France

Comité des finances : le rebelle Eric Cockerell l’emporte – 01/07/2022 à 00:05

Le député de La France Insoumise (LFI), Eric Coquerel à l’Assemblée nationale, le 20 juin 2022 à Paris (AFP/Geoffroy VAN DER HASSELT)

C’est une récompense pour les Insoumis : le député Eric Coquerel a été élu jeudi président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, un poste stratégique confié à l’opposition et souhaité par le RN.

Matignon a également indiqué à l’AFP que la déclaration de politique générale d’Elizabeth Bourne aurait lieu mercredi à l’Assemblée nationale et au Sénat.

Mais il n’y aura pas de Conseil des ministres vendredi, selon une source gouvernementale, à la suite du retour en France d’Emmanuel Macron, qui a enchaîné un long tunnel de sommets internationaux.

“Nous ferons tout pour forcer ce gouvernement” à demander un vote de confiance, a déclaré jeudi soir la cheffe de file des députés rebelles Mathilde Panot après un entretien avec le Premier ministre. Et si ce n’est pas le cas, “nous nous réservons alors le droit de soumettre un vote de défiance”, a-t-elle prévenu.

La commission des finances, dont la présidence est réservée à l’opposition depuis 2007, joue un rôle stratégique dans le contrôle des budgets avant qu’ils n’atteignent le parquet.

La Présidence offre l’accès aux informations qui relèvent du secret fiscal, mais ne peut pas les divulguer.

Co-candidat de la coalition de gauche Nupes (LFI, PS, EELV, PCF), Eric Cockerel – ex aequo pour l’affaire – l’a emporté au 3e tour avec 21 voix contre 11 pour le candidat RN Jean-Philippe Tanguy et 9 pour la LR Véronique. Louvagy, alors que la majorité des députés se sont abstenus.

– “Pas de chasse aux sorcières” –

Des élus LREM, LR ou RN avaient accusé l’élu de Seine-Saint-Denis de vouloir utiliser ses prérogatives à des fins politiques, tandis que le député LFI criait “fake news”.

« Il faut arrêter ça ! L’idée n’est pas de se lancer dans une chasse aux sorcières personnelle”, a-t-il redit jeudi après son élection à la salle des Quatre Piliers.

Le demi-cycle de l’Assemblée nationale, le 28 juin 2022 à Paris (AFP/Christophe ARCHAMBAULT)

A 63 ans, Eric Cockerell a quitté le favori, favorisé dans les Nupes par rapport à la mondaine Valérie Rabeau.

Au lendemain de l’élection, le candidat RN Jean-Philippe Tanguy a de nouveau condamné le “piratage” du Nupes et la “présidence illégitime” de LFI. L’Assemblée nationale espérait un front contre les votes LFI et LR.

Le parti d’extrême droite, qui a tenté en vain de se positionner moins à droite dans l’hémicycle, estime que la présidence aurait dû y aller comme premier groupe d’opposition avec 89 députés, alors que le Nupes, élu au total 151, est composé de quatre groupes distincts.

Mais les règles stipulent simplement que le poste doit revenir à un membre élu d’un groupe d’opposition.

« L’extrême gauche la plus sectaire et radicale a été choisie pour diriger la Commission des finances grâce à la droite », a tweeté Marine Le Pen, puis a déclaré à « Quatre colonnes » que les « Républicains » avaient « rejeté l’accord qui était envisagé » avec le RN.

“Honte à Emmanuel Macron et à son groupe parlementaire qui, en refusant de choisir la présidence de la commission des Finances, choisissent à nouveau les extrêmes”, a réagi sur Twitter Christian Jacob, président de LR, au départ.

Pour Patrick Hetzel (LR), “les choses se sont déroulées comme prévu arithmétiquement. C’est une élection pour un an, d’ici là on verra si ça ne se passe pas mal”.

La commission abus sexuels de LFI a défendu jeudi Eric Cockerell contre “les rumeurs sur son comportement avec les femmes”, affirmant n’avoir jamais reçu de signalement à son sujet et condamnant “la circulation de rumeurs, qui ne reposent sur rien de concret”.

– La parité en question –

Le député de la Majorité Jean-René Cazeneuve (Renaissance, nouveau nom de LREM), seul candidat, s’est vu confier l’autre poste clé de cette commission, rapporteur général du budget.

Composition des groupes politiques constitués à l’Assemblée nationale, siégeant à la majorité ou dans l’opposition, par ordre de taille (nombre de députés inscrits) ( AFP / )

Les autres présidents de commission sont répartis entre 7 élus à la majorité : 5 Renaissance, élus Horizons et MoDem.

Aux Lois, notamment, Sacha Houlié (Renaissance), 33 ans, présidera. Sur les questions sociales, Fadila Khatabi (Renaissance) a été réélue, tandis que sa collègue Stéphanie Rist (Renaissance) sera la conférencière principale.

Contrairement à 2017, la parité n’est pas respectée dans ces premières positions. Mais les macronistes se cachent derrière l’élection de Yaël Braun-Pivet à la présidence de l’Assemblée nationale, première femme débarquée, et Aurore Bergé comme patronne du groupe LREM, ainsi que des vice-présidentes féminines.

Le premier texte examiné par les députés lors de la session extraordinaire sera, à partir du 11 juillet, le projet de loi santé, permettant le maintien de “mesures de freinage” face au Covid. Celle-ci sera formulée en deux articles, selon les instructions communiquées aux présidents des groupes politiques, pour permettre un suivi de l’épidémie et pouvoir, le cas échéant, mettre des contrôles sanitaires aux frontières.

Le projet de loi tant attendu “lié aux mesures extraordinaires de protection du pouvoir d’achat” arrivera au half-track du Palais-Bourbon à partir du 18 juillet.

Le ministre de la Fonction publique, Stanislas Guerini, a défendu les mesures déjà prises pour protéger le pouvoir d’achat et évoqué un possible “débat sur l’interdiction de verser des dividendes si l’employeur ne met pas en place un plan de participation, d’intéressement ou de prime Macron”.

Il a confirmé avoir entendu une “transmission” à la tête du parti LREM “en temps voulu”, suggérant le nom de Stéphane Sejourne pour lui succéder.