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Cerf de Virginie | La fertilité des cerfs révélée par les carcasses

L’étude des animaux tués dans des collisions routières peut révéler de nombreux secrets. Ainsi, le Québec mène des recherches approfondies sur le cerf de Virginie afin de mieux connaître la productivité de l’espèce. La Presse a suivi une équipe sur le terrain.

Posté à 5h00

Jean-Thomas Léveillé La Presse

(Saint Mathieu (Roussillon)) « Elle est grosse ! s’exclame le biologiste Yannick Bilodeau en déchargeant la carcasse d’une biche du fourgon.

PHOTO PAR MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Le biologiste Yannick Bilodeau (à droite) aide un ramasseur de carcasses à décharger de sa camionnette un chevreuil tué ce matin-là sur l’autoroute 40.

L’animal avait été mortellement heurté quelques heures plus tôt sur l’autoroute 40, près de Rigaud, en ce matin de fin avril.

Le technicien de la faune Charles-Etienne Gagnon a ouvert l’abdomen de la biche pour vérifier si elle était gestante et a trouvé un fœtus à un stade de développement assez avancé.

“Ça s’est déjà fait remarquer”, note-t-il.

Les deux fonctionnaires du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) participent à une étude approfondie de la productivité du cerf de Virginie au Québec.

PHOTO PAR MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Le technicien de la faune Charles-Etienne Gagnon est sur le point d’ouvrir le ventre d’un chevreuil pour en retirer les embryons.

Dans les 12 régions administratives où l’espèce est présente, des centaines de femelles tuées dans des collisions routières – dont les carcasses étaient en bon état et dont la date de décès était connue – ont été échantillonnées au printemps dernier.

« Nous les voulons aussi frais que possible », résume la biologiste Sonia De Belfoye, de la Direction générale Gestion de la faune et de l’habitat du MFFP, responsable de l’étude.

PHOTO PAR MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Le technicien de la faune Charles-Etienne Gagnon prélève une dent d’un cerf pour l’envoyer au laboratoire afin de déterminer l’âge de l’animal.

La mesure du fœtus, combinée à la date à laquelle la mère a été euthanasiée, permet de déterminer la date de conception avec une grande précision, pour les fœtus âgés de plus de 35 jours, explique-t-elle.

Le but de l’étude : déterminer la proportion de femelles gestantes, leur âge exact – déterminé par l’analyse d’une dent prélevée sur l’animal – le nombre de fœtus qu’elles portent et leur sexe.

PHOTO PAR MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Biologiste Sonia De Belfoye de la Direction générale de la gestion de la faune et de l’habitat du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec

Nous voulions des données provinciales pour pouvoir comparer les régions selon la densité [de l’espèce] est différente, voir si la performance varie selon les conditions de l’habitat.

Sonia De Bellefeuille, ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

Jeunes femelles gestantes

Yannick Bilodeau et Charles-Étienne Gagnon avaient une douzaine de femelles à examiner chez un carcasseur de la Montérégie autorisé par le ministère des Transports au moment de la visite de La Presse.

PHOTO PAR MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Le technicien de la faune Charles-Etienne Gagnon et les biologistes Yannick Bilodeau et Sonia De Bellefoyer, tous trois du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec.

Dans le lot, certains semblaient avoir moins d’un an.

« Ça vaut le coup parce qu’on a parfois des surprises », explique Yannick Bilodeau.

Leurs sens ne les avaient pas induits en erreur : presque toutes étaient enceintes.

S’il s’agit bien de faons, comme l’analyse de leurs dents le confirmera, cela marquerait un changement important, car les faons ne se reproduisent habituellement pas au Québec, explique Sonia De Bellefoyer.

“C’est rare [qu’elles soient fécondes] dès le deuxième automne”, à un an et demi, car la province de Belle est à la limite nord de l’aire de répartition de la biche à queue blanche, là où les conditions sont plus difficiles, précise-t-elle.

Extrêmement rare

Le personnel du MFFP a eu plusieurs surprises au cours de ses recherches, comme la découverte de femelles porteuses de quatre fœtus.

«Ce sera la première fois qu’on verra une femelle avec quatre fœtus, ce qui est extrêmement rare au Québec», précise Sonia De Bellefeuil.

Les cerfs ont généralement entre un et trois embryons au Québec, selon leur âge et la région où ils se trouvent, a-t-elle déclaré.

Plus au sud aux Etats-Unis, un record de six faons a déjà été observé pour une même biche, précise le biologiste, “mais tous ne sont pas forcément viables”.

Les conditions hivernales sont moins sévères aux États-Unis.

Sonia De Bellefeuille, ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

Genre “mieux gérer”

Ainsi, le MFFP a échantillonné 562 fœtus de 433 femelles de tous âges au printemps, mais “certaines femelles dont l’âge ne peut être déterminé avec certitude seront retirées de la base de données et des fœtus qui ne pourront pas non plus être mesurés”. explique Sonia De Bellefeuil.

Le biologiste espère pouvoir remettre les résultats de ses analyses d’ici l’automne.

Mais pourquoi se soucier autant d’une espèce abondante au Québec et loin d’être en voie de disparition?

“Savoir ce qui influence la croissance démographique peut nous aider à mieux gérer ces populations”, explique Sonia De Belfey.

Un tel exercice, que le MFFP entend réaliser tous les trois ans, devrait permettre, par exemple, de mieux expliquer les fluctuations de la population de cerfs de Virginie.

La recherche permettra également de suivre l’évolution de l’aire de répartition de l’espèce, particulièrement affectée par le changement climatique.

Printemps, beau temps

L’enquête du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs a été menée au printemps, car c’est à ce moment-là que les femelles sont gestantes, mais c’est aussi à ce moment-là que les collisions routières sont les plus élevées. À la fonte des neiges, les cerfs sortent du terrain vague où ils ont passé l’hiver et se dirigent vers leur habitat d’été, explique le biologiste Yannick Bilodeau. Il y a aussi un pic de collisions de naissances, ajoute-t-il, “car les faons de l’année précédente quittent leur mère pour se rendre sur leur nouveau territoire”.

En savoir plus

  • 6915 Nombre de collisions avec des cerfs de Virginie sur les routes du Québec (moyenne annuelle des quatre dernières années)

    Source : Ministère des Transports du Québec