France

Claire Samson et les plantes vertes

Plantes vertes. Nous voilà. Lors de sa dernière conférence de presse à l’Assemblée nationale le jeudi 9 juin, Claire Samson, 67 ans, en a choqué plus d’un en déclarant : « Les députés de l’usine verte comme moi n’ont pas travaillé dur depuis deux ans. Travailler comme député dans mon bureau de circonscription, ça me plaisait. Mais de tous les boulots que j’ai eus – y compris quand j’avais 17 ans et commis, ou quand j’étais serveuse au Da Giovanni – le boulot de député à l’Assemblée nationale, c’est au moins celui que j’ai exercé ma vie.

Dans un appartement sobrement décoré de la pointe est de Montréal, je rencontre Claire Samson, heureuse de prendre sa retraite. Le premier député du Parti conservateur du Québec (PCQ) d’Éric Duhaime, élu une première fois sous la bannière de la CAQ en 2014, est soulagé de quitter un monde dans lequel il se sentait à l’étroit. Il n’y a pas beaucoup de place pour de vrais débats d’idées. Presque tout est pré-écrit, dit-elle.

Petite fille, Claire Samson était fascinée par un couple de sourds qui prenait le bus avec elle. Je l’ai trouvé si beau que j’ai suivi des cours pour devenir traducteur. Maintenant, elle propose de se porter volontaire et de se consacrer à cette traduction tranquille qu’elle aime tant.

En attendant, pouvez-vous traduire ce que vous entendez par : MPs green plants ?

Je vais vous raconter une anecdote éloquente, dit Samson. Marguerite Blaise, la ministre des personnes âgées, présente un projet de loi pour ceux qui s’en occupent. Alors nous faisons partie de la même équipe politique. Je siège à ses côtés en commission parlementaire. J’ai préparé, lu le projet de loi et passé en revue les autres lois que le projet de loi modifie, et j’ai des questions pour mon collègue. Cependant, une fille arrive, je ne la connais même pas, et elle me tend une lettre et me murmure à l’oreille : « Voici les questions que vous devriez poser au ministre en commission parlementaire. Pour moi, en tant que législateur, cette pantomime du jeu politique m’offense.

Claire Samson évoque également le lien avec les journalistes du parlement : L’équipe communication nous livre nos propos. Ils nous disent quoi dire aux journalistes et nous font répéter, tout comme on fait répéter le texte par des comédiens, ironise-t-elle.

J’ai eu des contacts avec la presse pendant la plus grande partie de ma vie professionnelle, ça ne me fait pas peur, les journalistes. Samson s’arrête, me regarde et ajoute en souriant : Je dois dire que les journalistes de la Colline sont gentils. Toutes les parties ont des spin-doctorants [manipulateurs de l’information] qui les accrochent dans le couloir pour leur donner les nouvelles du jour ou les nouvelles qu’ils aimeraient faire sortir, dit-elle.

Claire Samson allume une autre cigarette. Le photographe Ivano Demers propose également de faire un portrait d’elle alors qu’elle fume. Ça devait faire au moins 20 ans que je n’avais pas pris en photo un fumeur, lui dit-il.

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Claire Samson accepte d’être immortalisée en fumant une cigarette.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Certes, personne n’ose se faire immortaliser avec une cigarette au bec, mais Claire Samson, 67 ans, suggère – en fait, elle accepte tout et le dit avec une franchise qui surprend, voire explose dans notre paysage politique.

Il n’y a pas de zone grise avec Claire. Il est noir ou blanc. Ce n’est pas de la foutaise, résume Natasha Barnes-Crepo, qui a été son attachée politique pendant plus de trois ans alors que Samson était encore membre de la CAQ.

D’où le caractère de couleur qui a fait couler beaucoup d’encre.

Au printemps 2021, la femme de 67 ans sait déjà que son séjour en politique touche à sa fin. Elle vient de subir une troisième opération cérébrale pour prévenir un cancer de l’hypophyse. J’avais déjà décidé de quitter la politique. Je veux vivre un peu avant de péter. La chirurgie cérébrale n’est pas, disons, comme avoir un ongle incarné.

Adrien Puglio, ancien propriétaire de la chaîne de télévision TQS (aujourd’hui Noovo), avec qui elle travaillait lorsqu’elle était la grande patronne de la station au milieu des années 1990, la contacte. L’homme a dirigé le Parti conservateur du Québec de 2013 à 2021, avant de céder sa place à Éric Duheim l’an dernier. Comme tout le monde, Claire Samson connaît cette vedette de la radio québécoise par un nom qu’elle aimerait bien connaître, confie Pulio à Samson. Eric était très transparent, il voulait nommer un député pour lui donner accès à l’Assemblée nationale.

Claire Samson évoque trois rencontres très sympathiques, dont une dans laquelle le chien d’Eric Duheim est présent. Mia est un pit-bull très sympathique et mon chat Kukun l’aime beaucoup, a déclaré le député qui aime les animaux. Claire Samson possède également deux chevaux et enseigne aux enfants malentendants tous les samedis. Mais il n’y a pas que leur amour commun pour les animaux qui a convaincu Samson de changer d’écurie…

La suite de l’histoire est connue. À la mi-juin 2021, Claire Samson est expulsée du groupe CAQ pour avoir fait un don au Parti conservateur d’Éric Duheim. Le lendemain, elle rejoint officiellement le parti, permettant à Duheim d’entrer à l’Assemblée nationale.

Suite à cette cascade, Claire Samson a souvent été caricaturée par des comédiens, notamment l’acteur Mark Labreche, qui l’imite elle et son patron dans d’étonnantes sessions Facebook en direct où Samson non seulement fume mais boit aussi du vin. C’est d’ailleurs très bien accueilli par celle qui a fait carrière dans le monde de la télévision.

« Si vous ne valez pas la peine de rire, vous ne valez rien. »

– Citation de Claire Samson

La seule chose qui la dérange : Mark Labreche dans son imitation laisse entendre qu’elle est ivre lorsqu’elle participe à ces discussions. Je bois un peu à la maison le soir, mais je ne suis jamais ivre, dit-elle.

Son départ de la CAQ et son appui à Eric Duheim en ont surpris plus d’un dans les rangs du parti de François Lego. Je n’aurais jamais imaginé que ça irait aussi loin, résume Natasha Barnes-Crepo.

Ce n’est un secret pour personne que Claire Samson était très déçue de ne pas avoir été nommée ministre de la Culture au Cabinet Lego en 2016, alors qu’elle agissait comme porte-parole dans ce domaine, alors que la CAQ était dans l’opposition. Elle n’hésite pas à exprimer une opinion ferme sur le bilan de la CAQ dans ce domaine. Ce n’est vraiment pas une place forte que la CAQ accorde à la culture, conclut Samson.

Mais en plus de sa frustration, Samson attribue son retrait de la CAQ à une profonde inquiétude quant à l’exercice du pouvoir. Pendant la pandémie, on assiste à un affaiblissement de l’opposition, ce qui est malsain pour la démocratie. Je me suis dit : « La CAQ ne peut pas être couronnée incontestée aux prochaines élections. Il faut donner au Québec des options, des freins et contrepoids.

Au lendemain de son départ fracassant de la fête, François Lego a confié dans un sourire qu’il souhaitait bonne chance à Eric Duheim, laissant entendre que la vie avec Samson n’est pas facile. J’ai toujours eu une tête de cochon. Je n’ai pas fait la carrière que j’ai faite en tant que yes-man. Samson rit.

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Claire Samson en 1988, alors qu’elle était responsable des relations de presse à la Société Radio-Canada.

Photo : Radio Canada / Archives

Le syndrome de Claire Samson, d’une femme de carrière à une taupe frustrée

En 1976, parlant à peine l’anglais, Claire Samson quitte Montréal pour s’installer à New York. Elle y étudie le droit et entame une maîtrise en administration des affaires (MBA) à la prestigieuse Stern School of Business de l’Université de New York.

Cependant, Samson vient d’une famille modeste. Ma mère avait trois ans parce que ma grand-mère, qui vivait dans la misère au centre-ville de Montréal avec ses neuf enfants, a dû l’envoyer travailler dans une fabrique de saucisses du quartier chinois, explique-t-elle.

Le père de Claire Samson était un castor qui réparait des téléviseurs et des radios au RCA Victor et qui encourageait fortement ses enfants à apprendre.

De retour au Québec au début des années 1980, son diplôme en poche, elle travaille pour l’inexistante station de radio CKAC, où elle cherche à occuper un poste de vendeuse. Un de mes patrons m’a dit : « Non. Il n’y a pas de femmes dans la vente. J’ai démissionné sur-le-champ. Ce n’était pas vrai qu’un homme me disait ce qu’une femme pouvait ou ne pouvait pas faire, se rappela Samson en allumant une nouvelle cigarette.

Quelques jours après avoir quitté CKAC, Samson est nommée à Radio-Canada, où elle gravit les échelons pour devenir directrice des communications des services de télévision francophones. En 1989, les journaux annoncent son départ pour ce qu’on appelle alors la Télé-Métropole.

La famille Chagnon veut changer l’image de la chaîne, qui est ridiculisée en étant qualifiée de télé-métro-pauvre, rappelle Samson, devenu vice-président aux communications. Michelle Chamberlain, alors vice-présidente de la programmation à TVA, se souvient d’une femme dynamique et déterminée. Nous sommes allés la chercher à Radio Canada parce qu’elle était travailleuse, positive, capable, a déclaré Chamberlain 30 ans plus tard.

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Portrait de Claire Samson dans “…