A ma suite Edward Huylebruck, avocat de Mohamed Usman, devant le Tribunal spécial de Paris, le 15 juin 2022. IVAN BRUN POUR LE “MONDE”
Mohammed Uthman aura traversé cette épreuve comme une ombre. Granit inaccessible, aussi silencieux que muet, la tête à jamais posée sur la vitre du box des accusés, un casque sur les oreilles pour écouter la traduction en ourdou, ce Pakistanais indécis n’aurait eu que peu l’occasion de parler. Il aura fallu attendre le 140ème jour d’audience pour que ses avocats remplacent ses paroles rares par son talent oratoire, et donnent enfin vie à ce passager furtif à l’audience.
Au troisième jour de la plaidoirie de la défense, c’était au tour du mercredi 15 juin, pour les avocats des deux “tardifs” des attentats du 13 novembre, comme les appelait l’accusation, de se relayer à la barre. Pour le procureur, Mohamed Usman et l’Algérienne Adèle Hadadi formaient un duo de kamikazes “empêchés” qui “auraient dû mourir le 13 novembre” s’ils n’avaient pas été interpellés lors d’un voyage en Europe.
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Tous deux ont reconnu avoir été envoyés en Syrie, avec deux kamikazes irakiens du Stade de France, pour “commettre des actes de violence en France”. Les quatre hommes ont ensuite traversé ensemble une manche de la mer Égée dans un bateau de migrants. Mais Usman et Hadadi ont été arrêtés et détenus sur une île grecque pendant près d’un mois, ce qui, selon eux, les a empêchés de rejoindre les commandos à temps. Le procureur a requis contre eux la peine maximale prévue lors des faits de l’Association criminelle terroriste (AMT) : vingt ans de prison.
“C’est le moyen de douter”
Moi, Edward Huilebruck, l’un des trois avocats d’Usman, n’ai pas contesté la qualification utilisée, car son client a reconnu qu’il avait accepté de participer à un projet terroriste en France. Cependant, il tient à se souvenir de tout le mal qu’il pense d’AMT : « Nous n’opprimons plus seulement ceux qui agissent. Ceux qui se prépareraient à agir sont réprimés. Les actes sans victimes sont condamnés en traçant une trajectoire pour le pire : tu pouvais, tu devais… Le conditionnel est courant. C’est le moyen de douter. Celui qui justifie habituellement. Et ce qui est essentiel ici, c’est le crime. »
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Ce que Me Huylebrouck tentera de démontrer, c’est que le projet terroriste du 13 novembre n’est pas encore défini alors que Mohamed Usman a accepté d’y prendre part, et que ce dernier « ne prend pas sa place » dans le processus. La manifestation est dangereuse, tant les liens entre son client et le développement de ces attentats semblent établis, mais il a la dignité de soulever, avec un certain brio, des questions juridiques vertigineuses.
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