faut aussi rappeler que dans le cas de ces deux Basques, une décision présidentielle de grâce aurait suffi. “Le parquet antiterroriste doit comprendre que les choses ont changé au Pays basque”, renchérit Vincent Bru, adjoint du MoDem pour la côte basque sud.

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Michel Garicoïx (Bayonne, correspondant)