France

Au procès de l’attentat de Nice, le douloureux chapitre a été ouvert par le témoignage des victimes

Sandrine Bertoloto, 28 ans, partie civile, témoigne au procès de l’attentat de Nice, mardi 20 septembre. ERVAN FEIGS POUR “LE MONDE”

Le procès de l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice a débuté mardi 20 septembre, sa séquence la plus intense, la plus effrayante aussi : celle du témoignage des parties civiles venues témoigner sur leur nuit cauchemardesque et le souvenir de le défunt. Dans tout procès pour meurtre de masse, cette page est la plus sombre, la plus dure à entendre, la plus lourde à porter. Lors du procès des attentats du 13 novembre, cette série de cinq semaines a abouti à la création d’une fresque kaléidoscopique tissée de plusieurs centaines de voix ; le puzzle unique d’une nuit de terreur vécue de l’intérieur.

Jeudi 15 septembre, on a déjà vu l’horreur crue du “camion fou” sur la Promenade des Anglais : les images du massacre captées par les caméras de vidéosurveillance de la ville ont été projetées sur les écrans du tribunal spécial de Paris. On a vu la foule dense sur la route, les familles rassemblées autour d’un feu d’artifice, les badauds qui ignoraient le danger qui les menaçait, on a vu comment le crash de 19 tonnes s’est écrasé sur des silhouettes et a rebondi sur des corps comme sur le dos d’un âne.. A partir de maintenant, nous entendrons l’histoire des survivants.

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Ce douloureux chapitre du procès de Nice a démarré sans encombre : en raison d’un changement d’horaire, seules deux parties civiles ont été entendues mardi. À partir de mercredi et pendant cinq semaines, on entendra en moyenne quinze histoires par jour, quinze extraits de pure horreur racontés à la première personne. Au fil de ces quelque 280 témoignages, un flot de chagrin, de souvenirs traumatisants, de moments de bravoure, de blessures physiques et psychologiques se déversera dans la salle d’audience.

“Une petite fille a commencé à prier”

Sandrine Bertoloto a 28 ans, elle a eu 22 ans le 14 juillet 2016. Elle a participé à des concours de Miss quand elle était plus jeune. Elle ne le fait plus. “Quand tu as peur de traverser la rue, tu ne fais plus des choses comme ça”, lâche la jeune femme, qui n’a cessé de jouer avec la bague à la main droite tout au long de son témoignage. Son témoignage est unique : Sandrine n’a pas vu le « camion fou » cette nuit-là. Elle a entendu des “bruits”, des “coups”, des “coups”, a vu la panique, s’est imaginée, a fantasmé, a couru, s’est blessée, puis s’est cachée de terreur, persuadée qu’on tirait sur toute la ville.

La jeune femme a retrouvé son compagnon de l’époque et des amis sur la Promenade des Anglais pour assister au feu d’artifice. Alors qu’elle regardait des bombes fumigènes lancées depuis la plage, elle a perdu de vue ses amis et s’est retrouvée “coincée devant un groupe de personnes entassées”. Un homme passe et crie : « C’est le camion ! Sandrine tourne le dos au 19 tons, elle ne comprend pas ce qui se passe. Elle se souvient d’avoir entendu des coups de feu et d’avoir pensé à une attaque. « Pétrifiée », elle décide de « se jeter du haut du ballon » ; elle atterrit sur la terrasse d’un restaurant de plage en contrebas et se blesse à la cheville et au bras.

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