Mairie de Canteleu (Seine-Maritime), le 29 octobre 2021 FORFAIT JULIEN POUR LE « MONDE »
En petit comité, elle a elle-même tenu à l’annoncer à ses proches. Les 21 et 22 avril, Mélanie Boulanger (Parti socialiste), 45 ans, maire de Cantele (Seine-Maritime), et son adjoint chargé du commerce, Hasbi Colak, 40 ans, ont été mis en examen pour “complicité de trafic de stupéfiants et trafic de stupéfiants”. Placée sous contrôle judiciaire, l’information a finalement été confirmée lundi 25 avril par le parquet de Bobini suite aux révélations du quotidien Paris-Normandie et du média d’investigation en ligne Le Poulpe.
C’est le dernier épisode d’une procédure vénéneuse qui “continue de faire pression de toutes sortes”, confirme le conseil des élus, Me Arnaud de Saint Remy. Selon l’avocat, l’accusation de son client est “le seul moyen d’être actif et d’avoir accès au dossier, car on ne sait toujours pas pourquoi Mme Boulanger a été détenue par la police le 8 octobre 2021”. Selon des documents consultés par Le Monde, la justice, en revanche, n’en a que peu d’idée.
Ce jour-là, un vaste réseau a conduit à l’arrestation de dix-neuf personnes dans le cadre d’une enquête sur un trafic de drogue de masse et à onze inculpations. Mme Boulanger, qui a été placée en garde à vue mais libérée sans la moindre inculpation après trente-six heures d’audience, s’est défendue pas à pas lors d’une conférence de presse très médiatisée. “Mon histoire, disait-elle à l’époque, c’est celle d’un élu de la république qui, comme beaucoup d’autres (…), se retrouve trop souvent seul, trop souvent sans réponse quand il veut que les pouvoirs publics l’aident à lutter . crime et trafic de drogue. »
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Oui, les trafiquants avaient “essayé de l’impressionner”. Non, elle n’a jamais abandonné. Elle a même tiré la sonnette d’alarme dans deux lettres ouvertes au ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, publiées en décembre 2020 puis en avril 2021 dans Paris-Normandie. L’agent sélectionné a demandé plus de ressources policières.
Mais le dossier judiciaire instruit par le magistrat Simon Rinto au tribunal de Bobini jette aujourd’hui un voile de doute sur la sincérité de cet appel à l’aide. Au cœur des interrogations se trouve une question importante : Mélanie Boulanger a-t-elle été victime de pressions de la part de trafiquants ou, au contraire, a-t-elle volontairement fermé les yeux sur leurs activités pour assurer sa sécurité et acheter – un proche – la tranquillité d’esprit ? politiquement?
“Je sais où tu habites”
Incontestablement, le maire de Canteleu a subi des pressions. Elle-même a raconté à PV l’épisode qui s’est produit en juin 2017, lorsqu’elle a reçu la visite d’un membre de la famille de criminels célèbres de Canteleu, qui a demandé à se voir attribuer un logement pour toutes les entreprises. “Je lui ai expliqué (…) les étapes de la procédure, qui sont un peu lourdes”, explique-t-elle. Insatisfait de ne pas avoir obtenu de réponse positive immédiate, il s’est penché en arrière sur mon bureau, a débarrassé les objets, m’a regardé droit dans les yeux et a dit : “On m’a demandé d’être gentil avec toi, mais je sais où tu habites, Je sais où ta fille va à l’école pour pouvoir devenir moins bonne ». »
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