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Aux élections | Un choc des visions à Sherbrooke

La soirée électorale risque d’être longue à Sherbrooke. Pour renverser Christine Labrie de Québec solidaire, la Coalition avenir Québec a envoyé l’ancienne mairesse devenue chroniqueuse vedette à TVA Caroline St.-Hilaire. A Saint-François voisin, QS a attaqué malgré des sondages défavorables. Gros plan sur deux batailles qui s’annoncent tendues.

Posté à 5h00

Presse Charles Lecavalier

(Sherbrooke) «Ça va être dur d’évincer Christine Labrie»

Il n’y a qu’à suivre la candidate CAQ Caroline St-Hilaire pour savoir qu’elle a un atout dans sa manche : sa célébrité. « Spontané et ça va paraître prétentieux, mais les gens sont contents de me voir. Ils m’ont vu à la course [une émission politique diffusée sur la chaîne LCN]ils m’ont vue à la télé”, a-t-elle confié à La Presse.

PHOTO DE ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Christine Labrie, membre sortante de Québec Solidaire à Sherbrooke

Les électeurs sherbrookois auront droit à une âpre bataille entre l’agressive membre de Québec solidaire (QS) Christine Labrie et l’ancienne mairesse de Longueuil et chroniqueuse à TVA. Eh bien, la campagne a déjà commencé.

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Caroline St-Hilaire, candidate CAQ, fait campagne au Carrefour de l’Estrie

Lors d’une séance de poignée de main à l’aire de restauration rapide du Carrefour de l’Estrie, elle retient l’attention. “Bonne chance ma belle Caroline. Et tu diras bonjour à mon beau Mario [Dumont] “, dit une électrice qui termine son repas. Une autre voix dans la poche.

Mme St-Hilaire, qui a été députée du Bloc québécois de 1997 à 2008, puis mairesse de Longueuil de 2009 à 2017, doit cette notoriété au petit écran, où elle “goûte à la liberté d’expression”. Elle y renonce aujourd’hui, revenant à la marmite politique : « Je voulais avoir la liberté d’expression et je l’ai eue, mais je dois dire qu’au bout de quatre ans ce n’est pas aussi important pour moi que le pouvoir d’agir. “Mais je ne la perdrai pas complètement.” On peut discuter en interne”, a-t-elle déclaré plus tard.

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Caroline St-Hilaire débat avec un électeur au Carrefour de l’Estrie.

Lors de l’annonce de sa nomination, elle a dû appuyer publiquement le projet de tunnel de l’autoroute Québec-Lévy, qu’elle a pourtant critiqué comme une fusillade. L’ancien souverain élu a également renoncé définitivement à l’indépendance. « Les Québécois ont dit non. À force de poser la question, ça devient presque du harcèlement », lâche-t-elle.

On peut tirer tous mes retours des quatre dernières années, j’en ai eu de bons, j’en ai eu de moins bons. On commente l’instantané, ce n’est d’ailleurs pas toujours un reflet.

Caroline St-Hilaire, candidate CAQ

Le train ou l’avion ?

En général, les différences d’approche entre QS et CAQ sont évidentes. Lors du passage de La Presse à Sherbrooke, Mme St-Hilaire a rencontré les autorités de l’aéroport municipal en compagnie du député de Mégantic, François Jacques. Le gouvernement Legault a déjà engagé 3 millions de dollars par l’intermédiaire du Fonds de soutien aux aéroports régionaux pour établir un service commercial entre la plus grande ville de l’Estrie et Montréal, mais il y a du sable dans l’engrenage.

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François Jacques, député de Mégantic (CAQ), et Caroline St-Hilaire en discussion avec les autorités de l’aéroport municipal de Sherbrooke

L’élu et le candidat veulent savoir comment la CAQ peut aider l’organisme paramunicipal à attirer une compagnie aérienne pour opérer une liaison vers des destinations internationales à partir de Montréal. Caroline St. Hilaire écoute, mais pour l’instant il n’y a pas de réponse.

La question est controversée. La députée solidaire Christine Labrie s’y oppose et souhaite plutôt que les fonds publics soient dédiés “aux modes de transport compatibles avec la lutte contre les changements climatiques”. Et la nouvelle mairesse progressiste de Sherbrooke, Evelyn Boden, a très mal accueilli le projet lors de sa présentation au conseil exécutif de la ville. Elle préfère le train.

Le vote étudiant

L’analyste Philippe J. Fournier y voit un avantage pour Christine Labrie, qui a la « chimie » avec le maire Beaudin, favorable à la densification urbaine et à la protection du territoire. Son outil de projection électorale, Qc125, prédit une quasi-égalité, mais le sondeur pense que QS devrait gagner s’il obtient son vote sur le campus. “Ça va être dur de renverser Christine Labrie”, explique le sondeur.

Mme Boden, elle, reste neutre dans cette course et ne se voit ni à gauche ni à droite. Mais elle attribue sa propre victoire aux élections municipales à la plus grande participation politique des étudiants, un bassin électoral qu’elle partage avec QS.

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Evelyn Bodin, mairesse de Sherbrooke

Il semble que le poids politique sur nos établissements d’enseignement et sur la population étudiante et le corps professoral n’était plus aussi important qu’avant. J’ai l’impression que ces dernières années le milieu plus intellectuel, plus académique a pris beaucoup plus de place dans l’espace politique.

Evelyn Bodin, mairesse de Sherbrooke

Christine Labrie ne déroge pas aux racines de Québec solidaire. La Presse l’a rencontrée lors du lancement du projet de terrasse publique au Baobab Café, rue Dunant, situé dans l’un des “quartiers les plus défavorisés de la ville”. L’objectif est de créer un jardin collectif et un lieu de rassemblement agréable sur le parking d’un centre commercial. « C’est un îlot de chaleur qu’on essaie de verdir », dit Mme Labrie. Elle a planté elle-même les radis d’un pot de jardin avec son fils.

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Christine Labrie avec son fils lors du lancement d’un projet de terrasse publique

Mme Labrie estime que l’élection d’Évelyne Beaudin montre qu’« il y a beaucoup de gens progressistes à Sherbrooke qui sont prêts à voir la ville changer, à voir Québec changer et qui sont prêts à se mobiliser pour élire des gens qui veulent implanter ces changements » .

crise du logement

L’affirmation de Mme St-Hilaire en faveur du troisième lien Québec-Lévis ne lui a pas échappé.

À Sherbrooke, vous aurez beaucoup de mal à trouver des gens qui appuient ce projet. Ces milliards de dollars, tout le monde voit qu’on peut les mettre ailleurs.

Christine Labrie, députée à la retraite et candidate québécoise solidaire

Par exemple, dans la construction de logements. À Sherbrooke, environ 1 300 ménages sont en attente d’un logement social, rapporte Radio-Canada, et le taux d’inoccupation est de 0,9 %, bien en deçà du seuil de rentabilité. Le maire Bodin plaide pour plus d’autonomie municipale et s’attend à ce que le problème du logement soit «omniprésent» dans la province.

Québec solidaire propose la construction de 50 000 logements sociaux à travers le Québec. “La question est : avons-nous besoin de quelqu’un pour défendre le choix du gouvernement ou de quelqu’un…