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“Cela ne peut pas être la seule solution”, a déclaré un chercheur après le vote au Parlement européen

Le Parlement européen a annoncé mercredi 8 juin la fin de la vente des véhicules thermiques neufs en 2035. La mesure, qui fait partie du “paquet climat” de Bruxelles, doit pouvoir réduire les émissions de gaz à effet de serre responsables du changement climatique, secteur des transports. “C’est un bon signal envoyé aux acteurs du secteur. L’électrification est essentielle pour la transition énergétique des véhicules les plus légers », a déclaré Aurélien Bigo, chercheur sur la transition énergétique des transports au ministère de l’Énergie et de la Prospérité. Cependant, c’est loin d’être suffisant pour atteindre les objectifs de neutralité carbone. “Cela ne peut pas être considéré comme la seule solution pour la mobilité des passagers”, a-t-il ajouté. Il explique pourquoi sur franceinfo.

Franceinfo : Cette mesure, votée par les eurodéputés, est-elle une bonne nouvelle en faveur de la transition vers des transports moins carbonés ?

Aurélien Bigo : Oui, c’est un bon signal envoyé aux acteurs du secteur. L’électrification est essentielle pour la transition énergétique des véhicules les plus légers. En France, le véhicule électrique émet en moyenne trois fois moins que le véhicule thermique, en prenant en compte l’ensemble de son cycle de vie. Nous avions besoin de règlements pour accélérer le processus. Et cette date de 2035 avance vers les objectifs précédemment fixés au niveau national pour nombre de pays européens, dont la France, qui s’était fixé une échéance de 2040. Elle va dans le bon sens, mais elle ne suffit pas. Nous avons besoin d’une date encore plus rapprochée pour mettre fin à la vente et nous devons combiner l’électrification avec d’autres solutions. Elle ne peut être considérée comme la seule solution pour la mobilité des passagers.

Quelles sont les limites de cette mesure ?

La stratégie nationale bas carbone [ou SNBC, feuille de route de la France pour respecter l’accord de Paris limitant le réchauffement climatique à 2 °C, voire 1,5 °C] fixer un objectif de division des émissions territoriales de la France en six. La comparaison n’est pas parfaite, mais si on la transpose dans le secteur des transports, les progrès doivent être supérieurs à la seule division en trois permise par le passage à l’électricité.

De plus, cette solution unique ignore un certain nombre de problèmes. L’art du sol, par exemple. Les véhicules électriques nécessitent également des infrastructures et consomment de l’espace, mettant en danger la biodiversité. Cela empêche également le rééquilibrage de l’espace public en faveur d’autres types de mobilité et en faveur du verdissement urbain, nécessaire pour s’adapter notamment aux canicules et aux pluies torrentielles. On peut également citer la pollution visuelle, l’inactivité physique, les accidents, etc. Ces problèmes ne sont pas résolus uniquement en passant du thermique à l’électrique. Et cela revient aussi à en ajouter d’autres.

Qui?

L’utilisation de ressources métalliques pour la production de batteries. Nous savons qu’il y aura des tensions pour le cobalt, le nickel et le lithium, par exemple, en raison de la forte croissance de la demande. Il y a aussi un risque d’effet rebond. Dans le secteur des transports, il a été observé que l’amélioration de l’efficacité des moteurs a incité les consommateurs à parcourir de plus longues distances et à utiliser leur voiture plus facilement, plutôt que de réduire leur consommation. Avec une voiture électrique, qui a un moindre coût lors de la conduite, elle peut aussi faciliter les déplacements et donc les multiplier.

Quels leviers faut-il actionner, outre l’arrêt de la commercialisation des voitures thermiques ?

L’un des principaux enjeux est désormais d’éviter que cette électrification n’affecte les poids lourds. Cela priverait la transition d’un certain nombre d’avantages. L’éviter nécessite de nombreuses mesures de sobriété, qui manquent cruellement dans les décisions prises jusqu’à présent. Il existe plusieurs leviers : limiter la demande de transport et donc réduire les kilométrages, favoriser les mobilités actives comme la marche et le vélo, réduire la part de la voiture par rapport aux transports en commun, mieux recharger les véhicules de déplacements partagés et enfin passer à des véhicules plus légers, plus lents et plus des véhicules aérodynamiques, contrairement à la tendance actuelle en faveur des SUV. De manière générale, nous devons nous interroger sur la place de la voiture dans notre mobilité.