Un corps décapité retrouvé dans un fossé en 1995. Il n’y a pas de traces probantes à cette époque. Un corps exhumé vingt-sept ans plus tard et une veuve accusée de meurtre. Le crime était presque parfait. L’affaire Christophe Doar vient de connaître un ultime revirement ce jeudi 30 juin, à Cucet près de Vichy (Allier).
L’éventuelle fin d’un cold case, une affaire non résolue, reconduite le 15 avril, sous la direction d’Eric Newview, procureur de Cucet. Jeudi soir, ce dernier a confirmé que la veuve du défunt était inculpée de meurtre. Décision motivée par ses “déclarations indépendantes et multilatérales”. “Mais aussi des preuves trouvées à son domicile et son positionnement lors de l’enquête et l’absence d’explications crédibles, ainsi que son démenti”, a expliqué le magistrat.
Au cours de divers interrogatoires, le suspect, aujourd’hui âgé de 55 ans, “a nié les preuves”, a-t-il ajouté. Elle a été placée en détention provisoire ce jeudi soir par un juge des libertés et de la garde à vue lors d’une audience à huis clos. Eric Nevo a insisté sur le fait que “des preuves sérieuses et cohérentes soulignent son implication dans le meurtre de Christophe Doir”.
A cette époque, la thèse du conflit entre chasseurs est d’abord étudiée
Le 16 décembre 1995, Christophe Doir, 28 ans, salarié de l’entreprise agroalimentaire de Vichy, débute sa journée de chasse avec la satisfaction de retrouver sa chienne Flora. Le soir il s’occupe de sa compagne. Alors qu’il est dans sa baignoire, elle lâche son sèche-cheveux. Vexé, Christophe Doir part passer la soirée avec son frère avant de partir à 23h30. Il n’a jamais été revu vivant depuis.
Son corps torturé a été retrouvé dans un fossé huit jours plus tard. Les enquêteurs ont alors enquêté sur les traces d’un conflit de chasse, sa tête (qui n’a jamais été retrouvée) a été tranchée à l’aide d’un boucher ou d’un outil de chasse.
Il n’y a aucune preuve à l’appui de cette affirmation, même si le partenaire de chasse de Doire a été suspecté à plusieurs reprises. La piste de son compagnon est également à l’étude, sans succès. “Mais la technologie n’était pas la même pour l’ADN en 1995”, a rassuré le magistrat.
“Notre idée était d’accepter cette enquête comme si nous venions de retrouver le corps.”
La justice a décidé de réexaminer l’affaire en mai 2020 après une nouvelle lecture du dossier par le parquet de Cassette. Depuis cette date, une équipe pluridisciplinaire d’enquêteurs, d’analystes criminels, scientifiques et comportementaux s’est emparée du dossier dans le plus grand secret.
“Cela a permis d’élaborer une nouvelle stratégie de travail, notamment à travers un laboratoire spécialisé dans les analyses génétiques, qui compare les phoques, l’ADN retrouvé sur les restes” et de nouveaux échantillons prélevés sur des suspects potentiels, a expliqué le procureur.
“Toutes les hypothèses sont envisagées : famille, épouse, chasseurs, affaires crapuleuses. “Notre idée était d’accepter cette enquête comme si nous venions de retrouver le corps”, a déclaré le magistrat.
L’enquête se poursuit pour identifier d’éventuels complices. “Les éléments laissent penser que la veuve n’était pas seule dans tout le processus qui a conduit au meurtre de Christophe Doir et au dépôt du corps au fossé”, a conclu le procureur de la république.
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